1er juin 2020

Le bal masqué

Chapitre 1 : une pénurie de masques – 1ère partie

« Des » masques ont continué d’être détruits au début du confinement, en pleine période de pénurie.

Je me rappelle que ce titre m’a interpellé.

J’y repense ces jours derniers, quand je vois qu’on vend maintenant des masques à tous les coins de rue.

Je l’ai relevé il y a quelques semaines sur un article du Canard Enchaîné qui circulait sur les réseaux sociaux, mais que je ne parviens pas à remettre la main dessus.

Je trouve en revanche l’appel d’un député des Ardennes, Pierre Cordier, qui affirme le 8 mai 2020 que des centaines de millions de masques ont continué d’être détruits jusqu’en début de pandémie.

Il s’agirait d’un stock de 600 millions de masques mis au pilon en 2018 et qui ont commencé à être détruits fin 2019.

Mis au rebus, ces masques ont donc disparu des stocks comptables.

Plus personne ne savait qu’ils existaient.

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Je retrouve aussi l’article original, dans Le Monde daté du 7 mai, sous la plume de Gérard Davet et de Fabrice Lhomme dans leur minisérie Aux racines de la crise sanitaire française. 5/5

« … en pleine épidémie de Covid, alors que la France est confinée, les conseillers du Premier Ministre découvrent, consternés, que depuis plusieurs semaines des millions de masques issus des réserves étatiques, dont une part non négligeable était sans doute utilisable, sont consciencieusement brulés… »

Pierre Cordier pose la question suivante à Édouard Philippe dans les questions au gouvernements le  12 mai 2020 : «  … on sait aujourd’hui que 600 millions de masques ont été détruits à tort… Qui a signé le bon de   destruction de ces masques ? »

Réponse d’Olivier Véran — qui vaut son pesant de cacahuètes — : « Oui, on a détruit des masques, des masques moisis, inutilisables, dont les critères de filtration et de respirabilité font que vous ne les donneriez pas à votre lapin nain »

Réponses des politiques toujours dans la mesure et le bon sens.

Pourquoi un lapin nain ?

Vous avez un lapin nain, vous ?

Moi non !

Mais nous avons fabriqué nos propres masques en tissus, afin de pouvoir les réutiliser et pour qu’ils ne finissent pas au fond des océans.

Qui est Pierre Cordier ? Et pourquoi s’empare-t-il de cette affaire de masque ?

Très honnêtement, je n’en sais rien.

D’après quelques recherches rapides, Pierre Cordier est un jeune député LR né le 27 mai 1972. Maire de Neufmanil et vice-président du conseil départemental des Ardennes, il est élu député de la 2ᵉ circonscription des Ardennes le 18 juin 2017.

Il est clairement pro-chasse et semble s’opposer à l’évasion fiscale.

Il est indigné par la destruction d’un stock de masques alors que la France se bat sans protection contre le COVID et cherche absolument à savoir qui a signé le bon de destruction.

Ce à quoi Olivier Véran répond, avec humour, cynisme — et même pas mal de mépris je trouve —, que ces masques ont été vérifiés par la Direction générale de la santé (DGS) et la Direction Générale des Armées (DGA) et qu’ils ont perdu leur efficacité, ne protège pas contre le virus et ne peuvent donc pas être utilisés par les soignants. « Ils seront donc détruits. » affirme le ministre de la santé droit dans ses bottes, le sourire narquois en coin.

Pierre Cordier s’en offusque et pense au contraire que ces masques auraient pu être utilisés — sinon par les soignants — au moins pour protéger la population.

Olivier Véran ne daigne pas lui répondre.

OK.

Il semble que les chiffres divergent un peu : 660 millions de masques détruits ? BFM-TV n’en compte ‘que’ 360. L’Express aussi.

Le gouvernement à réussi en sauver une poignée, 95 millions pour les uns, 160 millions pour les autres.

Le plus probable est que 223 millions de masques aient été détruits en 2019 et que 1.5 million d’autres détruits entre janvier et mars 2020, alors que l’épidémie avait commencé.

Le gouvernement à réussi à en sauver 19 millions.

Pourquoi un masque en papier périme-t-il ?

Parce que justement, les masques ne sont pas en papier.

Tous les masques sont constitués de ‘nouveaux’ textiles issus du pétrole, censés être plus fins que le tissu. J’en reparlerai.

Il existe deux types de masques, les masques dits ‘chirurgicaux’ et les masques filtrants dits ‘FFP2’ ou ‘N95’

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Le premier masque, masque chirurgical, évite les projections. Il se porte par la personne malade et évite que cette personne en respirant, toussant, éternuant, ne projette des microgouttelettes contenant du virus partout autour d’elle. Ce type de masque ne protège donc pas la personne qui le porte d’une éventuelle contamination. Est-ce la raison qui a poussé le gouvernement à les déconseiller en début d’épidémie ? Non, bien entendu. Mais j’y reviendrai.

Le second type de masque, FFP2, protège la personne qui le porte d’une ‘ambiance contaminée’, situation typique d’un soignant au contact direct d’un patient malade, notamment pour des soins très exposants comme intubation en réanimation. Ces masques sont très efficaces.

Les masques ont une durée de vie courte, quelques heures.

Conditions de péremption des masques chirurgicaux :

—           vieillissement naturel en 4 à 5 ans dans des conditions de stockage à moins de 25°

—           l’élastique perd de sa solidité

—           la qualité de la barrette nasale s’altère

Avec un mauvais ajustement du masque sur le visage, une étanchéité imparfaite.

Et donc une inefficacité aux virus.

Pierre Cordier rue dans les brancards en hurlant au loup : si ces masques ne sont pas assez efficaces pour protéger les soignants, et on le comprend, ils ne sont ni moisis ni troués et auraient très bien pu être distribués à la population générale. Au lieu de ça, la population a fabriqué elle-même ses masques — ce qui est peut-être finalement une bonne chose, les gens sentent qu’il est important de se prendre en main à un moment. Mais ce n’est pas le propos de Pierre Cordier.

Conditions de péremption des masques FFP2 :

La particularité du FFP2 est son matériel filtrant précieux le Meltblown — quel drôle de nom ! —, un filtre à base de polypropylène dont l’efficacité tient à sa charge électrostatique qui lui permet de mieux capter les particules.

Le masque FFP2 est difficile à porter, réduisant l’oxygénation de celle ou celui qui le porte. Il est donc conseillé de ne le réserver qu’aux soins exposants à un risque de contamination élevé.

La fabrication du meltblown est issue d’un procédé industriel complexe et couteux, dont le savoir-faire a été délocalisé en Chine, bien entendu.

La dernière usine, dans le Nord de la France, a fermé ses portes fin 2018…

Dommage…

Le FFP2 périme donc lui, en plus des éléments communs au masque chirurgical, par la perte progressive de sa charge électrostatique

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Voilà pour les masques.

Dont le stock d’États est conservé consciencieusement dans un hangar secret de la Marne.

Patrick Cohen s’étonne dans C à vous sur France 5 de l’absence de ravitaillement en masques depuis 10 ans. « Alors que la doctrine constante était de maintenir un stock de 1 milliard de masques, Xavier Bertrand a sorti les FFP2 des stocks d’États — pour les faire acheter par les employeurs, ndl, ce qui n’est peut-être pas une mauvaise idée, mais il faut le faire savoir haut et fort —, Marisol Touraine n’a commandé que 100 millions de masques chirurgicaux, Agnès Buzyn 100 autre millions et Olivier Véran a récupéré ce qui pouvait l’être au pied de l’incinérateur… »

Moi, cette histoire de masque, ça me pose plein de questions :

—           Comment on les fabrique, ces masques ? D’où ils viennent ? Pourquoi on n’en fabrique pas en France s’ils sont considérés comme ‘stratégiques’ ? Malheureusement, on a tous une idée assez précise de la réponse. Pourquoi ils sont stockés à un seul endroit ?

—           Est-ce que ça ne serait pas à la population d’avoir un stock de masques à la maison ? Avec la charge d’entretenir son stock ? Au moins pour tenir quelques jours ? On est grands, je suis certain que ça pourrait se faire. On pourrait même les déduire des impôts comme un don à une association ! En tout cas, il me semble que c’est le rôle des hôpitaux de posséder en stock de quoi protéger son personnel et de quoi faire tourner ses services avec un stock de masques suffisant, non ?

—           Mais la question qui me préoccupe le plus, c’est : pourquoi des masques à usage unique, dérivés des produits pétroliers, d’une durée de vie de quelques heures, confectionnés à plusieurs milliards d’unités, difficiles et polluants à détruire, qui vont s’accumuler au fond des océans ?

Réponse au prochain épisode !

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