Alexandra est professeur de lettres. Elle a débuté son compte insta sur les conseils d’une amie par un livre d’Isabelle Carré le 1er mai 2019. Elle écrit et partage ses lectures, écrit des poèmes. La lecture l’a sauvée et elle ne supporte pas l’injustice. On peut lire sur son profil instagram @la_femme_affamee_de_lectures : ‘Juste une lectrice passionnée, affamée et engagée’ et ‘J’écris des poèmes pour guérir de mes maux’ ainsi que ‘Féministe’. Son compte affiche à ce jour 379 publications et 3471 abonnés.

« Je ne suis pas ce qui m’est arrivé, je suis ce que je choisis de devenir. » – Carl Gustav Jung

BookstaRencontres est un espace de partage, d’expression, de découverte et de retours d’expérience offert aux personnes que je croise au cours de mes promenades dans les nombreux comptes bookstagram et instabook.

J’ai croisé la route d’Alexandra début mai 2021. Je venais de terminer d’écrire mon roman Noir Colère et je parcourais les pages de boostagram afin d’y rencontrer des passionnés.ées de lecture, d’y lire des chroniques littéraires et d’y trouver des conseils pour l’auto-édition. Le compte insta d’Alexandra — @la_femme_affamee_de_lectures — est un des premiers à m’avoir attiré.Très vite j’y ai croisé des livres et des chroniques qui m’ont plu — La femme muette, Rouge Pute, La Familia Grande, Combats et Métamorphoses d’une femme, Nos Elles Deployées —, ainsi qu’un engagement féministe. Mon écrivaine fétiche est Virgine Despentes. Je l’ai beaucoup lue, mais aussi beaucoup écoutée. Elle m’a ouvert les yeux à travers ses souffrances et ses colères sur le comportement des hommes, le patriarcat et l’impunité des agresseurs sexuels. Ma fille, dès ses 16 ans, y a ajouté les notions de manspreading et de culture du viol dans la société. Je les ai écoutées toutes les deux, sidéré. Moi qui me pensais un homme ouvert, respectueux et à l’écoute, j’étais en fait imprégné jusqu’au plus profond de ma construction intime des valeurs dominatrices et prédatrices du patriarcat.

Le compte d’Alexandra est riche de très nombreuses lectures, de chroniques sensibles et bienveillantes, mais aussi de colères contre l’inceste, le viol et l’impunité des pédo-criminels. Elle nous donne à lire des poèmes et des phrases tirées de ses lectures. Les photos qu’elle choisit pour illustrer ses chroniques sont astucieuses, recherchées et leur mise en scène engagée participe à son combat contre le silence et la barbarie.

Chaque post apporte une touche supplémentaire à la personnalité qu’elle nous donne à découvrir.

Je me suis senti proche d’Alexandra et j’ai eu envie de mieux la connaitre, de venir à sa rencontre, de lui proposer de nous livrer ce qu’elle souhaitait d’elle.

Bonjour Alexandra, merci d’accepter de te dévoiler. Ton compte insta est riche de lecture, engagé, émouvant et très beau. La première fois que j’ai regardé ton compte, la photo de ton profil te représentait de dos, un livre à la main. Et puis tu as modifié ton profil : changé de nom, passant de @la_fille_affamee_de_lectures à @la__femme_affamée_de_lectures ; changé ta photo où tu apparais désormais à visage découvert et tu as indiqué ton prénom et ton nom. As-tu envie de nous dire ce qui a motivé ce changement ?

Ce compte de partage de lectures est très personnel. J’y mets beaucoup de moi, de ma personne. Je choisis rarement mes livres au hasard et ils reflètent souvent mes préoccupations, mes questionnements ou mon état d’esprit. Ils font partie d’un cheminement. Il en est de même pour cette photo de profil. J’ai beaucoup de mal avec mon image alors je me photographie souvent de dos. Ainsi, le changement de cette photo est assez symbolique : montrer mon visage, c’est m’affirmer un peu davantage. C’est un pas vers l’acceptation de soi.

Ton premier post sur instagram est une chronique du livre d’Isabelle Carré, Lesrêveurs et date du 1er mai 2019. Quels souvenirs sont liés à cette première publication ? Qu’est-ce qui t’a motivé à ouvrir ce compte ?

C’est une amie qui m’a encouragé à plusieurs reprises d’ouvrir ce compte bookstagram. Elle était persuadée que mon avis et mes lectures pourraient intéresser d’autres lecteurs. Je me suis lancée sans grande conviction, essentiellement pour lui faire plaisir, et en réalité j’y ai très vite pris goût ! A ce moment je lisais « Les rêveurs » d’Isabelle Carré et je me suis amusée à me photographier pour reproduire la couverture. Et puis, cette photo me ressemble. Elle dit aussi quelque chose de moi donc je la trouvais parfaite pour un premier post.

As-tu envie de nous décrire ton parcours en quelques phrases, de te présenter ?

J’ai 31 ans. Je suis professeure de français dans un collège normand. Je suis donc titulaire d’un Master de Lettres option enseignement et du CAPES de Lettres modernes. Ce métier était une vocation. J’en rêvais secrètement depuis l’adolescence. J’ai le goût de la lecture depuis que je suis toute petite, mais il m’habite de manière presque addictive depuis mes 16 ans.

Que représente la lecture pour vous ?

La lecture représente tellement. Je suis presque certaine que je ne pourrais pas vivre sans. Notamment parce que cela m’a sauvé à l’adolescence, et que cela reste encore pour moi un moyen de survie.

Tu inscris Féministe sur ton profil. Quelle notion souhaites-tu donner à comprendre derrière ce mot ?

Pour moi, être féministe c’est se battre pour une égalité de traitements et de droits entre les hommes et les femmes. Tout simplement. 

Est-ce la littérature qui t’a mené au féminisme ou l’inverse ?

C’est la littérature qui m’a mené vers le féminisme. C’est l’un de ses pouvoirs: éveiller nos consciences !

Comment décrirais-tu ton engagement ?

Mon engagement est modeste, mais se traduit par différentes actions : je participe à des manifestations, je partage des lectures engagées sur mon compte instagram et professionnellement, j’anime des ateliers débats et de prévention avec mes collégiens autour du sexisme et des violences sexuelles.

Quel mot parlent le plus de toi : enseignement, transmission, engagement, lutte, consentement, place publique, lecture, écriture, montagne, mer, marcher, lire, chanter, amis, famille… ou un autre mot ?

Enseignement, transmission, engagement, lutte, consentement, lecture, écriture sont les mots qui me parlent le plus parce qu’ils reflètent mes préoccupations quotidiennes.

Qu’est-ce qui te met en colère ? Qu’est-ce que tu ne supportes pas ?

L’injustice. Les violences et les maltraitances. Particulièrement quand elles sont dirigées sur des êtres fragiles et vulnérables comme les enfants ou les animaux.

Quelles sont les lectures qui t’ont le plus marquée ?

Je pourrais en citer tellement… Je dirais que les œuvres d’Annie Ernaux m’ont marquée et presque sauvé la vie à l’adolescence. Tout comme ma découverte vers 17 ans des romans d’Amélie Nothomb. La vie m’a fait d’ailleurs l’immense cadeau de pouvoir la rencontrer et cela fait maintenant six ans que nous sommes très proches.

Enfin plus récemment, je dirais que le magnifique et salvateur livre d’Adélaide Bon « La petite fille sur la banquise » a véritablement changé ma vie. Je l’ai ressenti comme une délivrance et ma reconnaissance pour cette merveilleuse femme est infinie. Depuis, j’ai également cette chance de l’avoir pour amie.

Tu dis « écrire des poèmes pour guérir des maux » : y a-t-il un poème que tu aimerais partager ?

Mes écrits ont en effet une visée essentiellement thérapeutique. Je vous partage celui que j’ai écrit en m’inspirant d’une citation de Carl Gustav Jung : « Je ne suis pas ce qui m’est arrivé. Je suis ce que je choisis de devenir. »

Si vous me dites que je suis victime,

Je vous répondrai que je suis Survivante.

Je ne suis pas cette tristesse qui s’abat sur mes épaules,

Ce déchaînement de violences qui me tire vers le bas,

Je ne suis pas mes traumatismes,

Je ne suis pas ce cratère dans ma poitrine,

Cette douleur qui me dévore le cœur,

Je ne suis pas cet amour qui m’abîme…

Je suis bien d’autres choses que cela.

Si vous me dites que je suis victime,

Je vous répondrai que je suis Résiliente.

Car il y a bien au fond de moi

tout un horizon de désirs inexploités,

Une étendue de rêves en sommeil,

Une multitude de combats à mener.

C’est dans ce champ des possibles

que j’affirmerai mon identité.

Si vous me dites que je suis victime,

Je vous répondrai que je suis Résistante.

Vous ne retiendrez que de moi,

Le calme et la douceur,

L’oiseau qui se niche à l’ombre de certains bras,

Mais ne vous y fiez pas.

Si vous pouviez lire à travers moi,

Vous trouveriez bien au chaud dans une cage,

Une tempête qui gronde et enrage,

Une colère dont on sous-estime l’ampleur.

Si je la maintiens à l’intérieur

c’est que je suis trop saisie par la peur

de ce qu’elle pourrait faire de moi,

de ce qu’elle pourrait causer comme dégâts…

Si vous me dites que je suis victime,

Je vous répondrai que je suis Combattante.

J’aurais rêvé être écrivaine,

mais je n’invente pas d’histoires.

Je peux juste sortir de ma besace quelques poèmes,

Comme autant de bougies que j’éveille dans le noir.

Ce qui jaillit de moi ne mérite aucune gloire.

Ce ne sont que les chants d’une âme en peine,

Miraculée.

Je ne suis pas ce qui m’est arrivé.

Je suis ce que je choisis de devenir.

Je ne suis pas qu’une victime,

Ne me réduisez pas à cela,

Dois-je vraiment penser que tout ce que je suis,

Je le dois seulement à la nuit ?

C’est un très beau poème, merci. On y sent le combat et la volonté de ne pas céder ni à la colère ni à la fatalité. Se battre et rester debout.

Vous êtes professeur de lettre : quel est votre retour ? Est-ce qu’on écrit encore ? Est-ce qu’on lit encore ? Quel avenir pour le livre ?

Oui, je crois qu’il y a encore un avenir pour le livre. Il suffit de regarder l’actualité: les maisons d’édition croulent en ce moment sous les manuscrits suite aux différents confinements !

Mais je ne vais pas mentir, il est parfois difficile de mener les adolescents à la lecture. Essentiellement parce que le système scolaire fait qu’on les y contraint. C’est compliqué, mais j’essaie de promouvoir au maximum la lecture plaisir. Je me creuse beaucoup la tête pour que mes élèves aient accès à des livres très variés : des classiques, de la littérature contemporaine, de la littérature dite « jeunesse ». Mon objectif personnel et idéal est que chacun à la fin de l’année ait pris plaisir à lire au moins un livre. Mais il faut aussi accepter que tous les enfants ne puissent pas aimer lire et qu’ils en ont le droit. Alors je pratique aussi beaucoup la lecture à haute voix. Ils ont juste à m’écouter et cela leur permet d’accéder à des textes d’une manière différente. Et en général ils adorent ça.

Concernant l’écriture, c’est également compliqué alors c’est aussi mon cheval de bataille. Mes élèves ont leur propre cahier d’écriture et presque toutes les semaines, ils ont des exercices divers à réaliser. La pratique régulière est essentielle et les progrès s’en ressentent.

Mais pour tout cela, pour favoriser l’accès à l’écriture et à la lecture, le rôle des parents est aussi primordial.

Quel regard portes-tu sur le numérique ?

J’avoue que personnellement je ne suis pas du tout une adepte de la lecture numérique, car je suis une amoureuse et une droguée du papier. Cela ne me gêne absolument pas de partir en vacances avec un énorme sac plein à craquer de livres. Je reconnais néanmoins que la lecture numérique est une très bonne chose. C’est tout de même bien pratique et surtout, je crois que cela a réconcilié certaines personnes avec la lecture. C’est le plus important.

Quel regard portes-tu sur l’édition et l’auto-édition ?

Je n’ai pas d’avis particulier sur ce sujet. De nombreuses personnes rêvent d’être publiées pour des raisons et des objectifs différents alors l’auto-édition rend le métier plus accessible. Et cela permet aussi une certaine indépendance.

Tu as créé un compte instagram. Qu’est-ce que t’apportes instagram ?

Partager ma passion sur instagram m’apporte beaucoup. En termes de rencontres déjà, mais aussi de richesse personnelle parce que je suis également beaucoup d’autres comptes qui me donnent de nombreuses idées de lectures ! En fait, bookstagram est un cercle vicieux infernal parce qu’on a envie de tout lire et donc de tout acheter ! Mais je ne m’en plains pas !

Est-ce que le nombre d’abonnés est un moteur ?

Je dirai que le nombre d’abonnés m’encourage et me motive. Je reçois régulièrement des messages de remerciements et des compliments. Cela fait plaisir d’être suivie, mais ce n’est pas du tout une fin en soi.

Je suis très heureux de ce moment passé en ta compagnie. Tu nous as parlé de toi, de ta souffrance à l’adolescence, tu nous as livré un poème qui brule la poitrine et qui exprime combien tu es vivante, tu nous as parlé de tes combats et de tes joies d’adultes, de tes coups de cœur, des valeurs que tu donnes à tes élèves — quelle chance ils ont ! —, de ta communauté bookstagram avec laquelle tu partages tes lectures et découvres de nouveaux romans. Je t’en remercie vivement, continues à poster des chroniques et comme je te l’ai dit, je surveille ton insta de près ! Belle fin de journée !

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noir Colère

Je suis Matthieu Deshayes, j’ai écrit un roman NOIR COLERE, l’histoire de David, adolescent en Terminale, qui enchaîne les conquêtes féminines et les défis à moto. Populaire, tout semble lui réussir. Mais en proie à une colère sourde qui le ronge, seule la recherche du danger le stimule. Très méprisant face à sa famille, David croit tout savoir. Jusqu’où ira David dans sa prise de risque ? La vérité est-elle réellement celle qu’il imagine ? Chacun ne cache-t-il pas un secret ? Finalement, David n’est-il pas le plus prévisible de tous ?

Lien vers mon roman:

https://www.librinova.com/librairie/matthieu-deshayes/noir-colere

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