19 mai

7h30 hier matin.

Je murmure à l’oreille de ma fille de CP :

—               Tu as de la chance, aujourd’hui je te réveille pour aller au cheval ! Pas pour aller à l’école !

Et ma fille se lève d’un saut.

3 heures de cheval ce matin, en rattrapage des cours qui n’ont pas eu lieu pendant le confinement. Sympa, non ?

Pendant ce temps, je profite de la forêt et des magnifiques vues sur la montagne au loin. Il y a du vent, mais il fait chaud. La météo prédisait ce matin 28, soit 6 degrés de plus que la normale — faut toujours qu’il y ait quelque chose d’anormal à la météo, pour que ça fasse vrai, pour que se soit trépidant…

Arrivés au cheval, on nous désinfecte les mains, tous les adultes portent des masques ainsi que certains enfants. Les chevaux sont installés, bien espacés.

—               On nous demande de laisser 5 mètres entre chaque cavalier !

Les gestes barrière, ma fille les connait. Elle repère même tous ceux qui ne les respectent pas dans la rue. Elle me tire la manche et me glisse :

—               T’as vu Papa, ils sont trop prêts !

Ou bien :

—               Ceux-là, ils sont trop nombreux !

L’équipe du centre équestre – ils sont deux ! — a prévu une brosse et un cure pied pour chaque monture. Et en avant que je te brosse !

Ma fille est trop contente de revoir les chevaux. Et ses copines. Il règne une ambiance de retrouvailles joyeuses. Cool.

Vers la fin de matinée, mon téléphone sonne. Comme je tarde à répondre, il sonne encore et encore. Bigre, ça doit être urgent.

Je réponds.

C’est mon fils de 5è :

—               Papa, plus jamais je ne retourne en cours. Tu sais ce qu’ils nous ont fait faire ?

—               Non. Des maths ?

—               Une balade jusqu’à la rivière.

—               Vous avez pêché ?

—               Arrête, je n’y vais plus.

Pas de chance.

On avait réussi à le motiver, il était parti ce matin de bonne grâce… Je suis désespéré… On imaginait qu’au moins le travail fait en classe serait fait… Je n’avais pas prévu que se serait de la garderie.

Un coup d’épée dans l’eau.

—               Raconte. Combien vous étiez ?

—               Environ 20 cinquièmes.

—               Et les sixièmes ?

—               Je ne sais pas, ils sont rentrés une heure plus tard.

—               Et comment ils vous ont accueilli ?

—               L’infirmière scolaire nous a raconté les gestes barrière et nous a donné deux masques en tissus.

—               Qu’est-ce que tu as eu comme matière ?

—               Français. On a joué au pendu.

—               Vous n’avez pas fait le travail que le prof a donné sur l’ENT ?

—               Non.

Alors là, j’ai les bras qui me tombent.

Le prof donne du travail sur la plateforme. Il reçoit 6 élèves qui font l’effort de venir. Et ils ne font pas le travail ensemble ! Au lieu de ça, ils jouent au pendu !

Ça veut dire que les élèves qui vont en cours doivent retravailler en rentrant pour rattraper le travail donné à ceux qui restent chez eux ?

C’est le monde à l’envers.

—               Et après ?

—               Sport. On est allé à la rivière.

Génial.

—               Et obligation de garder nos masques avec cette chaleur.

Donc voilà. C’est fini.

—               Tu avais quoi comme cours cette après-midi ?

—               Anglais.

—               Tu bosseras cette après-midi ?

—               Une demi-heure, promis.

Tu parles…

Les yeux à peine tournés, il se carapate dehors…

À 14h10 mon téléphone sonne.

C’est le collège.

Je suis tellement énervé que je préfère ne pas répondre.

Un peu plus tard, mon calme retrouvé, j’essaie de les joindre, mais sans succès.

On se renseigne auprès des copains.

Une autre copine de mon fils a fait de la course à pied chronométrée avec port du masque ce matin au soleil !

C’est tellement imbécile que s’en est consternant.

Elle rapporte à sa mère des paroles des surveillantes qu’elle a entendu ricaner :

—               Si avec ça, on a encore des élèves la semaine prochaine !

Quel gâchis, quelle honte !

Ils ont quoi dans le cerveau ?

C’est quoi ce merdier ?

Ils voudraient que personne ne revienne qu’ils ne s’y prendraient pas autrement…

La copine de mon fils prend le bus pour venir. Emploi du temps : 8h30-11h30, 3h de pause, reprise de 14h00 à 15 et 1h d’attente pour le bus retour. Quelle motivation faut-il déployer pour résister à un emploi du temps pareil ?

Une autre petite camarade de mon fils est heureuse d’être allée se balader avec ses copines…

Une autre est rentrée en pleurant.

Un autre trop déçu, jure qu’il n’y retournerait pas.

On sait très bien que les profs n’étaient pas motivés. Mais là, excusez-moi les potos, mais vous êtes payés ! Houhou ? Y a quelqu’un ? Pourquoi il n’y aurait que vous à saloper le job comme ça ? Heureusement, les soignants ont réagi avec plus de sérieux et de responsabilité.

J’écrirai un billet pour vous expliquer pourquoi nous avons remis nos enfants à l’école. Nous avions des attentes. Pas simplement l’envie de nous en débarrasser !

En tout cas ce matin, retour de l’école à la maison !

Une page de lecture avec ma fille de CP, Taoki qui se rend à Bafoulabé au Mali.

‘bl’, ‘cl’, ‘fl’, ‘gl’, ‘pl’

Elle se sent mieux à la lecture.

Depuis qu’on lit à deux ou trois voix « Mortelle Adèle », ma fille, mon épouse et moi.

Et bras de force avec mon fils de CP.

Géographie : situation du Brésil, évolution de sa population, effondrement de sa production agricole jusqu’à dans les années 2000. Qu’est-ce qu’a fait le Brésil pour relancer sa production agricole ?

Lulu en 2003, lance le plan Zérofaim — rien à voir avec la série ZéroZéroZéro actuellement sur Canal + avec la saga croisée de producteurs de cocaïne au Mexique, de passeurs vers l’Europe et de la mafia calabraise, passionnant !

Le Plan Zéro faim qui incite les enfants à aller à aller à l’école en indemnisant les familles qui inscrivent et vaccinent leurs enfants, qui offre un repas aux enfants le midi, l’État qui achète la production des petites exploitations pour laisser leurs enfants étudier.

C’est visionnaire, c’est l’État au service de sa population.

J’imagine aussi que l’accélération de la production se fait à grand renfort de mécanisation, de campagnes de pesticides massives, de déforestation, d’expropriations de familles et de destruction de villages… L’autre côté du développement.

Accentué jusqu’à devenir une institution sous Bolsonaro…

Malheur. Bolsonaro, Trump, Xi Jinping, Naranda Modi…

Le Carré d’As des destructeurs de la Planète, aux commandes des pays les plus puissants de la Planète…

Allez, mon fils, courage.

Il ne te reste que les maths à faire : les nombres relatifs. Je me demande comment on peut faire 4 séances de travail sur les nombres relatifs… Mais c’est possible !

Courage mon fils.

Tu ne comprends pas pourquoi tu apprends tout ça ?

T’inquiète.

Fais confiance, ils savent ce qu’ils font…