Ce matin, je lis dans le monde que le prix Nobel de la Paix a été attribué cette année à deux journalistes : la Philippine Maria Ressa et le Russe Dimitri Mouratov, tous deux défenseurs d’un journalisme indépendant.

« La technologie a déboussolé l’écosystème de l’information : elle a rendu les faits contestables, remis en cause la réalité que nous partageons. Nous sommes rentrés dans l’air des autoritarismes numériques. »

Maria Ressa a lancé un site d’information indépendant Rappler, qui enquête sur les dérives violentes du gouvernement philippin et son Président Rodrigo Duterte. Elle est menacée de mort.

Ce qui m’a particulièrement intéressé, c’est sa mise en garde sur les dangers que constituent les réseaux sociaux pour les démocraties.

Elle dénonce « la distribution du mensonge par la puissance de l’algorithme sur les réseaux sociaux »

Ce que j’avais déjà un peu pressenti sans parvenir à l’énoncer comme tel. Et ces mots me frappent et éclaircissent la situation : rien ne peut arrêter la diffusion de mensonges sur les réseaux sociaux. Et la campagne qui commence autour de la candidature d’Éric Zemmour va nous en démontrer – je le crains – toute la puissance et la toxicité.

Les réseaux sociaux peuvent alors attaquer tous azimuts la crédibilité des journalistes et des hommes/femmes politiques, propager des mensonges par la puissance des algorithmes, manipuler insidieusement l’attention humaine ainsi que non émotions. La conséquence est la création de réalités alternatives qui font que les peuples s’entredéchirent. Voyez les effets désastreux des réseaux sociaux sur la propagation des arguments de QAnon pendant les dernières élections américaines ou la diffusion des arguments fallacieux antivax.

Quel est alors le rôle des journalistes indépendants : il est de livrer une bataille des faits, de mettre les dirigeants et le pouvoir face à ses responsabilités, de promouvoir la liberté d’expression qui est essentielle à la liberté politique.

Quel courage dans un pays où 9 journalistes et 63 avocats ont déjà trouvé la mort.

La lanceuse d’alerte Frances Haugen vient de dénoncer la dérive des algorithmes devant le Congrès américain : elle explique que Facebook fait passer les profits avant les usagers et, privilégiant des informations à fortes charges émotionnelles, elle facilite la diffusion d’informations qui peuvent être fausses tant qu’elles rapportent.

Le problème n’est pas tant la modération du contenu que les algorithmes eux-mêmes.

Une nouvelle fois le monstre sort de la course aux profits et même nos réseaux sociaux, où il fait bon partager et se donner des nouvelles, peuvent se parer des pires intentions sous des costumes nauséabonds.

Quelle tristesse infinie.

Et quel courage – une fois encore – pour ceux qui se battent au péril de leur vie pour ne pas laisser le monstre gagner.

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