25 mai.

D’un côté, la notaire. Qui nous a envoyé des procurations à imprimer chez nous, à signer devant un agent de la Mairie afin qu’il confirme notre identité puis à renvoyer par mail pour limiter le nombre de personnes à l’étude. Notez au passage, et c’est délicieux, qu’elle déplace le problème vers la Mairie puisqu’elle me demande d’aller à la rencontre d’un agent plutôt que de venir chez elle.

Sauf que je n’ai rien compris à son jargon juridique et que je me suis pointé directement chez elle.

—           Excusez-moi, mais pouvez-vous m’expliquer la démarche à suivre ?

—           Maintenant que vous êtes là, mettez un masque et entrez. Vous allez signer à l’étude.

Elle me fait marrer. Elle essuie les stylos avec des lingettes, se déplace avec un pulvérisateur de désinfectant, fait un pschit par-ci et un pschit par-là, désinfecte ma carte d’identité qu’elle me tend du bout de ses doigts tremblants et me salue de loin.

Tout au fond, les Urgences

De l’autre côté, les urgences. Une grosse équipe, 5 médecins, 2 ou 3 internes, des infirmiers, des aides-soignants, des brancardiers, des secrétaires, des assistantes sociales, des psychologues, des ambulanciers, des pompiers et même des malades. Ça fait du monde. Et aucun chichi. Bien entendu, chacun porte un masque et l’incitation à se laver les mains régulièrement est partout. Mais pas de lingettes ni de pulvérisateurs. Chacun utilise les mêmes ordinateurs, boit des cafés, sort fumer, téléphone ou pianote sur son smartphone, se fait des blagues.

J’ai même le droit à une bise de la part d’une infirmière — mais pas n’importe laquelle. Et si je m’interdis de la nommer, je vous laisse un indice. On la prie dans de nombreuses églises et on dit qu’elle a été visitée sans y toucher… On est si content de se retrouver !

Je suis venu signer mon contrat de travail. Et du coup, je passe voir ma nouvelle équipe. Dans leurs locaux tout neufs. Qui m’impressionnent par leur taille.

Je rêve régulièrement des urgences. Des urgences d’avant. D’il y a 15 ans. Dans mes rêves, agités, on est tout le temps submergé de patients.

Pas plus tard que cette nuit, c’était dur. Une femme qui faisait un coma hyperosmolaire avec hyperkaliémie et insuffisance rénale sévère… Je ne me rappelais plus des doses d’insuline à lui mettre…

Les nouvelles urgences, aux murs bleu-nuit apaisants, m’impressionnent aussi par le silence et la sérénité qui y règne. Le personnel y évolue tranquillement, calmement, paisiblement, le sourire aux lèvres, dans la bonne humeur et la bonne entente.

Quelle différence avec les anciennes urgences où les cris, le téléphone, les alarmes des scopes, le mouvement incessant des uns et des autres en ajoutaient au stress et à l’anxiété de chacun.

Le retour est plus facile dans ces conditions. Plus de médecins, plus de place, plus de calme.

OK.

Ça va le faire.

En tout cas, aucun stress particulier envers le covid.

Chacun fait attention, logique.

Mais on a l’impression qu’il n’est plus là.

Mon amie cheffe de service m’accueille avec beaucoup de bienveillance et d’amitié. Me montre le fonctionnement des différents logiciels avec lesquels jongler. Les astuces. L’informatique s’est insinuée partout. Avec souvent un gain d’efficacité considérable. Fini les dossiers papier des patients qui s’entassent dans les corbeilles.

Maintenant, ce sont des couleurs. Jaune pour les patients vus. Bleus pour les non vus. Il y a plein de jaune et très peu de bleu. Et aussi plein d’autres couleurs pour ceux qui sont en cours de transfert et ceux vus par des spécialistes. Mais je n’ai pas tout retenu.

Une ambiance qui me rassure.

J’ai même vu mon épouse qui travaille actuellement à l’étage au-dessus des urgences, dans une unité d’accueil d’hospitalisation courte pour les patients en détresse psychiatrique. Elle est contente parce qu’il n’y a que des jeunes — pas pour eux, les pauvres — mais parce qu’elle aime s’occuper des jeunes.

Ambiance détendue.

Tellement détendue que j’en ai oublié de me laver les mains en partant !

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