21 mars 2020

Pourquoi.

Pourquoi.

Parce que je passe vraiment du temps à rassembler les devoirs des garçons.

Et que lorsque j’ai tout rassemblé et que je vais les rejoindre dans leur chambre, j’aimerais qu’ils se jettent sur moi et que – enthousiastes – ils s’approchent et regardent avec juste ce qu’il faut d’intérêt ce que j’ai trouvé sur cette merde d’ENT.

Parce que c’est une sacrée merde cette saloperie d’ENT.

Des devoirs, il y en a partout. Sur le cahier de textes, sur la messagerie, sur Pronote. Et ça se déconnecte, et je suis sur les 3è alors que je crois être sur les 5è, que je clique et reclique, que ça se redéconnecte, qu’il faut rentrer le mot de passe, que je fasse le tri entre ce j’imprime et les documents sur lesquels il faut répondre pour les envoyer, mais qu’on n’enverra pas parce que je ne sais déjà plus où ils sont.

Alors quand j’en suis à la phase ‘distribution des devoirs’ et que j’arrive dans la chambre des garçons, attendant un minimum d’intérêt et que là j’entends :

–             Oh non, plus tard.

–             J’ai pas fini ma partie.

—           C’est mieux le soir.

—           T’inquiètes, je le ferrai après.

Je me décompose.

Et les mots sortent de ma bouche plus vite que leurs ombres.

Et forcément, ça fight.

Je ne supporte pas cette langueur, ce m’enfoutisme, cette mauvaise foi, cette mauvaise humeur d’être dérangé en pleine partie, cette flemme générale.

Je casserai toutes leurs foutus écrans et leurs consoles, téléphones et compagnie.

Aucun respect.

Aucune autonomie.

Pas un brin de conscience de l’avenir.

Rien.

Le néant sidéral.

Bon.

C’est fini.

Je respire un grand coup.

Ça va aller !

Peut-être que c’est moi qui suis tellement énervé par cette technologie des comptes, mots de passe, fenêtres qui s’ouvrent sur un autre compte et un autre mot de passe, les minutes d’attente que ça s’ouvre pour tomber sur un message d’erreur, et je recommence, avec de moins en moins de patience, mais que je suis un adulte et que je ne vais tout de même pas me mettre à hurler sur une machine. Alors que quand je me trouve face aux garçons, en chair et en os, qui eux aussi me font attendre et s’ouvrent sur un message d’erreur ‘pas disponible actuellement’, ‘tu vois pas que tu m’emmerdes avec tes devoirs’, ‘repasse plus tard’, alors là, oui, je peux me mettre à hurler sans passer pour un taré qui parle aux murs, là je peux me lâcher et balancer toute cette tension accumulée.

Même si ça n’est pas tout à fait digne du comportement d’un adulte, je vous l’accorde.

Excusez-moi, les garçons.

Je vais essayer de faire mieux la prochaine fois.

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Merci Eric pour les illustrations!