Étiquette : ecole a la maison (Page 1 of 2)

C’est la loi!

Depuis hier, on fait des maths.

Je vois que ma fille de CP a des difficultés avec le nom des nombres.

« 4 et 6 »

—           Ça se dit comment ?

—           C’est quoi le chef de famille des 4 ?

—           Trente.

—           Tu es certaine ?

—           Non, quarante.

—           Alors ?

—           Je ne sais pas.

Alors on répète les chefs de famille.

Et ça bloque à soixante. Ça ne rentre pas. Soixante-dix non plus, quatre-vingts et quatre-vingt-dix pas plus.

On répète.

Pareil pour les doubles.

Jusqu’à 14, ça va. 8+8 et 9+9, ça coince.

La maîtresse de ma fille a créé un blog.

Premier article hier : lire 30 minutes par jour, savoir les doubles (elle renvoie à l’émission de Laure sur les doubles tout au début du programme de France4 !)

—           Cool, nous on l’a déjà fait !

—           On l’a fait, mais tu ne les sais pas ! Allez, on répète ! 2+2, 3+3, 4+4, 5+5

Je me dis qu’il faut qu’on travaille le calcul tous les jours.

Ma fille n’utilise pas les astuces pour calculer plus vite, se référant toujours à ses doigts. Elle se trompe, forcément, et ne veux pas chercher autrement.

Probablement par manque de pratique.

Je m’interroge sur sa manière de fonctionner : elle va toujours vers la facilité. Elle compte sur ses doigts, ne cherche pas par elle-même, passe du temps à retrouver comment on avait fait avant en regardant dans le cahier. Comme si chercher et réfléchir lui demandait trop d’énergie.

Mes autres enfants eux aussi, filent vers la facilité.

Et moi ? Il me semble que la difficulté aiguise mes sens et me donne le goût de la découverte. Mais pas sûr. Peut-être que moi aussi je tends vers la facilité.

Il n’y a pas de raison.

Le soir, en tout cas, règne une certaine fébrilité parmi les garçons. Ils ont quelque chose à nous demander et ils savent qu’il va falloir négocier, que ça va être dur. Visiblement, ils se sont préparés.

Acheter un scooter ? Repeindre leur chambre ? Aller sur la Lune ?

—           Bon, se lance mon fils de 13 ans. On voudrait inviter un copain à venir se confiner à la maison.

—           Vous savez que ce n’est pas possible.

—           Mais il va nous aider pour mettre la table, débarrasser, ranger le jardin, installer la piscine !

—           Ce n’est pas ça le problème.

—           Alors c’est quoi ? Il est seul chez lui et il s’ennuie.

—           Je comprends. Mais on ne peut pas.

—           Mais pourquoi ?

—           Parce que c’est interdit !

—           Tu es toujours à te cacher derrière la loi. Il n’y a que ça, la loi ! Mais détache-toi de la loi !

—           Ce n’est pas possible. On est tous obligés de suivre la loi.

—           Surtout toi !

Je rêve, mon fils me traite de collabo ?

Bigre.

Je n’aime pas ça, me retrouver à défendre le côté de la loi.

—           Mais personne ne le verra !

—           Ce n’est la question. On se confine pour se protéger du virus.

—           Et combien de temps ça va durer ?

—           Je ne sais pas.

—           Mais tu me promets que dès que le pic sera passé, on pourra sortir ?

—           Je ne promets rien du tout.

Là, ma fille de presque 17 ans intervient avec un grand sourire :

—           Moi, j’ai une solution. Je vais me confiner ailleurs et vous pouvez accueillir le copain des garçons.

Facile.

Tranquille.

—           Eh non.

—           Mais pourquoi ?

—           Parce que c’est interdit.

—           C’est trop.

—           Toujours trop.

—           Je vais vous raconter le cas de la collègue de Maman : elle travaille tous les jours à l’hôpital et rentre tous les soirs chez elle. Elle vit toute seule. Elle pourrait se confiner ailleurs, chez des amis, chez sa famille. Mais non. Elle rentre chez elle. Et elle va passer tout le week-end de Pâques seule chez elle. Pourquoi elle fait ça ? Pour protéger les autres. Voilà ce que c’est le confinement.

Qu’est-ce que je vous raconte ?

Qu’on a oublié d’enregistrer l’école à la maison pour ma fille de CP ?

On se relâche grave…

Comment voulez-vous que nos enfants travaillent avec des parents comme ça ?

Heureusement existe le replay !

Vous voulez que je vous raconte que pendant que j’étais aux urgences hier mon épouse faisait des jeux avec ma fille de CP ?

Comment voulez-vous que nos enfants travaillent avec des parents comme ça ?

Je jette un œil au replay d’hier.

La lettre ‘g’ qui se prononce ‘j’ : ‘g’ et ‘ge’

Punaise, c’est très important ça, la ‘g’ qui se prononce ‘j’

Rattrapage ce matin, c’est promis !

Qu’est-ce que je vous raconte ? Qu’un message de l’hôpital vient de tomber sur le téléphone de mon épouse : « La surveillante du service est testée covid+, consignes = surveillance température 2 fois par jour. » Ambiance…

On va aussi renifler le bac du composteur dans le jardin plusieurs fois par jour pour vérifier que nos avons toujours l’odorat…

L’étau se resserre brutalement au moment où les articles sur le déconfinement commencent à fleurir et où la pression sur les hôpitaux est au plus bas… Peut-être est-ce le bon moment pour faire son covid, pendant qu’il y a de la place en réa, qu’ils ont des anesthésiants et qu’ils sont tous encore en forme…

Qu’est-ce que je vous raconte ? Que la majorité de nos amis ont des enfants qui travaillent au moins 5-6 heures par jour… tandis que chez nous… comment dire ?

Alors, hier, pris de remords, on attaque l’art plastique.

Parce que chez nous, la culture et les arts sont tout aussi importants que le reste.

—           Art plastique ? Mais alors là tu rêves !

—           Jamais de la vie.

Du Street-Art sur le mur de Berlin pour mon grand de 13 ans. C’est cool. C’est fun. C’est plaisant, ça ouvre l’esprit et la curiosité, ça transporte, ça stimule, tous ces gens choqués par le mur, toute cette liesse au moment de sa destruction, c’est historique, c’est formidable, ça inspire forcément.

—           La flemme.

Merde, c’est pas possible !

—           Tu ne touches plus à ton ordi tant que tu n’as pas fini.

Repas du soir.

—           Alors, ce street art ?

—           Ouais, ça avance.

—           Tu me montres ?

—           Je… J’ai vraiment commencé à y réfléchir.

—           Tu as commencé à y réfléchir ?

—           Oui… Enfin, j’y ai pensé.

—           Tu te fous de nous.

—           T’inquiète…

Grrrrr.

Est-ce que je vous raconte l’article que j’ai lu ce matin dans le monde sur les différentes stratégies de déconfinement ? Ça s’annonce très compliqué. Soit on relâche, et le risque majeur est le rebond – la deuxième vague -, soit on déconfine dès que la pression sur les réa baisse – dit technique ‘stop and go’ qui pourrait durer jusqu’en 2022 aux États-Unis…, soit on déconfine localement, soit on déconfine les jeunes – ‘déconfinement ciblé’ — mais sans reprise des écoles, le principe étant d’empêcher les regroupements…

Très intéressant.

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/04/07/les-enjeux-du-deconfinement-expliques-en-schemas_6035827_4355770.html

Est-ce que je vous raconte qu’un de nos copains a lui-même un copain qui vit à Paris et qui est sorti une seule fois pour aller faire des courses et qu’il est covid+. Encore une mauvaise nouvelle pour le bio…

Est-ce que je vous raconte que le site de l’ordre des médecins est en panne et que les informaticiens sont confinés chez eux et que je comprends mieux pourquoi je ne peux pas payer ma cotisation ? Vous vous en foutez ? OK. Vous avez raison.

Est-ce que je vous raconte de quoi j’ai rêvé cette nuit ? Vous vous en foutez aussi ? OK.

Qu’il fait gris ce matin ?

Alors je vais vous raconter qu’au moment où j’écris ces lignes, il est 10h48, qu’on est tous les deux confortablement installés dans notre lit mon épouse et moi, qu’on boit du thé et du jus d’orange pressé, que les enfants dorment et qu’on a la flemme d’aller les réveiller !

Et qu’on va même peut-être se rendormir !

Hello François!

1er avril

Je vous fais le coup du poisson ?

Je n’ai pas d’inspiration.

Ma fille elle, est au taquet !

En plus, c’est le mois de son anniversaire !

Et elle a son papa pour elle toute la journée.

Alors que demander de plus ?

De suivre l’école à la maison de France4 ?

Euh, bof, la motivation n’y est pas trop.

—              Papa, on est mercredi, d’habitude on ne travaille pas !

—              Mais à l’école à la maison, il n’y a pas de mercredi.

Faut dire qu’on a la pression de France4.

Parce qu’eux, ça rigole pas, ils avancent ! Ils enchaînent les enseignants, les programmes, les maths, le calcul. Ma fille, elle, elle est seule face à la déferlante. Enfin, on est deux, mais on ne fait pas le poids…

Aujourd’hui, nouvel maître de français, François.

Hello François !

Enfin un homme. Je me sens moins seul.

Mais avant, nous terminons les soustractions d’Agnès de la veille. « Il y a des pommes dans un panier, j’en ajoute 5, et il y en a 9 en tout. Combien y avait-il de pommes avant que j’en ajoute ? »

—              4.

Waouh. Comme ça. Direct.

« Deuxième problème, toujours notre panier avec des pommes, j’en ajoute 12, il y en a maintenant 26. Alors, combien il y en avait ? »

—              Je ne sais pas.

—              Refait pareil.

—              Je ne sais pas, je te dis.

—              Regarde comment elle calcule. 2 paquets de 10, 6 pommes seules, on enlève 1 dizaine et 2 unités, il reste ?

—              Je ne sais pas.

Je lui remontre.

—              Je comprends rien.

Ça ne vous rappelle pas quelqu’un ?

Les chiens ne font pas des chats…

Bon. Retour à François. Très sympa, François.

Ma fille le trouve rigolo.

Pourtant, la suite est moins drôle.

Les son « ell », « ess », « ett » et « enn ».

À lire : « elle ».

Ça va, elle connait.

« belle »

—              Ble.

—              Belle

—              Ble

—              « be » et « elle »

—              Ble

OK.

Nouveau blocage.

—              Isa’belle’

—              Isa’ble’

Hummm…

Comment dire ?

—              T’as qu’à pas me faire travailler le mercredi.

Et ce n’est pas un poisson d’avril !

Après la guerre…

30 mars

Après la guerre, le calme.

Le calme…

Ce matin, on ouvre les yeux à 8h, on a oublié de décaler le réveil !

Mon épouse est hyper à la bourre.

Elle part pour 24 h à l’hôpital, de garde cette nuit aux urgences.

Demain matin, j’aurais des nouvelles fraîches de l’état d’esprit là-bas.

Mon épouse courageusement partie, je me laisse un peu de temps pour mes activités.

Je travaille un peu à mon roman NOIR

(NOIR, chapitre par chapitre http://noir.vasyraconte.fr/)

Puis je réveille ma fille de CP :

—              Coucou, l’école va bientôt commencer ! Tu viens avec moi ?

Ma fille se jette dans mes bras.

—              Bonjour Papa !

Le petit déjeuner est prêt, jus d’orange, céréales, mille Bornes.

Et en avant pour Lumni, l’école à la maison de France 4.

Et là, première surprise, ce n’est plus Christine qui présente le français, mais Sophie.

Avec les différentes manières d’écrire le son « o ».

Domino, lasso.

Crapaud, jaune.

Cadeaux, gâteaux.

« L’astronaute plante son drapeau sur la Lune »

« Elle n’écrit pas bien les « o » et les « a », elle oublie le petit trait devant.

Pour les mathématiques, pareil, changement de maîtresse.

Calcul mental : 32+44.

Direct.

Elle explique, ma fille ne comprend rien.

—              Si tu ne sais pas comment faire, ce n’est pas grave, c’est ce qu’on va apprendre ce matin.

Elle additionne les dizaines, puis les unités, donc 7 dizaines et 6 unités, 76.

Là, on a perdu ma fille.

Et bien, 2è surprise, je la laisse 2 minutes pour aller boire un verre devant la 3è opération et quand je reviens, elle a réussi. Et en redemande. 37+28=65. Elle veut continuer. Je suis même obligé d’interrompre le programme pour qu’on fasse encore des calculs. Ma fille se découvre une passion pour les maths. Elle va tout casser en calcul, faire une prépa et devenir astronaute, c’est certain. Je la vois déjà avec jouer au lasso avec son drapeau jaune sur la planète des dominos.

Bon.

Belle découverte.

On s’est éclaté.

Et mine de rien, il est midi.

Midi !

Et mes ados ?

Tranquille, ils dorment.

Allez, réveil !

Oh, doucement, qu’est-ce qu’on mange ?

Et, 3è surprise, à la fin du repas. Je demande à mon fils de 13 ans de rester pour que je lui montre les devoirs à faire.

—              OK.

OK ?

Waouh, génial.

Je lui ouvre l’ENT. De l’espagnol. Mon fils grimace, mais ne fait aucun commentaire. J’imprime les exercices et les leçons – 7 pages en tout, ce n’est pas rien – et les lui tends.

—              Tu veux qu’on fasse ça ensemble ?

—              Non, t’inquiètes.

Et il monte dans sa chambre. Pour en redescendre une heure après avec les devoirs faits !

Chapeau fiston.

—              Bravo, mon grand, c’est chouette.

Un peu plus tard, on se retrouve tous pour goûter. Ils me montrent des vidéos marrantes.

—              Une question, à combien vous estimez votre temps passé à regarder des vidéos ?

—              Au moins dix heures, avoue mon fils de 13 ans.

—              Dix heures ?

—              Déjà de 23h à 5 heures du matin, plus la journée.

—              5h du mat ?

—              Ben oui, j’arrive pas à dormir.

Ouille.

—              Demain, je vous réveille à 8h !

—              Tu peux toujours essayer, t’y arriveras pas !

Quel genre de parents sommes-nous?

29 mars 2020

Hier matin, samedi.

Appel de la Prof principale de mon fils de 13 ans.

C’est mon épouse qui prend la communication. Elle est à l’hôpital. Elle n’a pas beaucoup de temps. Elle travaille ce samedi matin.

La prof fait le tour des élèves qui n’ont pas encore donné signe de vie sur l’ENT pour s’assurer que tout va bien.

—   Votre fils n’a pas rendu son évaluation d’anglais ni de mathématique.

—   Ah mince.

—   Qu’est-ce qui se passe ?

—   Ben, il n’y a pas de miracle.

Silence.

—   C’est mon mari qui gère notre fils et il a démissionné.

—   Ah.

—   Vous savez comme est notre fils…

En rentrant à midi, mon épouse, pas contente, explique :

—   Je n’ai pas envie de recevoir des appels quand je travaille parce que tu ne fais rien de la journée !

—   De quoi elle se mêle, cette prof !

—   Elle se préoccupe de toi, c’est très professionnel de sa part.

—   Je ne lui ai rien demandé.

À ce moment, il vaut mieux couper la discussion. Sinon, on va se battre.

Pas possible de parler d’étude, de devoirs.

Voie barrée.

Pourtant, je ne peux pas m’empêcher :

—   Tu rattraperas tes évals ce week-end.

—   Non.

—   Pourquoi ?

—   Je m’en bats les couilles de leurs évals.

—   Ce ne sont pas leurs évals, mais les tiennes. C’est ton avenir, pas le leur.

Là, il y a comme un barrage. L’avenir. C’est comme s’il n’était pas concerné.

Comment on peut faire ?

En fait, c’est simple.

Soit on privilégie la bonne ambiance à la maison, et on ne parle ni de devoirs ni d’avenir. Alors tout va bien, notre fils est agréable et la relation est possible. Soit on aborde les devoirs ou l’avenir et il se ferme. Et il n’y a plus rien de possible.

Quels types de parents sommes-nous ? Ceux qui privilégient la bonne ambiance à la maison ? Ou ceux qui posent les limites, imposent le travail, exigent la discipline et le sérieux ? Et donc pourrissent les relations, nourrissent la colère, le conflit, la violence.

Je ne sais plus.

Et marre des conseils et remarques compatissantes de notre entourage, même proche.

Les pauvres, ils ne sont pas assez sévères.

Aucune autorité.

Je ne vous permets aucune observation.

Qu’est-ce qu’on fait ?

Le confinement renforce la situation de crise.

J’ai envie – comme tout le monde – que notre confinement soit un moment familial au moins sympathique et vivable. Je n’ai pas envie d’une situation de violence et d’engueulade perpétuelle. Mon fils n’a pas d’échappatoire avec ses copains. Je l’empêche rigoureusement de sortir. Je ne peux pas me battre sur tous les fronts.

Alors j’en parle avec ma fille de presque 17 ans :

—   Qu’est-ce que tu penses de ton frère ?

—   C’est-à-dire ?

—   Il s’en fiche réellement de son avenir ?

—   Je pense qu’il ne réalise pas. C’est trop loin pour lui.

—   Il ne se sent pas concerné ?

—   Non.

—   Mais comment c’est possible ?

Comment c’est possible de ne pas avoir même une idée de l’avenir ?

Ça l’effraie ?

Pour mon fils de 15 ans, les choses ont l’air assez simples.

—   Je vais devenir coiffeur.

—   Ok.

Ma femme s’écrie :

—   Tu vas pouvoir aller faire un stage chez Audrey !

Audrey est notre coiffeuse.

Levée de boucliers immédiate.

—   Ah ça y’est, dès qu’on dit quelque chose, tu proposes un stage !

—   Mais c’est chouette de faire un stage, tu peux voir vraiment ce que c’est !

—   Maman, c’est plus comme ça qu’on fait, nous.

Ah bon, et comment vous faites alors, vous ?

—   Nous on regarde des vidéos sur YouTube et on se lance !

Waouh.

Même si mes enfants me relèguent au rang de vieux con, là, j’ai des doutes.

—   Papa, tu veux que je te fasse un dégradé ?

—   Euh…

—   Tu ne me fais pas confiance ?

—   Il ne s’agit pas de confiance. Disons que j’ai un peu l’impression de servir de cobaye.

—   Je maîtrise, je t’assure !

Et il part dans une série d’explications avec des hauteurs de tondeuses, des gestes et tout ça.

—   Alors ?

—   Ben bof.

—   Donc, tu ne me fais pas confiance.

—   Je pense que ce n’est pas tout à fait comme ça que je procéderais.

—   Tu veux que je te re-explique ?

Je garde le meilleur pour la fin.

Nous terminons de dîner, je propose que nous regardions deux épisodes de ‘Validés’, une série sympa sur le milieu du rap français qu’on a commencé et qu’on regarde ensemble un peu tous les soirs.

Réponse de mon fils de 15 ans :

—   Oh non, trop la flemme d’aller me mettre sur le canapé.

Tu en veux de la génération qui va sauver le monde du capitalisme sauvage ?

Tu en veux du jeune qui va révolutionner la transition énergétique ?

Je sais, on est tous passé par là (quoique je n’en suis pas si certain)

Ah, je sais, c’est de la faute des parents.

28 mars

Chère Christine, chère Laure,

Chère Christine,

Grâce à vous, tous les matins, ma fille de CP à lu, écrit et manipulé les sons in, oi, oin et ui.

Et même si elle les mélange et les confond encore pas mal, elle vous retrouve et apprend avec envie et plaisir.

Voici notre rituel.

Je la réveille à 8h30. En théorie du moins, car l’horaire a glissé petit à petit vers 9 h en fin de semaine. Mais promis, dès lundi, je reprends le rythme de 8h30.

Nous petit-déjeunons en jouant au Mille Bornes et nous commençons.

Comme ça va un peu vite, j’enregistre l’émission, fais des pauses et lui laisse le temps de lire, réfléchir, écrire.

Et nous avançons tranquillement, installés sur le canapé, pour un moment de complicité sympa rien que tous les deux.

Je découvre alors que ma fille est :

-un peu flemmarde (elle va fouiller dans les pages précédentes pour regarder les mots déjà écrits plutôt que de chercher dans sa tête et de trouver elle-même)

-qu’elle n’est pas très persévérante (elle se décourage vite), mais que la motivation que je peux lui apporter la pousse à poursuivre,

-qu’elle a du mal à tenir la longueur (français et maths, ça allait en début de semaine, mais dur dur en fin de semaine !)

Mais qu’elle s’accroche et qu’elle se lève avec entrain pour découvrir le son du jour !

Merci pour votre gentillesse.

Ma fille a adhéré immédiatement à votre cours.

De mon côté, je me suis pris au jeu aussi et je m’applique à faire des lignes d’écriture – ce qui me fait le plus grand bien !

La fin de la semaine a été difficile et la motivation s’est étiolée.

Alors désolé, chère Laure, mais nous n’avons pas assisté à votre dernière leçon de mathématique. Mais ne vous inquiétez pas, elle est enregistrée et  nous essayerons de la rattraper ce week-end!

En tout cas, je tenais vous remercier pour l’enthousiasme que vous apportez à l’apprentissage des nombres, du calcul et des problèmes.

C’est avec une grande joie que ma fille manipule les LEGO (moi j’ai droit de le dire !), les boites d’œufs, les sacs de 10 bonbons, et avec fierté qu’elle annonce « 50 » et « 75 » au Mille Bornes au moment de déposer les cartes des kilomètres !

Merci à toutes les deux !

Et à la semaine prochaine !

Et l’école à la maison ?

Mardi, deuxième jour de la deuxième semaine.

8h30, réveil de ma fille de 7 ans.

Pas trop difficile.

L’idée de retrouver Christine et Laure, ses nouvelles maîtresses de France4 la réjouit. Petit dej avec des céréales et du lait et hop, en place, cahier ouvert, crayon à la main.

Lecture, le son « oi ». Lecture d’un petit texte, mieux qu’hier. Elle s’habitue.

Puis écriture : « Le toit de la cabane est froid ».

Ouille, dur, dur, cafouillage au mot ‘cabane’, perte de contrôle.

—           Ça va trop vite !

Elle reprend pied avec Laure dans la partie calcul. Des dizaines représentées par des boites de 10 œufs, des œufs tous seuls, des calculs, ouille, ouille, ouille. Ça se termine par un calcul pour demain : 48 œufs + 17 œufs.

Pour un deuxième jour, ça pique !

La seule chose que retient ma fille, c’est :

—           Des devoirs pour demain ? Mais c’est pas possible ! Demain c’est mercredi !

Séance intense.

Récupération par 2 parties de Mille Bornes.

Après, tout se complique dramatiquement.

Je laisse les garçons tranquilles parce que se profilent, le programme des 5è sur France 4 à 14h puis la classe à la maison des 3è sur le CNED : un cours de français.

Prudemment, j’enregistre le programme France4. Je connais l’élève.

Mais malgré que ce soit moi – en partie – qui l’ait fait, malgré que ce soit MON fils, que je l’aime, que je le pratique depuis des années, il n’y a rien à faire.

Décrochage au bout de 30 secondes. Je commente, j’essaie de la motiver.

—           C’est barré.

Faut dire que la proposition subordonnée relative expliquée par une prof – certes gentille – mais qui lit ses feuilles à l’écran à un enfant qui ne rêve que de retrouver ses potes ou de finir sa course sur GT6, comment dire, vous m’avez compris ?

On se rattrape avec les maths ? Aie, aie, aie, pas vraiment. Les nombres relatifs positifs et négatifs. Expliqués avec des parcours de golf où des joueurs réussissent leur PAR, le dépassent où l’explosent, comment dire, bof bof.

Décrochage assuré.

Bon, retour au programme ENT.

De l’Anglais ‘some, many, how many, not enough’

Ben justement, pour lui c’est too much.

—           En fait, tu ne comprends rien en Anglais !

Je fais semblant de le découvrir, mais ce n’est pas tout à fait vrai, je le sais depuis longtemps.

Et ben pas de chance pour lui, mon épouse a dégoté des cahiers d’exercices en Anglais de 6è.

Je lui sors et lui pose devant les yeux.

—           Allez, une leçon par jour.

—           Tu déconnes…

—           Je t’interroge ce soir.

—           Tu ne peux pas me faire ça !

—           Et si !

—           Je préfère mourir.

—           Arrête de raconter n’importe quoi, allez zou !

Et pendant ce temps-là, comment ça va du côté de ma classe pour tous ?

C’est la foire totale.

—           On n’entend pas le prof !

On entend en revanche les élèves !

—           Eh monsieur ! Vous êtes là ?

—           Qu’est-ce qu’on doit faire ?

26 élèves connectés. Certains avec leur pseudo tout nickel, nom et prénom, les autres, forcément… coco le rigolo, annabelle la belle, et tous les anagrammes possibles du prof ! Que je ne peux vous reproduire par souci de confidentialité, mais quelle rigolade ! Quelle imagination ces 3è.

—           Ta gueule ! on n’entend rien.

—           Pas de gros mots !

—           Qui parle ?

—           Est-ce que quelqu’un peut m’expliquer ce qu’il faut faire ?

Derrière tout ça, un faible grésillement de prof, vraiment inaudible. Et des diapos qui passent, et la tension qui monte. Les élèves quittent la salle, reviennent avec des noms de plus en plus sauvages, mon fils se bidonne, snap explose de commentaires, ça bordelise un max.

Et puis un Kenny#4 apparait.

Il joue à Fortnite pendant le cours.

Tout le monde éclate de rire, c’est la poilade générale, les blagues fusent.

Jusqu’à ce que quelqu’un se demande qui est ce fameux Kenny#4.

Et que le prof finisse par jeter l’éponge

« je cesse définitivement les classes virtuelles au motif que certains éléments se comportent de manière déplacée et que d’autres éléments visiblement extérieurs à la classe viennent compromettre de manière intolérable la réussite de cette classe. »

Fin de partie.

Pas sûr qu’ils soient fiers d’eux.

—           Bon, il te reste des maths à faire.

—           Ok.

Et ma fille de presque 17 ans ?

Elle est sous les mers, 1,2 millions de km de câbles sous-marins ont été déployés entre les différents continents et permettent la diffusion des flux d’internet.

—           Tu sais qu’en 2018, en 60 secondes, on compte 1,5 million de titres écoutés, 65 000 photos instagram téléchargées, 243 000 photos Facebook, 400 heures de vidéo YouTube regardées, 3,8 millions de requêtes Google, 156 millions de mails envoyés et 18 000 matchs sur tinder !

C’est un peu too much, non ? Tout ça pour des photos de chats…

Super relou

Pour moi, l’école a déjà repris dimanche soir à 22h.

Connecté à l’ENT, je recueille patiemment les données. J’enregistre les captures d’écran où sont indiqués les instructions (pour m’y retrouver, mais aussi pour leur prouver que ce n’est pas moi qui invente les consignes), j’imprime les exercices, je jongle entre le cahier de texte, pronote et la messagerie. Mais ça, vous le savez et vous faites comme moi, j’imagine.

En tout cas, moi qui rechignais à utiliser cet outil numérique sombre, je vais devenir un expert.

Content, prêt, motivé je me couche satisfait.

La bonne surprise du matin, c’est ma fille de CP que je réveille à 8 h 30, à peine mon épouse partie en direction de l’hôpital, plutôt tendue et stressée, elle qui est d’un naturel confiant et enthousiaste, ce qui n’est pas un très bon signe.

Ma fille, donc, saute de son lit, impatiente de découvrir l’école à la télé (une bonne occasion de regarder la télé avec son papa !)

Le programme de FRANCE 4 commence à 9 heures pile par 20 minutes de lecture et d’écriture avec une maîtresse assez impressionnée par son premier cours, mais qui est super. Ma fille adhère immédiatement. Aujourd’hui, le son « -in » qu’on peut écrire de plein de manières différentes, qui peut être placé devant un mot en le transformant en son contraire (visible, invisible). Puis une seconde maîtresse enseigne les mathématiques avec les doubles, le tableau des nombres de 0 à 99, des calculs et des problèmes.

Franchement, génial. Merci à ces deux maîtresses.

Super programme que je recommande vivement.

Ma fille est prête pour demain.

Les cours de collège ont lieu de 14 à 15 heures.

On va voir ça avec les ados.

J’ai hâte !

En attendant, je les réveille à 10h30.

Sympa, non ?

Ils ont regardé des films jusqu’à 2 heures du mat.

—           Début des devoirs à 11h !

—           Mmmmmh.

Au petit dej, je leur parle du programme de France 4.

La réaction est immédiate !

—           Puisqu’on travaille à 14h, pas la peine de travailler ce matin !

—           Je… comment dire ? Comment voulez-vous qu’on ne se dispute pas si tes premières paroles sont déjà négatives ?

—           Ok. Je vais d’abord aux toilettes, me laver les dents (tiens, c’est nouveau ça), m’habiller.

—           Et moi, je sors 5 minutes dans le jardin.

11h35.

Les garçons ne sont toujours pas revenus.

Moi j’en profite pour écrire ce billet.

Mais il va falloir que je rassemble les troupes.

Et qu’on s’y mette !

Le principal adjoint du lycée appelle.

—           Votre fille n’a pas indiqué la spécialité qu’elle voulait abandonner.

—           Désolé. J’ai rempli plusieurs fois le formulaire, elle n’a pas dû vous le donner.

—           Ne vous inquiétez, pas. Comment se passe son confinement et sa continuité éducative ?

—           Ben, on va dire qu’elle rend doucement ses marques. Il me semble qu’elle a pris conscience qu’il fallait qu’elle se mette au travail. Et vous, ça va ?

—           Ça va. Je suis au télétravail.

—           Bon courage.

—           Merci, à vous aussi.

11h45, pas de trace des garçons.

C’est bientôt l’heure de préparer le repas.

Tiens, en voilà un qui redescend !

Ah, il cherche son chargeur de téléphone.

Une demi-heure plus tard.

Je tente la table commune avec les 3 ados.

—           Tiens, c’est ce que tu as à faire.

—           Hahaha.

Il se marre parce que sa sœur lui montre une photo d’il y a quelques mois.

—           Donc, je disais que …

—           Hahaha.

Il se marre de la vidéo que regarde son frère.

—           Eh, on travaille !

—           Ouais, je termine mon verre de lait.

—           Alors, ta prof a mis une vidéo.

« Alors pour ce cours, je vais vous montrer comment on additionne les fractions à dénominateurs différents… »

Hilarité générale, ça se bidonne, se tord les côtes de rire.

Au moins, ils sont de bonne humeur.

Pour l’école, on verra. Mais pour les blagues, c’est OK.

Ils me montrent une vidéo d’une prof qui s’énerve parce que quelqu’un a hacké son programme de cours à la maison et dessine des bites sur son écran !

Allez, on reprend.

« Les types de phrases »

Combien y a-t-il de types de phrases ?

Bigre.

—           Ben y a en 4, me dit mon fils de 13 ans.

—           Ah, lesquels ?

—           On apprend ça au CP, Papa ! Phares déclaratives, impératives, interrogatives, exclamatives.

—           OK. Et les formes de phrases ?

—           Ah, ça, j’en sais rien.

Je jette un œil sur Google.

2 formes de phrases. Affirmatives et négatives.

—           C’est facile, tu ne vois pas ? Affirmatives et négatives.

—           Ouais. Bon, je vais faire une pause.

Je regarde ma fille de presque 17 ans.

Les évènements ont l’air de lui passer dessus comme une brise tiède un soir d’été.

—           Et toi ?

—           J’ai plein de choses à faire pour jeudi.

—           Rien pour aujourd’hui ?

—           Non, c’est trop tard.

—           Trop tard ?

—           La prof de SES a posté les exercices à 10 h. Et elle vient de donner les corrigés.

—           Mais tu peux le faire et lire le corrigé après ?

—           Ah non, j’ai trop de choses à faire, je te dis.

—           Bon, demain je te réveille à 8h30, comme ta petite sœur.

—           Oh, t’abuses !

Elle se connecte à l’ENT.

—           Tu arrives à te connecter ?

—           Ben oui !

Waouh, c’est vrai, ça marche !

—           Tout ce que j’ai à faire !

—           Quoi ?

—           Une biographie de la Reine Victoria en Euro-Anglais.

—           Et ben c’est génial. Toi qui aimes la géopolitique. La Reine Victoria peut te permettre de retracer tout le contexte des décisions politiques des Anglais. Tu peux voir ça comme une sacrée opportunité d’en apprendre plein sur la géopolitique anglaise !

—           T’es un fou, toi, j’m’en cague des Anglais.

—           Bon en tout cas, c’est le moment de t’y mettre.

—           J’en ai pour l’après-midi.

—           OK, fonce.

—           Mais t’es un super relou !

Eh oui, c’est la triste réalité. Je suis un super relou…

Pourquoi toutes les séances de devoir se terminent en engueulade ?

21 mars 2020

Pourquoi.

Pourquoi.

Parce que je passe vraiment du temps à rassembler les devoirs des garçons.

Et que lorsque j’ai tout rassemblé et que je vais les rejoindre dans leur chambre, j’aimerais qu’ils se jettent sur moi et que – enthousiastes – ils s’approchent et regardent avec juste ce qu’il faut d’intérêt ce que j’ai trouvé sur cette merde d’ENT.

Parce que c’est une sacrée merde cette saloperie d’ENT.

Des devoirs, il y en a partout. Sur le cahier de textes, sur la messagerie, sur Pronote. Et ça se déconnecte, et je suis sur les 3è alors que je crois être sur les 5è, que je clique et reclique, que ça se redéconnecte, qu’il faut rentrer le mot de passe, que je fasse le tri entre ce j’imprime et les documents sur lesquels il faut répondre pour les envoyer, mais qu’on n’enverra pas parce que je ne sais déjà plus où ils sont.

Alors quand j’en suis à la phase ‘distribution des devoirs’ et que j’arrive dans la chambre des garçons, attendant un minimum d’intérêt et que là j’entends :

–             Oh non, plus tard.

–             J’ai pas fini ma partie.

—           C’est mieux le soir.

—           T’inquiètes, je le ferrai après.

Je me décompose.

Et les mots sortent de ma bouche plus vite que leurs ombres.

Et forcément, ça fight.

Je ne supporte pas cette langueur, ce m’enfoutisme, cette mauvaise foi, cette mauvaise humeur d’être dérangé en pleine partie, cette flemme générale.

Je casserai toutes leurs foutus écrans et leurs consoles, téléphones et compagnie.

Aucun respect.

Aucune autonomie.

Pas un brin de conscience de l’avenir.

Rien.

Le néant sidéral.

Bon.

C’est fini.

Je respire un grand coup.

Ça va aller !

Peut-être que c’est moi qui suis tellement énervé par cette technologie des comptes, mots de passe, fenêtres qui s’ouvrent sur un autre compte et un autre mot de passe, les minutes d’attente que ça s’ouvre pour tomber sur un message d’erreur, et je recommence, avec de moins en moins de patience, mais que je suis un adulte et que je ne vais tout de même pas me mettre à hurler sur une machine. Alors que quand je me trouve face aux garçons, en chair et en os, qui eux aussi me font attendre et s’ouvrent sur un message d’erreur ‘pas disponible actuellement’, ‘tu vois pas que tu m’emmerdes avec tes devoirs’, ‘repasse plus tard’, alors là, oui, je peux me mettre à hurler sans passer pour un taré qui parle aux murs, là je peux me lâcher et balancer toute cette tension accumulée.

Même si ça n’est pas tout à fait digne du comportement d’un adulte, je vous l’accorde.

Excusez-moi, les garçons.

Je vais essayer de faire mieux la prochaine fois.

Une image contenant capture d’écran

Description générée automatiquement

Merci Eric pour les illustrations!

La leçon du quatrième jour

Quand le maître s’est levé tôt, qu’il s’est bien préparé, qu’il a tout anticipé, que son travail est prêt, alors l’école à la maison se passe bien. Mais à la première relâche, au moindre accroc, à la moindre défaillance ou ralentissement informatique, et tout part en couille.

Hier, à huit heures.

L’ENT fonctionne.

Seul devant mon ordinateur – les élèves dorment à poings fermés – je relève minutieusement chaque devoir. Je fais des captures d’écrans de chaque consigne – recopier le cours d’histoire géo, répondre aux questions par écrit, compléter par écrit les fiches de français, dictée orale en espagnol. Puis je fais des dossiers à chaque nom, à chaque date. Puis je les transferts sur mon cloud pour pouvoir les ventiler sur les différents ordis de la région, tablettes du collège, ordi portable. Ce qui me prend 1 heure.

Et cette fois, début des devoirs à 11h.

–             Ah non, moi je les fais cette après-midi.

–             Oh la flemme, on verra cette après-midi.

Rien du tout.

11 heures. Retentissement de la sonnerie. Les élèves rejoignent mollement leurs rangs.

J’installe ma fille de CP dans le jardin. On commence par les mots outils de lecture – c’est, sur, dans, sans –, puis écriture. Pendant qu’elle écrit, je monte dans la chambre de mon fils de 15 ans. Je lui ouvre le cloud et lui explique ce qu’il a à faire.

–             Fais-moi confiance, je le fais dans la journée.

–             Ok, on essaie.

Je passe voir la classe de CP. Ça écrit sagement. OK.

J’installe mon fils de 13 ans sur l’ordi. Lui indique les consignes. On nage encore dans les hydrocarbures.

–             Ça, je le fais tout seul

Recopier les bilans. OK.

–             Ça, on le fait ensemble.

Répondre aux questions.

Entre temps, les CP ont fini.

–             Quelques minutes de récréation.

Elle part en courant.

Je monte superviser les 3è dans la chambre.

Fortnite.

–             Je vois que tu es en pleins devoirs !

–             T’inquiètes, je gère.

–             OK.

Retour dans le jardin. Les CP se disputent avec les 5e qui font des jongles au ballon.

–             Tu ne fais pas ton histoire géo ?

–             Si, mais je t’attends.

–             Tu as fini de recopier les bilans ?

–             Non.

–             Bon, ben termine et j’arrive.

–             Tu ne t’occupes pas de moi, me reproche ma fille de CP.

–             J’arrive.

L’écriture, c’est parfait. Je lance l’activité ‘’cahier d’exercices’’ et je remonte voir les 3è. Fornite.

–             C’est bon Papa, j’ai toute la journée.

–             Stop. Tu travailles sinon je coupe la connexion.

–             C’est relou.

Une image contenant texte

Description générée automatiquement

Le 5è a repris ses jongles au ballon dans le jardin.

–             J’en ai fait 80, pas mal, non ?

–             Et les bilans ?

–             C’est bon.

–             Moi aussi, j’ai fini, Papa, me disent les CP.

Deuxième récré.

–             Je peux regarder des vidéos sur ton téléphone ?

–             Non, à la récré, on joue et on se défoule, on ne regarde pas de vidéo.

Alors, les 5è ?

Étude de la répartition des hydrocarbures sur la planète et leurs principaux flux. Quels sont les pays producteurs et quels sont les pays consommateurs. Pas trop de surprises. Les pays riches consomment à bloc. Et la plupart des pays producteurs exportent massivement vers les pays riches.

Dans la leçon, on ne dit pas que les USA sont devenus le premier pays producteur de pétrole grâce à ses pétroles de schistes ni que Poutine a décidé de rompre les accords avec ses copains de l’Opep pour ruiner son ennemi américain…

Reprise des cours de CP avec le son « R » – prononcez « rrrrrr ». Prune, cerise, haricot, grenouille (plus difficile), renard, hérisson, pyjama.

Le grand travaille là-haut, c’est bon, il a fini par y arriver.

–             Je fais juste le Français, le reste je le ferai cette après-midi.

C’est fou la notion du temps qu’ont les ados. Et cette faculté d’être persuadé d’avoir la possibilité de tout faire, mais ‘plus tard’. Ça m’interroge. Sont-ils réellement stupides ? Pas certain, ils y croient dur comme fer. Ils te promettent, je te jure sur la tête de n’importe qui, s’engagent à passer l’aspirateur s’ils ne le font pas. C’est dingue.

Bon, en attendant, c’est le maître qui prend un moment de récréation après tout ça en rangeant la table du petit dej non débarrassée – ‘’t’inquiètes, on le fera tout à l’heure’’, préparation du repas, machine à laver.

–             Tu viens vider le lave-vaisselle ?

–             Je ne peux pas, tu m’as dit de faire les Maths.

Mais là où je vais me venger, et là où ça va être bon, c’est que ce matin, je lève tout le monde à 9 heures ! Pourquoi ? Parce qu’à minuit et demi hier soir, c’était la plaine activité. Et je descends boire, et je descends manger un yaourt – qui traine encore sur la table -, et je vais aux toilettes, et j’appelle une copine – tu plaisantes ? À minuit ? Tu peux pas l’appeler dans la journée ?

Et aussi parce que je vais chez le dentiste à midi. Cool, je vais pouvoir sortir avec mon autorisation !

(C’est la première fois de ma vie que je suis content d’aller chez le dentiste !)

Allez, j’y vais !

Ça va râler, je vous le garantis.

Mais ça va être jouissif !

Sales gosses.

« Older posts