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Qui va oser ?

24 avril, J-17 avant le 11 mai, ça approche, il n’y a que les têtes en l’air pour ne pas voir ce qui se prépare.

Les défis de la matinée :

1/ lever mon fils de 15 ans à 9h30 pour une classe virtuelle de français à 10 heures. Thème : le 5è chapitre d’Antigone que mon fils n’a pas lu.

2/lever ma fille de CP, déjeuner, école à la maison de 10h à 11h.

3/j’ai un rendez-vous téléphonique à 11h.

4/appeler le réparateur de lave-vaisselle, ce bon lave-vaisselle, pièce maitresse de la maison, sans qui rien n’est plus possible et qui répète à longueur de temps F78, ce qui veut dire — d’après internet — problème de pompe. Ils parlent de coucher l’engin sur le côté et de l’ouvrir. Autant je me sens de faire l’exploration d’une plaie en couchant une personne sur le côté, autant je ne me sens pas d’opérer mon lave-vaisselle, comme ça, dans la cuisine, au milieu d’une flaque d’eau et d’assiettes sales des restes de spaghettis bolognaise.

5/convaincre mon fils de 13 ans de finir son SVT d’hier sur le débit cardiaque et le débit sanguin. Un diagramme de l’évolution du débit sanguin entre le repos et l’effort selon les organes. Débit qui baisse dans le tube digestif et les reins, qui reste constant dans le cerveau — Ouf ! mais peut-être pas chez tout le monde ! —, qui augment au niveau de la peau — Tu sais pourquoi ? — Pour la transpiration. — Exact ! —, qui explose dans les muscles grâce à l’ouverture des capillaires sanguins et qui est maximal au niveau du poumon. Travail qu’il m’avait promis de terminer avant le dîner d’hier, mais qu’il n’a pas pu finir, car l’ordinateur n’avait plus de batterie… — Et quand ta manette n’a plus de batterie ? — Ben quoi, c’est pas pareil…

6/convaincre mon fils de 13 ans de faire son travail d’aujourd’hui, espagnol, français, maths.

— L’espagnol, jamais de la vie. — Alors français et maths. — On verra, il faut déjà que je finisse mon SVT. — Il y a aussi la techno que tu n’as as faite. — La techno, c’est mort, ça sert à rien. — Français et maths.

En lui présentant espagnol, français et math, je sais qu’il va éliminer espagnol et qu’il fera — peut-être — français et maths. Si je lui annonce que le programme d’aujourd’hui est français et maths, sachant qu’il ne fera pas espagnol, il éliminera soit le français, soit les maths ? C’est comme quand on négocie une bagnole…

7/ réveiller mon fils de 15 ans à 9h30

Vous avez vu le merdier qui s’annonce pour la reprise de l’école ? Qui va oser mettre ses enfants à l’école le 11 mai ? Vous ? Moi ?

Quel maire va oser prendre le risque d’ouvrir les écoles ?

Quel préfet va oser donner le feu vert au maire pour ouvrir les écoles ?

Qui va être volontaire ?

Mon épouse a lu dans Le Monde ce matin qu’ils envisageaient de tester les enseignants avant les cours pour être certains qu’ils ne sont pas covid+.

On va tester les enfants aussi ?

Et comment on gère l’attente des résultats ?

Et qui va enfoncer l’écouvillon nasal de 5 cm dans le nez des enfants, déclenchant immédiatement saignements de nez, cris, pleurs et scènes de panique ?

8/ réveiller mon fils de 15 ans à 9h30.

D’ailleurs, c’est l’heure.

Et l’école à la maison ?

Mardi, deuxième jour de la deuxième semaine.

8h30, réveil de ma fille de 7 ans.

Pas trop difficile.

L’idée de retrouver Christine et Laure, ses nouvelles maîtresses de France4 la réjouit. Petit dej avec des céréales et du lait et hop, en place, cahier ouvert, crayon à la main.

Lecture, le son « oi ». Lecture d’un petit texte, mieux qu’hier. Elle s’habitue.

Puis écriture : « Le toit de la cabane est froid ».

Ouille, dur, dur, cafouillage au mot ‘cabane’, perte de contrôle.

—           Ça va trop vite !

Elle reprend pied avec Laure dans la partie calcul. Des dizaines représentées par des boites de 10 œufs, des œufs tous seuls, des calculs, ouille, ouille, ouille. Ça se termine par un calcul pour demain : 48 œufs + 17 œufs.

Pour un deuxième jour, ça pique !

La seule chose que retient ma fille, c’est :

—           Des devoirs pour demain ? Mais c’est pas possible ! Demain c’est mercredi !

Séance intense.

Récupération par 2 parties de Mille Bornes.

Après, tout se complique dramatiquement.

Je laisse les garçons tranquilles parce que se profilent, le programme des 5è sur France 4 à 14h puis la classe à la maison des 3è sur le CNED : un cours de français.

Prudemment, j’enregistre le programme France4. Je connais l’élève.

Mais malgré que ce soit moi – en partie – qui l’ait fait, malgré que ce soit MON fils, que je l’aime, que je le pratique depuis des années, il n’y a rien à faire.

Décrochage au bout de 30 secondes. Je commente, j’essaie de la motiver.

—           C’est barré.

Faut dire que la proposition subordonnée relative expliquée par une prof – certes gentille – mais qui lit ses feuilles à l’écran à un enfant qui ne rêve que de retrouver ses potes ou de finir sa course sur GT6, comment dire, vous m’avez compris ?

On se rattrape avec les maths ? Aie, aie, aie, pas vraiment. Les nombres relatifs positifs et négatifs. Expliqués avec des parcours de golf où des joueurs réussissent leur PAR, le dépassent où l’explosent, comment dire, bof bof.

Décrochage assuré.

Bon, retour au programme ENT.

De l’Anglais ‘some, many, how many, not enough’

Ben justement, pour lui c’est too much.

—           En fait, tu ne comprends rien en Anglais !

Je fais semblant de le découvrir, mais ce n’est pas tout à fait vrai, je le sais depuis longtemps.

Et ben pas de chance pour lui, mon épouse a dégoté des cahiers d’exercices en Anglais de 6è.

Je lui sors et lui pose devant les yeux.

—           Allez, une leçon par jour.

—           Tu déconnes…

—           Je t’interroge ce soir.

—           Tu ne peux pas me faire ça !

—           Et si !

—           Je préfère mourir.

—           Arrête de raconter n’importe quoi, allez zou !

Et pendant ce temps-là, comment ça va du côté de ma classe pour tous ?

C’est la foire totale.

—           On n’entend pas le prof !

On entend en revanche les élèves !

—           Eh monsieur ! Vous êtes là ?

—           Qu’est-ce qu’on doit faire ?

26 élèves connectés. Certains avec leur pseudo tout nickel, nom et prénom, les autres, forcément… coco le rigolo, annabelle la belle, et tous les anagrammes possibles du prof ! Que je ne peux vous reproduire par souci de confidentialité, mais quelle rigolade ! Quelle imagination ces 3è.

—           Ta gueule ! on n’entend rien.

—           Pas de gros mots !

—           Qui parle ?

—           Est-ce que quelqu’un peut m’expliquer ce qu’il faut faire ?

Derrière tout ça, un faible grésillement de prof, vraiment inaudible. Et des diapos qui passent, et la tension qui monte. Les élèves quittent la salle, reviennent avec des noms de plus en plus sauvages, mon fils se bidonne, snap explose de commentaires, ça bordelise un max.

Et puis un Kenny#4 apparait.

Il joue à Fortnite pendant le cours.

Tout le monde éclate de rire, c’est la poilade générale, les blagues fusent.

Jusqu’à ce que quelqu’un se demande qui est ce fameux Kenny#4.

Et que le prof finisse par jeter l’éponge

« je cesse définitivement les classes virtuelles au motif que certains éléments se comportent de manière déplacée et que d’autres éléments visiblement extérieurs à la classe viennent compromettre de manière intolérable la réussite de cette classe. »

Fin de partie.

Pas sûr qu’ils soient fiers d’eux.

—           Bon, il te reste des maths à faire.

—           Ok.

Et ma fille de presque 17 ans ?

Elle est sous les mers, 1,2 millions de km de câbles sous-marins ont été déployés entre les différents continents et permettent la diffusion des flux d’internet.

—           Tu sais qu’en 2018, en 60 secondes, on compte 1,5 million de titres écoutés, 65 000 photos instagram téléchargées, 243 000 photos Facebook, 400 heures de vidéo YouTube regardées, 3,8 millions de requêtes Google, 156 millions de mails envoyés et 18 000 matchs sur tinder !

C’est un peu too much, non ? Tout ça pour des photos de chats…