Mois : octobre 2020

Un sacheur chachant sacher chans chon hips ! sien…

Avez-vous vu ou entendu les incroyables et improbables clips diffusés il y a quelques semaines pour rendre la chasse cool, les balades en forêt armé in, la traque mortelle en campagne sexy ?

Si vous voulez vous une faire une idée de la manière dont les hautes instances des chasseurs nous considèrent, comment ils nous parlent, nous, pauvres crétins incrédules, et de la méthode qu’ils ont choisi pour tenter de nous convaincre que la chasse est le mieux qui peut nous arriver, aller donc y jeter un œil, ça vaut son pesant de cartouches decathlon – à fond la chasse aux cons.

Si vous ne les avez pas vu, vous en ratez une bonne.

En voici quelques uns :

EPISODE 4 : en quête de NOUVELLES EXPERIENCES !

« Tu peux pas savoir ce que j’aime bander ! – Pardon ? – Le week-end, je vais en forêt et je fais ma petite affaire ! – Quoi ? – Je fais de la chasse à l’arc ! »

Deux nanas qui discutent l’air de rien, waouh, le niveau !

EPISODE 1 En quête d’EVASION !

« Mais toi, comment tu fais ? – Premièrement, je mange sain, des légumes bios,  deuxio, tous les week-end, je vais à la chasse ! »

Verres de vins à la main, faut pas oublier d’être bourré pour aller chasser !

Musique de fond genre Desperate Housewife

EPISODE 2 : en quête de SENSATIONS FORTES

« Je te refais l’épisode, j’entre dans la forêt, mais pas genre forêt gnangnan ! Nan, the forêt, genre amazonienne ! »

Bigre, ça fantasme dur dans le milieu des fusils sans cerveau.

Il y en a 5 autres, que je vous laisse le plaisir de découvrir…

Mais surtout, il y a ce podcast de Thomas Messias – prof de math et journaliste – MANSPREADING, Les chasseurs, porte flingue de la domination masculine

« Dans une campagne vidéo qui a beaucoup fait parler d’elle, la Fédération des chasseurs de France tente de promouvoir la chasse comme un loisir divertissant, ressourçant, addictif, ouvert à toutes et à tous. Pourtant, gorgée de domination et de virilité, cette discipline trouve sa structure première dans une certaine vision de la masculinité… »

C’est LE podcast à écouter pour entendre des choses intelligentes et intelligibles sur la chasse, la culture patriarchale qui coule dans nos veines et la domination masculine. Prenez 16 minutes de votre temps pour l’écouter.

Enfin, s’il vous en reste, du temps, venez-vous marrer un coup avec les inconnus et la chasse à la galinette cendrée !

«  La chasse, c’est une communion avec la nature, c’est un contact avec Dame Nature dès que l’aurore darde ses rayons d’argent à travers les écharpes de brume…

« Et votre fils ? Ah, oui… C’était il y a 4-5 mois, j’ai cru que c’était une galinette cendrée, mais, non en fait, c’était mon fils… Accident bête…

https://youtu.be/QuGcoOJKXT8

Merci les gars, excellente conclusion !

Un bon chasseur…

Un bon chasseur…

Une image contenant assis, table, chat, chute d’eau

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Bon, pour celui-ci, c’est raté !

Il est vivant.

Mais ça aurait pu !

Belle décharge de plomb au niveau thoracique.

Il se présente aux urgences pour malaise.

Et comme dit le cardiologue : « Avec une radio comme ça, il a forcément un gros foie. »

Traduisez « Il picole »

Et comme il picole, il est cardiovasculaire. Et il fait des malaises.

Et c’est comme ça qu’arrivent ce genre de faits divers…

Alcool ou malaises ? Les deux ?

De la prison, enfin !

Ce genre d’accident est trop souvent impuni.

De la prison ?

Non, du sursis.

C’est bien ce que je disais… trop souvent/chaque fois impunis.

Comment c’est possible ?

Tu te balades dans la campagne, tu prends une balle, tu crèves et l’autre s’en tire.

Tu te balades en forêt avec un fusils, tu crois voir un cerf, tu tues une femme, t’es probablement bourré mais c’est pas grave, tu ne risque rien. Alors ? Alors rien ? Tu recommences. Pourquoi tu te gérerais ?

Heureusement, il y en a un qui nous fait marrer, histoire de détendre l’atmosphère !

Une image contenant texte, journal, signe

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Où ça un con?

Un bon chasseur et une femme morte ?

Non, c’est pas ça.

Un bon chasseur est un chasseur mort !

Une image contenant texte

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Bon c’est pas le tout, j’ai une balade à finir!

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Discussion avec mes fils à propos de diffusion de propos venimeux et incitation pernicieuse à la haine raciale sur les réseaux sociaux

Hier midi, je m’approche de mon fils de 15 ans. Il écoute des commentaires audios.

Comme il est dans le salon, j’imagine ne pas m’immiscer dans sa sphère privée en lui demandant :

—              Tu écoutes quoi ?

Je suis toujours curieux de savoir qu’est-ce qu’il bricole toute la journée penché sur son minuscule écran. Avec qui il discute. Et de quoi.

—              C’est des commentaires qu’a envoyé une copine.

Encore une fois, parce qu’il est dans le salon, lieu commun partagé par tous, je me permets d’aller plus loin.

—              Des commentaires sur quoi ?

—              Un texte écrit par un copain.

—              Tu peux me montrer ?

—              Si tu veux.

Voici le texte — un pur ramassis d’arguments d’extrême-droite, jugez-en vous même :

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Je suis surpris :

—              Tu penses que c’est ton copain qui a écrit ça ?

—              Oui, c’est T.

—              Il a écrit ça comme ça ?

—              Non, c’est une réponse à un autre message.

—              Tu peux me montrer l’autre message.

—              Papa, tu forces là…

—              C’est parce que c’est intéressant.

Je sens que je le saoule. Pourtant, il me montre le message d’origine.

« Deux femmes voilées frappées à coups de couteau près de la tour Eiffel »

—              Et tu penses que ton copain T. a pu répondre ce message en réponse à cette question ?

—              J’en sais rien.

Je lis un peu plus loins : « il ne s’agit en fait que d’une dispute à propos d’un chien laissé en liberté trop près d’enfants qui jouaient dans un parc. »

—              Je ne vois pas très bien le rapport.

—              Laisse tomber Papa…

Je pense à ce texte toute la matinée.

Et, au repas de midi, on en reparle, mon fils de 15 ans, celui de 13 ans et moi.

—              Qu’est-ce que vous avez compris dans le texte de T. ?

—              Qu’il est raciste, dit mon fils de 15 ans.

Je suis vraiment très satisfait. Il ne s’est pas laissé duper.

—              Je suis tout à fait d’accord.

—              De toute manière, T. déteste les arabes et tout ça, précise mon fils de 13 ans.

—              Mais est-ce que vous pensez que c’est lui qui a pu écrire ce texte ?

—              Oui, parce que c’est mal écrit.

—              Peut-être que c’est mal écrit exprès ? je suggère.

Ils ne savent pas.

—              Vous savez ce que c’est un salafiste ?

—              Non.

—              Et un gauchiste ?

—              C’est un truc avec la droite et la gauche.

Ils ne savent pas.

—              Vous croyez que votre copain il sait ce que c’est, lui ?

Je vois qu’ils commencent à douter.

—              Et T., il terminerait son texte par « Vive la France ! » ? Vous en avez des copains  qui disent « vive la France ! » ?

—              Euh, non…

Ils écoutent encore un peu alors je vais un peu plus loin :

—              Pour moi, un texte qui commence par « C’est pas du racisme, c’est juste réaliste ! » est un texte raciste. Dire que ce qu’on écrit n’est pas du racisme, ça veut dire qu’on cherche déjà à se justifier des propos qu’on va développer.

Je continue :

—              Et puis il y a toute cette série de faits qui n’ont rien à voir les uns avec les autres qui sont collés bouts à bouts et finissent par diffuser une idée nauséabonde : parler arabe est un signe ostentatoire de religion, ce sont toujours les arabes qui caillassent la police, et même si certains sont intégrés, les autres doivent choisir entre aimer la France ou la quitter — je dérive mais c’est ce que je perçois derrière ce torchon infâme.

Ils commencent à décrocher, alors je conclue :

—              D’après vous, qui peut être derrière ce texte ?

Ils ne savent pas.

—              L’extrême droite. C’est tout à fait leur manière de distiller des propose venimeux d’incitation à la haine raciale, l’air de rien, par des petites remarques qui semblent de bon sens mais qui fleurent bon le complot : complot des gauchistes, des islamistes, de l’école qui devient un lieu de propagande et de censure sans que n’en soit jamais clarifié l’objet. Et qui termine en défendant la liberté d’expression. Vous savez définir la liberté d’expression dans un sens démocratique et dans le sens d’extrême droite ?

Je les ai perdus.

—              La liberté d’expression au sens noble du terme est de permettre l’expression de tous les opinions. C’est le sens des propos — d’après ce que j’en ai lu — du professeur d’histoire Samuel Paty.

Je me parle à moi tout seul.

—              La liberté d’expression au sens de l’extrême droite, c’est le droit affiché de pouvoir dire n’importe quoi, de pouvoir raconter n’importe quel mensonge, de pouvoir trainer n’importe qui dans la boue, de laisser Eric Zemmour débiter ses insanités ignobles sur les jeunes migrants en les traitants d’assassin et de violeur sur Cnews.

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—              C’est bon Papa, on peut y aller ?

—              « Vive la France » est la signature de l’extrême droite.

—              OK. Allez, salut.

—              Ce texte ne peut pas avoir été écrit par votre copain T. C’est un copié-collé trouvé sur les réseaux sociaux mal écrit exprès pour faire croire à un vrai. C’est typique d’un texte de propagande d’extrême droite.

Ils ont disparu.

Je m’emporte tout seul.

C’est la raison pour laquelle j’écris ce billet ! Pour ne pas parler dans le vide !

Je me demande si mes interventions ont une quelconque utilité auprès d’eux. Si elles sensibilisent au moins un peu mes fils sur l’esprit critique à déployer à propos de tout ce qui touche à internet et aux réseaux sociaux.

Dans la soirée, je fais des recherches rapides sur internet à propose de ce texte. Voir s’il a été repris. Je ne trouve rien. Mais je ne cherche surement pas efficacement.

Je recommence ce matin. Mais pas plus.

Juste ce beau tableau, illustration du racisme, trouvé au détour d’une page virtuelle.

En tout cas, je me demandais si l’assassinat de Samuel Paty interpellait mes fils de 13 et 15 ans et s’il y avait des réactions sur les réseaux. Il semble que oui. Mais de quelle nature ? Et de quelle teneur ?

À suivre…

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La semaine de la chasse aux chasseurs se poursuit

Samedi dernier, nous nous baladons, mon épouse et moi, pendant que notre fille de CE1 est à son cours d’équitation. Nous discutons paisiblement quand un coup de feu nous fait sursauter — sursauter est un petit mot, mais je n’en trouve pas d’autre, il faudrait un mot entre « arrêt cardiaque » et « surprise désagréable ». Un chasseur, dissimulé par un bosquet, tire à 3 mètres de nous. La détonation nous fait donc faire un bon en l’air, les cheveux soudain dressés sur la tête.

Avant que je n’aie eu le temps de hurler ça va pas ducon ! mon épouse lui dit :

—        Vous nous avez fait peur !

—        Vous zavez qua vous zhabiller en orange ! il nous répond dans un grognement de chasseur qui déteste les emmerdeurs de promeneurs du samedi matin.

—        Je vous signale que nous sommes sur un chemin et qu’on a pas à s’habiller en orange sur un chemin. C’est vous qui tirez trop près du chemin. Vous n’avez pas le droit, je ne peux m’empêcher de maugréer.

Et on s’éloigne, énervés, stressés, mais surtout énervés.

Mon premier acte de cette semaine anti chasse aux chasseurs a été donc de me procurer une tenue orange :

J’étais penaud dans le magasin. Je n’ai pas voulu acheter de matériel dans un magasin de chasse ni sur internet pour ne pas filer un rond à l’ennemi. Mais j’ai senti le regard lourd des clients sur moi. Salop de chasseur. Par chance, personne ne m’a fait un croc-en-jambe ou filé une tarte et j’ai pu regagner indemne ma voiture pour vite planquer tout ça au fond du coffre ?

—        Tu as acheté une tenue orange ? se moque mon épouse. Je croyais que tu allais juste acheter un collier orange pour protéger le chien.

Le chien.

Parlons-en de celle-là — c’est une chienne, en fait.

Je lui ai acheté un charmant dossard. Que je n’ai pas eu l’occasion de lui mettre, car cette grosse dégueulasse — je ne sais pas ce qui lui prend en ce moment — c’est roulé dans la merde de chien à peine sortie du coffre.

Si quelqu’un y connait quelque chose dans la psychologie avancée des chiens et des chiennes, merci de m’expliquer les subtilités de ce comportement qui m’échappe totalement.

Se flairer le trou de balle, bon, pourquoi pas. Manger du crottin de cheval, si ça lui plait. Grignoter une patte de sanglier faisandée et pourrie, déjà, limite. Pisser sur toutes les crottes de chien qu’elle rencontre, après l’avoir copieusement reniflée, je n’adhère pas, mais ça me parait dans l’ordre des choses. Mais se rouler dans la merde de chien, ça me dépasse et ça me fout en rogne.

Ma chienne est qualifiée de dominée. Ce qui expliquerait — d’après les spécialistes — qu’elle se roule sur le dos pour qu’on lui caresse le ventre. Est-ce cette domination qui la pousse à se salir et à s’humilier dans la merde des autres ?

Merci de vos indications.

En tout cas, muni de ma nouvelle tenue, je me sens invulnérable.

Pour la petite histoire, je n’ai rencontré aucun chasseur !

Et les seuls à me faire des commentaires sur ces achats saugrenus sont mes enfants qui se sont bien moqués du baladeur-chasseur.

—        En fait, au fond de toi, tu rêves d’aller chasser !

Mon fils de 13 ans, lui, s’empare aussitôt de la casquette orange.

Ça fait classe.

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Pendant ce temps-là dans le Caroux…

Il y a quelques jours dans le Caroux.

Voici qui je rencontre en redescendant :

Une image contenant extérieur, herbe, arbre, petit

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Un chasseur de mouflon à l’arc.

Bon, moi, toujours amène et curieux, je ne peux pas m’empêcher d’engager la conversation :

—                    Vous chassez les chamois ?

—                    Des chamois ? dit-il en, se marrant. Vous n’êtes pas dans la bonne région !

—                    Des mouflons, je veux dire !

—                    Oui, des mouflons.

—                    La chasse est ouverte ?

—                    Oui, on est en plein dedans.

Des banalités préliminaires.

—                    Je n’ai pas vu de mouflon aujourd’hui, je continue.

—                    Normal, avec le raffut que vous faites !

Du raffut ? Je suis seul, je ne chante pas à tue-tête, je n’ai pas de cloche accrochée au cou.

Soit.

Je lui explique :

—                    Il y a des années que je viens et il me semble que je voyais plein de mouflons avant. Je n’en ai pas vu un seul toutes mes dernières sorties.

—                    C’est normal. C’est le loup.

—                    Des loups ?

—                    Oui, depuis qu’ils sont arrivés, ils ont divisé le cheptel de mouflon par 4.

—                    Il y a donc des loups ici ?

—                    Oui. Ce sont ces trous du cul de bobos parisiens qui nous emmerdent avec leurs conneries.

Je le regarde. Grand, costaud, fier dans sa tenue de camouflage grise, son arc aux formes compliquées, son carquois aux flèches fluorescentes. Il me toise de son air de chasseur. Mépris affiché des promeneurs et des Parisiens.

—                    Vous venez d’où ? je lui demande alors.

Il hésite.

—                    Du Var.

—                    Vous venez de si loin pour chasser ?

Là, on rentre dans le dur.

Il a bien compris que je lui renvoie : qu’est-ce que vous venez nous emmerder chez nous ?

Il montre les dents et ne répond rien.

—                    Et si le cheptel de mouflon a tant baissé, pourquoi vous venez les chasser ?

Fin de la discussion.

Il est armé et moi pas.

Et puis je suis à la bourre pour être à l’heure à la sortie de l’école chercher ma fille de CE1.

Je descends au village.

Voici le seul mouflon que je rencontre :

Une image contenant extérieur, herbe, forêt, regardant

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Sur le parking, je tombe sur la voiture du chasseur.

Devinez ce que c’est ?

Une image contenant extérieur, route, voiture, camion

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Bien vu, un énorme pic-up 4×4 aux roues gigantesques surélevées, bien polluant. Il faut bien ça pour un chasseur.

Heureusement, il ne m’a pas sorti son argument du chasseur à l’arc écolo !

Je réalise alors que je ne suis pas tombé sur d’autres spécimen de chasseur à l’arc. Ça aurait pu être elle:

Une image contenant extérieur, habits, personne, femme

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La discussion aurait peut-être été plus avenante.

Ou lui :

Une image contenant herbe, extérieur, chien, tenant

Description générée automatiquement

Mais non.

Je repense aux quelques rencontres improbables que j’ai déjà faites sur le Caroux.

Le chasseur d’images belge lui aussi en tenue camouflage, le gardien du parc naturel et son client chasseur, le spécialiste des rapaces, les baladeurs solitaires qui montent là-haut avec leur bivouac.

Le Caroux, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est ça :

Jeudi, il faisait 6 degrés et 100 km/h de vent.

C’était génial.

En tout cas, voici ceux que je n’ai pas vus :

Une image contenant herbe, mouton, mammifère, champ

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Nafissa

Jeudi matin, 5h45

Des compresses souillées de sang et de bétadine. En paquet. Éparpillées sur le sol. Comme les pétales de rose qu’on lance devant les mariés, retrouvés piétinés et fanés le lendemain de la fête.

Une sonde urinaire dans un coin.

Des instruments. Pinces, ciseaux, et d’autres dont elle ne connaît pas l’utilité.

Des seringues. Certaines vides, d’autres contenant encore des produits limpides ou blanc comme le lait.

Des draps roulés en boule, tachés de sang, jetés sous la fenêtre, recouvrant une couverture de survie froissée indiquant qu’il a sans doute fait froid.

Une planche brune munie de poignées, elle aussi maculée de sang, posée contre un mur. La planche sert pour les massages cardiaques, elle l’a parfois vue installée à la hâte sous le matelas du brancard pour rigidifier le plan de massage.

Des emballages déchirés, vides, à présent inutiles, jonchent la pièce de la même manière que les déchets trainent après que les étalages du marché aient été pliés, ne laissant qu’un terrain vague de cartons, feuilles de laitue noircies, fruits pourris, papiers, sacs plastiques. Elle peut apercevoir pêle-mêle des emballages de sondes, de drains, de seringues, de solutés à perfusion, de compresses, de pansements, de sets divers, voies centrales, cathéters artériels, drains thoraciques.

Une poche de sang vide pend, seule, à une potence.

Des blouses, des charlottes et des masques ont été abandonnés et en rajoutent au désordre, ainsi que plusieurs paires de gants et des visières antiprojection.

Plus loin, gisent des champs stériles encore quelques heures auparavant, froissés, tâchés et salis, arrachés et jetés dans la précipitation, sur lesquels chacun a pu marcher et s’essuyer les chaussures.

On peut même apercevoir la marque d’une main appuyée contre le mur. Cinq doigts et une paume rouge.

Le scope n’a pas été éteint. Les fils se balancent dans le vide, tandis que sur l’écran, des lignes plates de diverses couleurs n’indiquent plus rien.

Et les poubelles. 8 grosses poubelles qui débordent de papiers, de gants et de compresses. Encore des compresses. Des centaines.

Mais ce qui est le plus impressionnant, ce sont les flaques rouges tirant maintenant sur le brun cailloté qui maculent la salle, flaques dans lesquelles ont piétiné de nombreuses semelles, étalant le sang sur toute la surface du sol.

Nafissa ne parvient pas à détacher son regard de ce bourbier macabre. Elle ne savait pas qu’un corps humain pouvait perdre autant de sang. En état de sidération, elle se tient immobile contre le mur, incapable du moindre geste.

C’est le silence qui a figé ses mouvements.

Le silence violent.

Après une si vive agitation.

Le silence qui s’est abattu brutalement avec le départ du jeune garçon.

—  Tu commences à ranger ? Je te rejoins dans une minute, lui glisse Marine, une des infirmières du service des Urgences.

Commencer à ranger ?

Entrer dans la salle de déchocage ?

Nettoyer et effacer les traces ?

Comme s’il ne s’était rien passé ?

—  On est en train de le perdre !

La voix de Ludovic lui revient, timbre désespéré qui couvre le brouhaha.

Ce n’est pas son genre à Ludovic, de perdre espoir. Médecin des Urgences toujours souriant et de bonne humeur, parfois un peu sec quand les choses s’éternisent, toujours juste. Jamais débordé ni pris de cours.

Elle le connaît comme elle connaît les autres, tous les autres.

Parce que si peu de médecins l’ont remarquée, elle, la jeune fille timide qui fait le ménage, la beurette qui rase les murs pour ne pas déranger, qui s’efface immédiatement, Nafissa, elle, depuis son recoin discret, observe très attentivement. Et elle peut décrire chacun et chaque chose. De manière très précise.

Et quand elle s’est présentée ce matin à 5h pour prendre son service, le jeune garçon venait d’arriver, apporté par les pompiers et le SAMU.

Elle a aussitôt vu les taches de sang qui rougissaient les draps et les habits.

Et l’agitation immédiate et intense autour du garçon a confirmé son impression de gravité extrême.

Noémie, une collègue de Ludovic, les rejoint rapidement, suivie de l’interne de réanimation et de son chef.

—  Plaie thoracique par balle, explique Ludovic.

—  Quel âge ?

—  Quatorze ans.

Ils ont tout tenté.

Les deux voies périphériques qui débitent des solutés de remplissage, la voie centrale qui diffuse les amines vasoconstrictives pour maintenir le tonus artériel, la ventilation mécanique qui lui permet de respirer par le tuyau de la sonde d’intubation.

Nafissa ne sait pas les procédures ni les manœuvres de réanimation à suivre. Mais elle voit bien les situations où personne ne baisse les bras, où l’on se donne du mal, où l’on cherche un moyen d’être plus rapide, plus habiles et plus malin que la mort.

Ils ont tout donné.

Le cœur du jeune garçon s’arrête et ne veut pas repartir.

—  On le perd, répète Ludovic.

—  Tu en es à combien d’Adré ?

—  10 mg

Ils massent le cœur chacun leur tour, gestes répétitifs d’hommes et de femmes pliés, les bras tendus, dans un automatisme rigide et visiblement inefficace.

Nafissa ne peut pas bouger, immobilisée par la scène terrible qui se joue sous ses yeux.

Les médecins insistent.

Même trop, à en juger par les paroles du second réanimateur, celui qui intervient un peu plus tard, ce qui lui permet d’apprécier la situation avec le recul nécessaire et d’être moins impacté émotionnellement.

—  Peut-être que le moment est venu de cesser l’escalade ?

Paroles qui restent en suspension, non audibles par le groupe affairé autour du jeune homme.

—  Thoracotomie et massage cardiaque interne ! annonce Ludo.

—  Le chir thoracique est arrivé ? demande Noémie.

—  Il ne va pas tarder, lui répond-on.

Du sang est amené directement de la réserve urgente.

Les sonneries des scopes résonnent dans la pièce et dans le couloir, alarmes stridentes qui rappellent sans cesse l’état d’urgence, la gravité de la situation et le stress qui s’intensifie, en décalage total avec les flics qui observent la scène, en retrait et septiques.

—  Pourquoi ils se donnent tant de mal ?

—  Voilà où va le fric de la Sécu…

Ils font référence à la couleur de la peau du garçon.

Noire ébène.

—  Putain, Brahim, qu’est-ce qu’il branle Bertier ? hurle Ludo. Y a que le bloc qui pourra le sauver !

—  Je… Je… Il arrive ! répond Brahim sans rien en savoir.

Brahim est l’interne de Chirurgie.

Nafissa le trouve mignon. Mais là, le pauvre interne se débat, complètement paumé, et essaie de comprendre la situation pour pouvoir faire le point avec le Dr Jerôme Bertier, son chef.

Un autre médecin des urgences vient jeter un œil au déchoc avec mauvaise humeur. Gilles.

—  C’est trop long, il faut qu’ils reviennent… marmonne-t-il pour lui-même.

Nafissa sait qu’il est en colère. En colère de se retrouver à gérer la fin de nuit seul pendant que ses collègues s’éclatent sur une réanimation. Il n’a pas mauvais fond. Il n’a rien contre le jeune mourant. Il en veut à Ludo qui ne baisse jamais les bras. Il en veut à toutes ces personnes qui se pressent aux urgences toute la nuit sans notion de civisme, de respect, ni de la moindre politesse, ces personnes qu’il faut servir parce que les urgences sont un service public. Ne tirez pas sur l’ambulance répète-t-il souvent.

Rien à voir avec les commentaires des policiers.

Des frissons sur la peau, elle entend malgré elle, les paroles sinistres :

—  Ils feraient mieux de garder leurs forces pour les autres.

—  Ça me rend malade tout ce bordel pour cette petite frappe.

Cette petite frappe, comme ils disent, Nafissa la connaît. Pas directement. Le jeune garçon est le petit frère de son amie Samira. Un garçon gentil et souriant. Sûr qu’il commençait à trainer le soir et qu’il trempait certainement dans des histoires. Mais de là à prendre une balle. Nafissa sait que les jeunes changent rapidement à quatorze ans, que leur sortie de l’enfance est brutale et inattendue, que les trajectoires sont parfois radicales. Mais elle ne parvient pas à l’imaginer dans une situation où une balle est tirée.

—  Tu crois qu’ils en feraient autant pour un petit blanc ? ricane encore un policier.

Pourquoi sont-ils aussi odieux ?

Nafissa a envie de les pousser dehors, ils n’ont rien à faire là.

Mais elle est clouée au sol, fascinée par Ludo qui vient de plonger les mains dans la poitrine du garçon après avoir ouvert le thorax et qui masse directement le cœur.

Nafissa sait qu’elle veut devenir infirmière. Depuis toute petite. Elle n’a pas pu commencer ses études, les conditions familiales ne l’ont pas rendu possible. Mais elle s’est battue pour ce poste d’ASH et elle l’a obtenu. Elle sait qu’avec du courage et de la persévérance, elle gravira les échelons. Aide-soignante puis infirmière. Elle le sait.

—  Ils font tout ça pour pas se retrouver avec une émeute, continuent les flics à côté d’elle.

Nafissa les trouve bien fanfarons, peut-être secrètement satisfait qu’il ne s’agisse pas, pour une fois, d’une bavure policière.

Une femme a rejoint les flics et en rajoute dans les commentaires xénophobes.

—  Bon, c’est quoi ce bordel ! annonce soudain une voix forte.

Monsieur le Docteur Jacques Bertier. Chirurgien thoracique. Grande gueule qui se la pète. Connard.

Tout le monde s’écarte.

—  Qu’est-ce que vous foutez ? s’insurge le chirurgien en s’apercevant que Ludovic masse le cœur directement. Vous vous croyez à Chicago ? Arrêtez-moi ça. Je n’opère pas des morts.

—  Il a quatorze ans, s’indigne Ludo. Il faut se battre !

—  Arrêtez vos discours martiaux. Personne ne se bat ici. À part lui, peut-être ! ajoute-t-il en indiquant le jeune garçon d’un geste dédaigneux.

—  Ça vaut le coup d’essayer, appuie le Chef de Réa. Le drain thoracique donne, l’aorte est touchée, il peut tenter une prothèse.

—  Ça vaut le coup de rien du tout. Qu’est-ce qu’il foutait dehors à cette heure ? Où sont ses parents ? Pas question que je me fasse chier pour un petit con qui fout le bordel la nuit dans les cités.

Les flic applaudissent.

Ludo interpelle alors Marine, l’infirmière :

—  Marine, tu peux noter les propos du Dr Bertier sur le dossier s’il te plait : refus d’intervention sur un jeune garçon d’origine africaine au motif clairement xénophobe qu’il n’a pas à trainer dehors la nuit. Fin de la réanimation 6h15. Mort par non-assistance médicale.

Et Ludo se relève, pose la main sur le mur en y laissant une trace rouge, balance ses gants et quitte le déchoc.

Nafissa ressent une pointe de fierté et d’admiration pour cet homme qui se rebelle.

Chacun se regarde pendant une seconde.

Alors que les alarmes des scopes hurlent.

Noémie est la première a réagir :

—  Ludo, fais pas le con, le supplie-t-elle en plongeant les mains dans la poitrine du garçon pour reprendre le massage.

—  T’es content de toi ? jette le Chef Réa au chirurgien.

Bertier, fou de rage, gueule de le descendre au bloc, que ça ne changera rien, que c’est n’importe quoi, et depuis quand c’était les urgentistes qui commandaient ?

Alors le jeune garçon est parti.

Aussitôt.

En vrac.

Et le silence est tombé.

Sec.

Violent.

Brutal.

Les curieux se sont éparpillés.

Les activités habituelles des urgences ont repris.

Comme si de rien n’était.

Seule Nafissa est restée face aux traces du drame.

Les yeux écarquillés.

En état de choc.

Sidérée.

Incapable du moindre geste.

—  Tu commences à ranger ? Je te rejoins dans une minute, lui glisse alors Marine.

Et la voix douce de l’infirmière semble dégeler ses membres, comme une chaleur paisible qui recircule dans son corps.

—  OK, répond Nafissa.

Et elle entre dans le box de déchoc, enfin en mouvement.

Le sentiment de malaise s’estompe.

Nafissa ramasse ce qui traîne, range les poubelles, nettoie le sol minutieusement, heureuse de se retrouver en action. Marine vient remettre la salle en ordre, rééquipe les tiroirs en médicaments et matériel.

Vingt minutes plus tard, le box ne présente plus aucune trace du passage du jeune garçon. Quand Noémie remonte dans le service, la mine défaite, c’est pour annoncer que le garçon n’a pas survécu à ses blessures.

Un voile sombre semble soudain opacifier l’air tout autour d’eux. Comme un drap qui tombe. Comme un hoquet.

Nafissa fixe Noémie.

Elle en est certaine maintenant, elle sera infirmière.