Catégorie : Qu’est-ce que vous allez faire de votre dernière semaine de confinement ?

Qu’est-ce que vous allez faire demain ?

Dimanche 10 mai

Ça y est, on y est !

Qu’est-ce que vous allez faire demain ?

Est-ce que vous mettez vos enfants à l’école ?

Chez nous, même si j’ai été le premier à les retirer, dès le mercredi 11 mars, soit 48h avant l’allocution de Macron, ma fille de CP et mon fils de 13 ans y retournent.

Le rôle social de l’école me parait essentiel.

Surtout pour ma fille qui se complait dans une relation exclusive avec moi. Et pour mon fils qui ne travaille pas.

Pourquoi si peu de parents remettent leurs enfants à l’école ?

Mon épouse explique que les enfants anxieux sont bien chez eux et que les parents ne souhaitent pas rompre cet équilibre. Je peux le comprendre. Et que cette période de confinement se passe aussi très bien pour les enfants en difficultés scolaires, qui sont à la maison, rivés sur leurs écrans parce que les parents ont lâché la pression du travail à rendre. La paix est revenue, avec un semblant d’harmonie et les parents ne souhaitent pas rompre cet équilibre.

Je les comprends.

Mais les autres ?

L’immense majorité des autres ?

Ils ont peur.

Je ne regarde pas du tout la télé, je n’écoute aucun journal à la radio. Je m’informe essentiellement par Le Monde, plus quelques articles qui passent sur les réseaux et qui m’intéressent. Je me programme des infos à la carte. Je ne sais donc pas ce qui ne se dit ni à la télé ni à la radio.

Mais je constate que les gens ont peur.

On leur a foutu la trouille il y a 2 mois avec cette menace virale, avalanche de chiffres terrifiants, déclarations de guerre et mise en ordre de bataille. On leur fout la trouille avec ce train de mesures complexes qui vont être mises en place dans les écoles, les transports, les magasins.

Je comprends qu’ils n’aient pas envie de sortir.

Est-ce qu’on leur a expliqué que la circulation virale est très très faible actuellement – sans doute grâce au confinement ?

Est-ce qu’on leur a expliqué que toutes ces mesures sont destinées à freiner la progression de la circulation virale au moment où les gens vont eux aussi recirculer ? Et non pas parce que les gens sont des menaces ?

Est-ce qu’on a pris la peine d’expliquer que la première bataille – celle de la propagation non contrôlée – contre le virus est probablement gagnée ? Et qu’on peut raisonnablement reprendre une vie qui s’approche de la normale ?

Je ne sais pas.

J’en ai pas l’impression.

Et que je pense sincèrement que mes enfants ne risquent rien à l’école.

Mais la peur est là.

Pourtant, la peur ne les empêche pas d’aller s’entasser dans les grandes surfaces…

Vous êtes allé faire des courses samedi 2 mai ? Samedi 9 mai ? Moi non, mais les témoignages sont impressionnants : jamais vu autant de monde aux caisses !

Alors ? De quoi ont-ils peur ?

Une peur abstraite a la télé et la vie normale qui continue autour de soi.

Ici, personne n’est malade. Personne ne connait de personne malade dans son entourage. Contrairement à l’Alsace où tout le monde a un proche qui est passé par la Réa ou qui est décédé.

La menace est donc abstraite.

Puis circulent tellement de blagues et de commentaires septiques sur les réseaux…

Comment se faire une idée la plus juste ?

Il faut passer du temps à lire, écouter, réfléchir, regarder.

Ne pas regarder la télé. C’est interdit. BFM est une arme de destruction massive de libre arbitre. Manipulant l’émotionnel à longueur d’antenne, ce type de média vous bouffe le cerveau et vous empêche d’accéder a votre pensée rationnelle, à la partie de votre cerveau qui pourrait vous aider à prendre du recul avec les émotions qui vous agitent, à la partie de vous même où se forge votre esprit critique.

L’esprit critique a besoin de calme et de temps pour se développer. Ce temps dont vous privent tous les médias audiovisuels en manipulant la peur, l’anxiété, le danger, les menaces…

Comment fonctionne notre cerveau ?

Notre cerveau aime le plaisir.

Le plaisir est une réaction chimique de laquelle découle une sécrétion de DOPAMINE.

La Dopamine, l’hormone du plaisir.

Cette hormone est sécrétée au niveau d’une zone appelée le STRIATUM, très vieille partie cérébrale. Les 5 situations qui excitent le striatum sont :

1- l’alimentation

2- le sexe

3- le statut social

4- la recherche d’informations

5- la satisfaction du moindre effort.

Ce qui pourrait expliquer pourquoi une partie de la population va pouvoir interrompre la réaction chimique qui engendre l’anxiété par la sécrétion de dopamine en se ruant au supermarché remplir son caddie jusqu’à l’excès, ce qui expliquerait les grignotages incessants en période de stress.

Ce qui explique aussi notre boulimie d’information. Tout le temps, collés à nos écrans, à lire des articles, regarder des émissions, écouter des infos, des chroniques, des commentaires… Boulimie d’information, peut de rater quelque chose.

Développé il y a 300 000 années afin de guetter le moindre renseignement sur son environnement – à cette époque les informations sont rares et discrètes – la collecte d’information se fait au service de sa survie, présence d’une proie, d’un ennemi, recherche de nourriture, survie immédiate. Notre striatum d’homme et de femme du XXIe siècle est archi gavé d’infos.

Mais le cerveau réclame toujours plus.

Toujours plus de Dopamine.

Toujours plus de nourriture, de sexe, de sport, d’infos.

Là-dessus est installé le CORTEX, vulgairement la ‘matière grise’, fine couche qui recouvre le cerveau – telle la peau de l’orange. Le cortex est le lieu de l’organisation des pensées complexes. La parole, la lecture, l’élaboration de la volonté, la construction de projets et la possibilité de collaboration entre personne, la réflexion, la possibilité de synthétiser, de comprendre et de transmettre.

Quand une information nous arrive, elle passe par l’amygdale, autre zone préhistorique de notre cerveau. Soit l’émotion est trop forte et elle déclenche des actions ou réactions immédiates : frapper si on est vexé ou humilié, se venger, se sauver, voter RN, … dans ce cas le passage des infos par le cortex est shunté. C’est le mécanisme recherché par la pub quand on vous présente des images de bonbons et glaces avant le film de 21h. But : vous inciter subtilement à vous lever pour ouvrir le frigo. Message : vous serez tellement mieux devant le film si en plus vous grignotez telle bonne saloperie sucrée ou telle autre glacée ! Dopamine, dopamine, dopamine…

Pour qu’une info ait la possibilité d’atteindre les zones cortiquées – corticales – encore faut-il donc que l’amygdale les laisse passer !

Et bien, figurez-vous que cela s’acquiert. Que cela se muscle. Que cela s’entretient. Au prix d’un effort. Et que – rappelez-vous – l’effort (point n°5 ) ne déclenche pas de sécrétion de dopamine. Effort de lecture, de croisement des infos, de calme, de temps, de sommeil, de discussion, d’humilité, d’humour, de remises en question…

L’émotion rapporte donc gros. Au cerveau en termes de dopamine. Au système en termes de bizness.

L’effort, lui, ne rapporte rien. Rien d’immédiat en tout cas. Car il peut rapporter en satisfaction d’avoir réussi, gratification, confiance en soi, etc… bien entendu. Mais plus tard.

Et c’est là que retombe sur mes pattes.

Deux types de réseaux cérébraux fonctionnent en parallèle. Un réseau de collecte d’info exogène, la télévision et les vidéos débiles de YT et consorts et un réseau de collecte endogène, nourri principalement d’observations, de lectures, de pensées et réflexions. Le premier est rapide et le second lent. Le premier aime l’agitation, est excité par les couleurs, le mouvement, le goût de la nouveauté – ce que le marketing connaît par cœur et nous sert à toutes les sauces -, le sensationnel. Le second a besoin de temps et de calme, processus plus complexe, qui échafaude, tâtonne, propose, recule.

Vous comprenez donc ce qui se joue au moment du journal de 20h à la télé, après un couloir du pub qui vous a donné des tas d’envies, place à l’info qui doit vous faire trembler pour vous capturer et vous garder otage jusqu’à la fin, jusqu’au prochain tunnel de pub – le temps de cerveau disponible de Patrick Le Lay ! Même la météo nous est servie sur un mode de suspense insoutenable, au rythme effréné des températures, prévisions de perturbations et coups de vent, autant de nouvelles menaces qui viennent assombrir l’horizon déjà chargé.

Pendant ce temps, on vous a fait peur, on vous a inquiété, stressé, préoccupé. Rarement rassuré.

Voilà pourquoi – selon moi, et uniquement selon moi – la majorité des parents garderont demain leurs enfants chez eux.

Ils ont perdu la bataille de l’information.

Mais bonne nouvelle !

Un peu de lecture quotidienne, un peu de temps passé loin de son téléphone et de BFM chaque jour, un temps de discussion entre époux, enfants, amis, collègue – un temps d’écoute et de partage, pas un temps où l’on cherche à imposer ses idées – de calme, de repos, pourquoi pas une balade et hop, le cortex réapparaît, heureux de faire son job.

Le cerveau se muscle et s’entraîne à penser comme l’organisme s’entraîne à l’effort !

Pensez-y !

Parce que demain, on replonge dans le grand bain ! Sans brassard !

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Qu’est-ce que vous allez faire de votre dernière semaine de confinement? – 5

Jeudi 7 mai, la campagne est magnifique, explose de 50 000 nuances de verts, on se prépare au dernier week-end prolongé confiné « —Tu te rends compte, ça fait 8 semaines qu’on est confiné, me dit ma fille de presque 17 ans ! Tu m’aurais dit ça au début, j’aurais serré ! »

Hier, j’ai repris pour la première fois ma voiture depuis presque 3 semaines, je suis allé en ville pour la première fois depuis… je ne sais pas. Possiblement 8 semaines !

Moi qui suis bien chez moi, j’ai énormément apprécié cette sortie.

Heureux de sortir, heureux de rentrer, après être allé voir chacun de mes petits coins préférés, un petit bout de forêt rempli de rossignols et de huppes fasciées, une petite route, un calvaire, quelques pas dans une abbaye fraîche et hors du temps, des arbres encore.

Moi qui raillais les naïfs qui croyaient en la date du 11 mai, me voilà comme eux, souhaitant vivement que ça s’arrête, tout en regrettant déjà ces moments au calme, loin du monde et de ses turpitudes, loin des tâches quotidiennes qui s’empilent sans fin.

Comment sera votre jour d’après ?

Pour moi, je me dis, en rédigeant ces lignes, que je devrais me rappeler ces matinées à la maison, écrivant, travaillant avec les enfants.

Ne pas céder aux sirènes de l’extérieur. Lutter contre « faire à tout prix ». Prioriser mes activités. Continuer à me réjouir de me réveiller en me délectant à l’avance de ce que je vais écrire aujourd’hui, mon blog, NOIR, mes autres histoires. Prendre aussi tout ce qui m’éloigne – temporairement – de mes histoires avec bienveillance et patience.

Le jour d’après, c’est aussi la reprise de mon activité professionnelle, après presque 13 mois de pause. C’est comme un deuxième déconfinement.

Sortir de mes deux bulles ultra-protectrices en même temps….

On va dire que je suis comme une chenille dans sa double chrysalide pour utiliser une métaphore printanière ! On va voir ce qui en sort.

Je suis plutôt confiant, serein, tranquille. On pourrait même dire content de tout ça. De tout ce que j’ai mis en place pendant cette pause salvatrice. Réduire mon temps de travail au lieu de l’arrêter complètement. Maintenir une autonomie financière. Garder un statut social qui me protège des questions malveillantes et des doutes exprimés par l’extérieur.

Me voilà bigrement optimiste !

Le tilleul remue doucement et me souffle d’être confiant.

Est-ce que vous écoutez les arbres quand ils vous parlent ? Par le murmure du vent dans leur feuillage. Non ? Vous me prenez pour un fou ?

Détrompez-vous.

Les arbres parlent à nos âmes. Le murmure des feuilles et des branches, le souffle du vent, les odeurs de terre et de forêt s’adressent à nos sens. Message de plénitude apaisante, rassurante, enveloppante comme une maman, d’espoir et de joie.

Essayez, vous verrez.

Les arbres sont simples. Pas de messages alambiqués. Pas de grandes phrases. Un chuchotement de bienveillance sécurisante, réconfortante, réparatrice.

C’est tout.

Et très revigorant pour ceux qui prennent la peine de s’arrêter deux secondes de fermer les yeux, d’écouter, puis de les ouvrir et de voir le soleil à travers les feuilles qui ondulent, mille éclats de jaune et de vert.

Écoutez et vous verrez.

Chiche !

Pourtant, un tracteur qui pulvérise ses poisons chimiques me ramène sur notre pauvre terre qu’on s’acharne à détruire : pourquoi traite-il comme ça ? Il n’a rien compris ? Il est trop con ? Non, c’est trop simple. Il a la pression de sa banque ? De son fournisseur ? De la chambre d’Agriculture ?

Je me dis qu’un agriculteur doit aimer la terre s’il a choisi ce métier. Alors pourquoi il s’entête à la détruire ? La polluer ? La salir ? La tuer ?

Le monde reste une menace sourde. Un monde où l’on a perdu la notion de maladie et de mort. Un monde de déni où chacun poste sur les réseaux les meilleurs moments de sa vie, moments choisis. Comme si les autres n’existaient pas. C’est de la pensée positive poussée à l’extrême.

Moi je m’aperçois — au moment du déconfinement qui approche —, que je suis bien à la maison avec les enfants — même si ça clash. Que je suis bien chez moi, protégé du monde, à écrire, et me balader.

Mon épouse me raconte que les enfants qui souffrent d’anxiété sociale — pas de phobie sociale, c’est différent — n’ont jamais été aussi bien que pendant cette période de confinement.

Le confinement apaise l’anxiété sociale.

« Le Trouble Anxiété Social (TAS) se caractérise par une peur excessive
d’une ou de plusieurs situations sociales. Les situations redoutées sont

soit des situations d’interaction sociale : être en public, manger en public, être en désaccord avec quelqu’un, parler à une personne incarnant l’autorité…

soit des situations de performance : faire un discours, entretien d’embauche, parler en public…

Les interactions formelles sont plus angoissantes que les situations informelles.
La personne craint d’être l’objet de l’attention des autres, d’être évaluée et mal jugée. Elle a également peur que son malaise se remarque (par exemple lors de rougissements) et fasse l’objet de moqueries. »

Anxiété sociale avec son corollaire : image de soi, ce que pensent les autres de moi. Est-ce ça qui m’a empêché de dire à la technicienne hier de ne décapuchonner son aiguille au dernier moment ? La crainte d’être pris pour un emmerdeur, un râleur ? Et au contraire de passer pour un mec cool, sympa.

Bon.

Je ne suis pas encore en Réa pour une septicémie généralisée, tout va bien.

OK.

Un qui parle un peu plus fort, c’est Nicolas Hulot. Je ne sais pas trop quoi penser de lui ni de sa fondation soutenue par AREVA, TOTAL, EDF et RHÔNE POULLENC — extrêmement, louche pour un écolo.

Je ne sais pas quoi penser de lui, mais à chaque fois que je l’entends parler, j’ai envie de croire en lui. J’aime sa manière de parler, sa manière de voir les choses.

Je l’ai entendu quelques minutes sur France Inter hier matin ( en allant faire ma prise de sang !). Il se faisait dézinguer par les auditeurs.

—               Vous nous donnez beaucoup de leçons, vous tirez à boulets rouges sur tout, mais je vous rappelle que vous étiez aux manettes il y a 2 ans. C’est quand vous y étiez qu’il fallait parler, maintenant, taisez-vous. Vous êtes un démissionnaire !

—               Votre intervention me blesse, mais laissez-moi vous répondre. Je vais être obligé de vous expliquer ce qui s’est réellement passé. J’ai compris que ça allait être difficile alors j’ai écrit noir sur blanc les 10 propositions sur lesquelles je voulais des engagements. Je n’ai pas obtenu satisfaction. J’ai donc démissionné dès le lendemain. Pour moi, rester 24h de plus, c’était avouer que je coopérais, c’était accepter la responsabilité que rien ne se passe.

Bien répondu.

—               Ne pensez-vous pas qu’il est temps de supprimer les contraintes environnementales qui sont des boulets à la reprise de l’activité des entreprises ? Par exemple, supprimer les taxes malus sur les automobiles, pour soutenir l’achat de voiture.

J’entends : « supprimer le malus pour qu’enfin je puisse me payer un 4×4 »

Il y a donc encore des gens en 2020 pour penser qu’il faut tout abandonner pour relancer la machine à fond… j’en suis stupéfait.

—               Non, pas du tout, bien au contraire. Lâcher la bride sur l’environnement, c’est faire l’inverse du bon sens. Il faut dès à présent investir massivement sur les économies d’énergies, sur les énergies renouvelables, sur l’autonomie énergétique et voir grand, pour quoi un avion Airbus à batterie électrique !

Il est bon, il répond bien.

Mais si ces deux réactions – et Nicolas Demorand insiste à plusieurs reprises sur le nombre impressionnant de réactions de ce type au standard — sont si présentes dans les esprits du public, le chemin est encore long à parcourir, hein Nicolas ?

Bon. Merci d’être là et de poursuivre le combat.

Ce matin dans le monde, tes 100 propositions pour « un monde nouveau », le temps est venu, ensemble, de poser les premières pierres d’un monde nouveau.

1. Le temps est venu, ensemble, de poser les premières pierres d’un Nouveau Monde.

2. Le temps est venu detranscender la peur en espoir.

3. Le temps est venu pour une nouvelle façon de penser.

4. Le temps est venu de la lucidité.

5. Le temps est venu de dresser un horizon commun.

6 . Le temps est venu de ne plus sacrifier le futur au présent.

7. Le temps est venu de résister à la fatalité.

8. Le temps est venu de ne plus laisser l’avenir décider à notre place.

9. Le temps est venu de ne plus se mentir.

10. Le temps est venu de réanimer notre humanité.

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/06/les-100-principes-de-nicolas-hulot-pour-un-nouveau-monde_6038802_3232.html

Et hier, dans Le Monde également, toujours Nicolas Hulot :

« Le monde d’après sera radicalement différent de celui d’aujourd’hui, et il le sera de gré ou de force »

« Cette crise sanitaire, qui trouve ses racines dans des perturbations d’écosystème, n’est que l’avatar d’une crise beaucoup plus profonde, qui met en relief nos failles, nos excès, nos vulnérabilités. Le Covid-19 met à nu les affres de la mondialisation et les limites d’un modèle. Tout est lié : crise économique, écologique, sociale. »

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/05/06/nicolas-hulot-le-monde-d-apres-sera-radicalement-different-de-celui-d-aujourd-hui-et-il-le-sera-de-gre-ou-de-force_6038803_3244.html

Bises, No pasaram

Qu’est-ce que vous allez faire de votre dernière semaine de confinement ? -4

6 mai, J-5

Ça commence à sentir la liberté, la joie de revoir bientôt les copains !

Hier, très difficile de faire travailler CP et 13 ans. Taoki refuse de lire avant d’aller s’éclater au ski et Philippe Auguste refuse de se rendre à la bataille de la Bouvine qui pourtant va faire basculer l’histoire et donner toutes ses lettres de noblesse à la royauté par rapport aux seigneurs : le Roi est capable de les fédérer et ainsi alliés, de les porter à la victoire, même un dimanche.

Il s’en fout.

Il a autre chose à faire.

Et ma grande ? Elle n’a rien à faire.

—               Regarde, il n’y a que le prof d’Histoire qui nous donne du travail. Même la prof de français ne nous donne plus rien.

Sur l’ENT/travail à faire/français : « révisions de l’oral du bac français »

—               C’est tout ce qu’elle nous indique. Tu trouves pas que c’est abusé ?

—               C’est effectivement très maigre comme consignes…

Les profs ont démissionné, eux aussi ?

Ils sont accaparés par la reprise des cours ?

—               J’ai une classe virtuelle demain matin à 9h30 en histoire et classe virtuelle de Géopolitique à 14h.

Voilà le travail qui arrive !

Tu parles.

La rage de ma fille ce matin :

—               La classe virtuelle d’histoire a duré 20 minutes dont 10 minutes à attendre que tout le monde se connecte ! Nous réveiller à 9h30 pour ça !

Je félicite tout de même la prof d’histoire qui a réussi à lever ma fille à 9h30, ce que je ne suis jamais parvenu à faire en 8 semaines de confinement.

Et celle de 14h ?

—               Trop long.

—               Ça parle de quoi ?

—               Du traité de Berlin.

Vous vous souvenez du traité de Berlin ?

Allez, un effort !

C’est la conférence diplomatique où le 13 juillet 1878, les Européens se réunissent pour redéfinir les nouvelles frontières des Balkans et les nouvelles frontières du Caucase.

Bon, c’est bien loin tout ça.

Mais cela préfigure de toutes les alliances qui demeurent encore maintenant.

Et c’est là que c’est intéressant.

J’aurais dit que le traité de Berlin était le moment où les Européens s’étaient partagés l’Afrique, avec le lancement des colonies, un truc de dingue avec du recul. Mais bon, je me suis trompé de peu. Avouez.

—               Passionnant tout ça, tu ne trouves pas ?

—               Non, pas trop.

Ce midi, je pense au blog de la maîtresse des CP : « Faites-discuter vos enfants sur la période qu’ils vivent actuellement. Elle peut être très anxiogène, les enfants sont des éponges qui absorbent les peurs et questions des parents sans toujours avoir la possibilité de l’exprimer »

Je pose la question à chacun d’eux.

—               Comment vous vivez cette période ? Vous vous sentez calme ou au contraire stressé ou anxieux ?

—               Très calme, me répond ma fille de presque 17 ans.

—               Nickel, répond mon fils de 15 ans.

—               Moi, je suis en vacances avant de reprendre les cours, dit mon fils de 13 ans.

—               Super ! dit ma fille de CP. C’est juste ma copine qui me manque.

Vous avez bien lu ‘vacances pour mon fils de 13 ans.

Parce que dans son esprit, reprise des cours seul dans la famille — sa petite sœur ne compte pas… — veut dire que « je ne travaille plus jusqu’à la rentrée. »

—               J’ai bien le droit à des vacances puisque je reprends les cours dans 15 jours.

D’ailleurs je m’aperçois que j’ai oublié de renvoyer le mail de confirmation à la CPE !

—               Non, tu n’es pas en vacances. Tu es à l’école à la maison en raison du confinement.

—               Je reprends, donc je ne travaille pas jusqu’à la rentrée.

Oups.

Ce confinement, on voit bien que ça sent la fin, non ?

Vous n’avez pas l’impression ?

Mes enfants vont à la rivière tous les jours.

La vie reprend un petit peu, les obligations repointent le bout de leur nez.

Ce matin, je suis allé faire une prise de sang.

Il y a du monde partout en ville.

Certes, la plupart portent un masque.

Mais il y a du monde.

Quasiment 20 personnes devant moi au labo.

Waouh, j’ai presque envie de repartir.

Je rencontre un copain, on tape la discute.

Et une technicienne me prend en charge.

Elle sait que je suis médecin et n’est pas très à l’aise.

Elle fait un truc bizarre. Elle décapuchonne l’aiguille et la pose dans son plateau. Puis elle prépare les tubes, pose le garrot, reprend l’aiguille et pique.

Il y a une erreur massive de stérilité.

Je ne sais pas quoi faire.

Je me tate pour lui dire. Et puis, tant pis, je laisse faire.

Mais tout de même, ça me turlupine et je finis par lui en faire la remarque :

—               Je pense que vous auriez dû ouvrir votre aiguille en dernier, juste avant de piquer.

—               Vous croyez, me dit-elle surprise. Mais j’ai nettoyé mon plateau.

—               Ce n’est pas suffisant. L’aiguille peut entrer en contact avec les parois et les tubes qui ne sont pas stériles.

—               Ah mais vous faites bien de me le dire, je fais toujours comme ça ! Grâce à vous, je vais faire attention !

Elle prend super bien ma remarque alors que j’imaginais que j’allais la démolir.

—               On devrait être évalué régulièrement, ajoute-t-elle.

Et moi je me dis « merde, j’aurais dû lui dire avant qu’elle me pique ! »

Bizarre cette manière que j’ai de me laisser faire.

Pour ne pas froisser les gens.

Parce que j’ai du mal à m’affirmer ?

Parce que ça m’est difficile de dire aux gens que ce n’est pas tout à fait comme ça qu’il faut faire ?

Qu’est-ce que vous allez faire de votre dernière semaine de confinement ? – 3

5 mai, J-6

Qu’est-ce qu’on nous fait faire ?

Mon Dieu, quelle cacophonie.

Hier, un appel de la maîtresse de ma fille de CP qui m’explique les conditions de reprise des élèves de CP.

1/ seuls les CP reprennent le 12mai.

6 ou 7 élèves seront présents. Cette période sera un moment d’évaluation de la lecture et de l’écriture, du calcul. Et de détermination du travail à donner pour les autres jours.

Les CP auront classe mardi 12, jeudi 13 et vendredi 14.

Puis 1 seul jour dans la semaine à partie du 18 mai, répartition des autres niveaux oblige.

2/ les élèves ne pourront toucher à rien. Sauf leurs affaires personnelles. Les bureaux seront à 1 mètre de distance, ce qui suppose d’avoir sorti du mobilier des classes.

3/ apprentissage des gestes barrières, du lavage de main toutes les heures.

4/ ceux qui resteront entre midi et deux seront assis à leur bureau, sous la surveillance d’un ‘animateur’ !?! D’où il sort celui-là ?

5/ un fléchage au sol doit être installé pour définir le sens de circulation afin que les élèves des différentes classes ne se croisent pas.

6/ La cour est coupée en deux, récrés échelonnées.

Le but est de pouvoir remonter la chaine si un enfant est testé covid + et d’éviter d’avoir à fermer l’établissement.

7/ les enseignants auront probablement des visières, afin que les enfants voient leurs lèvres — difficile avec un masque.

Blanquer droit dans ses bottes, baguette à la main, distribue déjà bons et mauvais points.

Notre Premier Sinistre — dont le plan de déconfinement a été retoqué hier par les sénateurs 88 contres, 81 pours, 178 abstentions — vient de confirmer le couple Préfet-Maire pour mettre en œuvre ce merdier, tout en restant droit dans ses bottes sur la responsabilité pénale des élus. Pas question de l’atténuer en cas de problème de contagion.

Voilà : cher ami monsieur le maire, prends tes responsabilités et ferme là !

Ambiance.

Les villes s’organisent. Chacun à sa sauce. Paris n’ouvrira ses écoles que le 14 mai, afin de laisse un peu plus de temps aux équipes, Roubaix à une autre date, Lille n’ouvrira pas, Montpellier non plus.

OK.

Ça, c’est pour les maternelles-primaire.

Hier, mail de la principale du collège de mon fils de 13 ans – cinquième qui fait partie des classes qui ouvrent —, et de mon fils de 15 ans — troisièmes, qui n’ouvrent pas — pour avoir une idée des effectifs présents le 18 mai.

Est-ce que les 6è et 5è sont plus importants que les 4è et 3è ?

On va dire qu’ils sont probablement moins autonomes, et que c’est bien qu’ils retournent au collège.

Selon quelles modalités ? Elles restent à définir, mais dans un collège — certes de petite taille — de 400 élèves, ça promet un joli merdier d’organisation !

—               Pas question que je retourne au collège. C’est sur la base du volontariat, affirme mon fils de 13 ans hier soir au dîner.

—               Le volontariat des parents, fiston. Pas des élèves ! Tu saisis la nuance ?

—               J’irai pas.

—               Et bien, nous, les parents, nous décidons de te remettre au collège.

—               Mais pourquoi ?

—               Pour que tu retrouves un rythme de travail.

—               Mais je travaille avec Papa.

—               Oui, tout à fait, tu travailles. Mais avec une autonomie quasi nulle.

—               Moi, ça me va très bien.

—               Et bien moi, non. Je suis obligé de te lire tous les textes, tous les énoncés, toutes les consignes. À peine si ce n’est pas moi qui te tiens le stylo.

—               J’irai pas.

La tâche est vaste.

Mon fils de 13 ans seul à se lever le matin pour aller au collège, obligé de se coucher tôt alors que les deux autres font la bringue.

Ça va être coton.

—               Ce ne sera peut-être pas tous les jours, on tente timidement.

—               J’irai pas.

—               Tu vas revoir tes copains.

—               Ils n’y vont pas.

Ce matin, j’envoie un message à la maman de ses deux copains.

Elle a renvoyé le mail au collège en disant que ses fils iraient au collège.

Excellente nouvelle !

On marque un point.

Mais vous vous rendez compte de ce qu’on nous fait faire ?

Dans son discours au Sénat, notre Premier Sinistre demande à tous qu’à l’instar des soignants qui se sont donnés à fond — et on sait que le fond à des limites — nous demande donc à tous un peu de bonne volonté pour qu’on se sortent maintenant les doigts du cul, ça a assez duré cette connerie de chacun chez soi et personne qui ne branle rien, on qu’on se remette au boulot. Non mais, ces feignants, tu leur donnes la main, ils te prennent le bras.

D’après Le Monde de ce matin, on sent de la fébrilité dans les discours d’Edouard Philippe. Mais aussi une grande lassitude. Et une volonté de reconnaissance. Au Sénat, ça a dû être compliqué.

—               Mais merde, les potos, soyez un peu sympas ! Vous voyez pas dans quelle merde je suis ? Vous pouvez pas me filer un peu de soutien ? J’en ai vraiment besoin. C’est le moment de se serrer les coudes, non ?

—               Démerde-toi avec les ordres de ton chef. C’est pas notre problème.

Bon.

Le plan d’Edouard Philippe retoqué au Sénat, ça veut dire quoi ?

Qu’il doit revoir sa copie ?

Qu’il faut tout reconsidérer ?

Élaborer un autre plan ?

Changer la date de déconfinement ?

Et bien non. Ça ne veut rien dire du tout. Le vote du Sénat n’est que consultatif.

Consultatif ?

Mais alors ça rime à quoi toute cette agitation ? Cette fanfaronnade ? Cette comédie de démocratie ?

À rien.

Ça sert à rien.

N’oubliez pas de bien remplir votre déclaration d’impôt, on va avoir besoin de pognon, de beaucoup de pognon. De VOTRE pognon.

Allez, je vous la souhaite bien bonne.

C’est l’heure de me sortir les doigts du cul et de montrer ma bonne volonté et mon soutien à Edouard Philippe en allant réveiller ma progéniture et leur donner leur pain quotidien d’école à la maison !

Que va faire Taoki aujourd’hui ? Des sauts dans la neige, c’est la page du son « au ».

Et Hugues Capet ? Va-t-il parvenir à étendre son domaine royal ? Le suspense est insoutenable !

Et ce soir, dernier épisode de la Casa de Papel, le dénouement ! Nous avons réussi à ne pas enchainer hier soir, on est trop fort !

Qu’est-ce que vous allez faire de votre dernière semaine de confinement ? – 2

4 mai, J-7

Qu’est-ce que je vais faire de la dernière semaine de confinement ?

Reprendre l’école à la maison, bien entendu.

7h, réveil, dur dur, il faut bien le dire.

7h30, lever.

J’ai oublié de sortir la poubelle hier soir et je le dépêche avant que les éboueurs passent.

Et à chaque fois que je prends la poubelle, je me dis qu’il serait sympa de coller un dessin « merci » dessus. Un joli dessin de ma fille de CP.

8h, mon épouse s’apprête à partir, et, tiens, qui voilà !

Habillée.

Ma fille de CP. Tout sourire. Contente d’avoir l’occasion de faire une bise à sa maman avant qu’elle parte.

Alors, maintenant, comment on s’organise ?

On petit-déjeune tous les deux avec une partie de Mille Sabords, un jeu de dés de pirate sympa comme tout. Et la traditionnelle partie de Mille Bornes. Où l’inimaginable se produit. Je perds alors que j’ai les 4 bottes ! Incroyable !

Quelle est la probabilité pour que cela arrive ?

J’hésite à aller réveiller mon fils de 13 ans, en plein chapitre de statistiques en math, pour nous calculer ça.

Vous voyez ça comment, vous ?

Peut-être faudrait-il reprendre toutes les parties qu’on a jouées et établir des séries et des tableaux. Mettons, 103 parties.

Nombre de parties perdues avec 1 botte = x

Nombre de parties perdues avec 2 bottes = y

Nombre de parties perdues avec 3 bottes = z

Nombre de parties perdues avec 4 bottes = 1

Vous pouvez vous amuser à calculer la moyenne, la médiane, la fréquence en % et en angle pour faire un beau graphique circulaire, reproduire les séries en diagramme cartésien.

Cool.

On peut s’éclater à l’infini avec les probabilités.

—               Y a que toi que ça éclate, pourraient s’écrier mes 4 enfants en chœur.

Mais comme il n’y en a qu’une de levée, c’est à elle de commencer.

On démarre tout doux avec un peu de dessins et « l’album à faire toi-même » trouvé par le blog de la maîtresse, un album imaginé par Claude Ponti – adulé par les enseignants, mais que je déteste. Mais là, je trouve que c’est rigolo : Ponti propose une légende et l’enfant dessine à côté.

https://drive.google.com/drive/folders/1L00bG_3s100QZx1SN9KEF1Wgr2HVyp-7?fbclid=IwAR0swHt92tbojQCzkXFMaibEQTgaXM-UCxZocJLO5KRH3imauSwTUWfDdzo

Il y en a 45 pages, j’en imprime 10 et l’activité plaît aussitôt à ma fille.

9h30.

Lecture et calcul.

—               Que lecture ! déclare aussitôt ma fille — vous voyez un peu de qui elle tient ?

—               On verra.

Les consignes de la maîtresse : révision des notions de la semaine dernière.

On relit la P83 de son livre de lecture, « br, cr, tr, gr, pr, fr, … » où la colombe de Taoki va mieux, elle roucoule dans le salon, il est temps de la relâcher, Taoki, Hugo et Lili sont tristes et la colombe s’envole en trombe.

—               Ça veut dire quoi, en trombe ?

A fond la caisse.On s’y met.

Pour que ça se passe bien, j’imagine un jeu.

—               Si tu lis une phrase sans faute, c’est des guilis. Si tu te trompes, tu lis un mot de la liste « lis les mots ». Ok ?

C’est parti.

Méthode impeccable, ça rigole et ça chatouille. Presque pas d’erreur !

Bonne humeur garantie.

—               Une page de math ?

—               Alors, une seule.

Grouper les unités en paquets de 10. Aucune difficulté.

—               Et voilà, c’est fini pour aujourd’hui !

10 h 30, réveil des ados.

Dur dur dur.

Je laisse un peu de temps à mon fils de 13 pour émerger, et je monte avec l’ordi.

—               Ce matin, histoire géo, maths et français.

—               Grrrrr.

—               On commence par l’histoire.

Je sais qu’il aime bien le prof.

On poursuit les aventures d’Hugues Capet et l’évolution du domaine royal.

Ce matin : l’hommage.

Cérémonie sacrée par lequel un vassal prête hommage à son suzerain, la description de la cérémonie, les devoirs du vassal – défense militaire, aide financière ( j’adore le concept d’aide  financière !) et conseil — et les droits du suzerain — protection, justice et un fief à administrer.

Cette relation entre le vassal et son suzerain s’appelle la féodalité.

On comprend pourquoi le domaine royal a du mal à s’étendre.

—               Tu comprends pourquoi ?

—               Non.

Certains comprennent pourquoi le domaine royal à du mal à s’étendre, et d’autres non.

Et d’autres encore s’en fichent totalement.

OK.

En français, un extrait de « Vendredi ou la vie sauvage » de Michel Tournier. Thème : la domestication de la nature est-elle une bonne chose ?

—               J’en sais rien.

—               Forcément, on va procéder par ordre.

Je lui lis l’extrait du texte. Vendredi est reconnaissant à Robinson de lui avoir sauvé la vie, mais ne comprends pas les raisons de cultiver les champs ni d’élever des animaux alors qu’il n’y a qu’à se servir. Robinson lui explique que c’est comme ça qu’on fait dans les pays civilisés. Et qu’il y a les animaux utiles qu’on élève et les nuisibles dont on se débarrasse. Vendredi n’en voit pas l’intérêt et – s’il aide Robinson à réaliser son rêve sur son temps de travail, il ‘continue à faire des bêtises’ sur son temps libre : jouer avec des animaux nuisibles, être cruel avec des animaux utiles, élever un couple de rats.

Questions : Pourquoi vendredi aide-t-il Robinson ? Que cherche à faire Robinson ? En déduire la différence entre domestiquer la nature et apprivoiser la nature ? Et en 10 lignes, « la domestication de la nature est-elle une bonne chose ? »

—               On est en pleine actualité ! Comment on se nourrit ? Quel système on a développé ? Est-il bon pour l’homme ? Pour la nature ? Génial !

Les yeux levés au plafond, mon fils soupire.

Et on termine par le meilleur : les maths. Apprendre à utiliser un tableur.

Alors là, j’ai beau chercher au fin fond de mon imagination, y aller de formules enthousiastes, « Et là, regarde, je sélectionne les cellules de A1 à A12, je tire sur la poignée et hop, magique, tous les nombres s’écrivent de 10 à 60 de 2 en 2 ! », « Et là, sous tes yeux ébahis, je te fais la somme des nombres de ces deux colonnes en 1 clin d’œil, puis on calcule la moyenne en deuxspi, puis je te ponds un diagramme circulaire en 1 éclair », rien y fait.

Je n’arrive pas à allumer une quelconque étincelle d’intérêt au fond des prunelles mornes et étaient de mon fils…

—               Comment tu arrives à te passionner pour ces merdes ?

Parce que je sais qu’on a l’épisode 11 de la Casa de Papel à regarder ce soir.

Parce que je sais que j’irais profiter du temps magnifique ce soir.

Parce que je me régale à l’avance de tout ce que je vais vous raconter.

—               Parce que je suis heureux de passer ces moments avec toi.

Il me regarde sans croire le tiers de la moitié d’une seule de mes paroles.

—               Aussi parce que je me dis qu’il faut le faire. Et donc autant y prendre du plaisir.

—               Comment tu fais pour t’intéresser à ça ?

—               Je te dis, le moyen âge, la féodalité, les relations entre les puissants et le peuple, les vassaux qui travaillent et qui paient et les seigneurs qui dépensent en faisant la guerre, la domestication de la nature par les pays civilisés, l’esclavagisme, la domination des puissantes nations qui se partagent le monde, tout ça, c’est passionnant de voir d’où ça vient. C’est notre histoire, ce sont nos origines. Les probabilités et les tableurs, c’est l’inventivité des hommes qui nous facilite la vie, qui finira par nous tracer et nous surveiller tous, pour devenir – ou redevenir – les vassaux de nos suzerains jusqu’à ce que le ROI reprenne la main et nous écrabouille, pauvres misérables nuisibles ou qu’au contraire, il nous asservisse à devenir du bon bétail bien domestiqué qui consomme et consomme et consomme encore.

—               OK. Toi, ça a l’air de te passionner. Moi, je m’en bas les couilles.

Bon.

Ceci fit, mon fils de 13 ans, il se met courageusement à l’œuvre et répond aux questions.

J’en profite pour écrire ces lignes, peinard sous mon tilleul, en écoutant rossignols, tourterelles, huppes fasciées et le voisin qui ponce encore je ne sais quelle saloperie, à ce rythme, il va poncer tout l’univers cet enfoiré.

Et voilà mon fils de 13 ans, tout sourire, qui a faim.

—               P’pa, j’ai travaillé au moins deux heures. Je pense que ça mérite que je ne fasse pas les maths !

—               Tu peux être fier de toi. Mais tu feras aussi les maths.

Son sourire disparait.

Je vous laisse, je vais aller vérifier tout ça et remettre un coup de motivation aux troupes !

Bises et bonne journée.