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Catégorie : un papa qui fait l’école à la maison (Page 1 of 4)

Dans le contexte probablement de plus en plus contraignant qui se profile, comment vont se passer les journées à la maison? Drôles? Pénibles? Comment un Papa va-t-il parvenir à allier enseignement à distance, bonne humeur et cohésion familiale?

Le Retour de l’école à la maison… Quel gâchi!

19 mai

7h30 hier matin.

Je murmure à l’oreille de ma fille de CP :

—               Tu as de la chance, aujourd’hui je te réveille pour aller au cheval ! Pas pour aller à l’école !

Et ma fille se lève d’un saut.

3 heures de cheval ce matin, en rattrapage des cours qui n’ont pas eu lieu pendant le confinement. Sympa, non ?

Pendant ce temps, je profite de la forêt et des magnifiques vues sur la montagne au loin. Il y a du vent, mais il fait chaud. La météo prédisait ce matin 28, soit 6 degrés de plus que la normale — faut toujours qu’il y ait quelque chose d’anormal à la météo, pour que ça fasse vrai, pour que se soit trépidant…

Arrivés au cheval, on nous désinfecte les mains, tous les adultes portent des masques ainsi que certains enfants. Les chevaux sont installés, bien espacés.

—               On nous demande de laisser 5 mètres entre chaque cavalier !

Les gestes barrière, ma fille les connait. Elle repère même tous ceux qui ne les respectent pas dans la rue. Elle me tire la manche et me glisse :

—               T’as vu Papa, ils sont trop prêts !

Ou bien :

—               Ceux-là, ils sont trop nombreux !

L’équipe du centre équestre – ils sont deux ! — a prévu une brosse et un cure pied pour chaque monture. Et en avant que je te brosse !

Ma fille est trop contente de revoir les chevaux. Et ses copines. Il règne une ambiance de retrouvailles joyeuses. Cool.

Vers la fin de matinée, mon téléphone sonne. Comme je tarde à répondre, il sonne encore et encore. Bigre, ça doit être urgent.

Je réponds.

C’est mon fils de 5è :

—               Papa, plus jamais je ne retourne en cours. Tu sais ce qu’ils nous ont fait faire ?

—               Non. Des maths ?

—               Une balade jusqu’à la rivière.

—               Vous avez pêché ?

—               Arrête, je n’y vais plus.

Pas de chance.

On avait réussi à le motiver, il était parti ce matin de bonne grâce… Je suis désespéré… On imaginait qu’au moins le travail fait en classe serait fait… Je n’avais pas prévu que se serait de la garderie.

Un coup d’épée dans l’eau.

—               Raconte. Combien vous étiez ?

—               Environ 20 cinquièmes.

—               Et les sixièmes ?

—               Je ne sais pas, ils sont rentrés une heure plus tard.

—               Et comment ils vous ont accueilli ?

—               L’infirmière scolaire nous a raconté les gestes barrière et nous a donné deux masques en tissus.

—               Qu’est-ce que tu as eu comme matière ?

—               Français. On a joué au pendu.

—               Vous n’avez pas fait le travail que le prof a donné sur l’ENT ?

—               Non.

Alors là, j’ai les bras qui me tombent.

Le prof donne du travail sur la plateforme. Il reçoit 6 élèves qui font l’effort de venir. Et ils ne font pas le travail ensemble ! Au lieu de ça, ils jouent au pendu !

Ça veut dire que les élèves qui vont en cours doivent retravailler en rentrant pour rattraper le travail donné à ceux qui restent chez eux ?

C’est le monde à l’envers.

—               Et après ?

—               Sport. On est allé à la rivière.

Génial.

—               Et obligation de garder nos masques avec cette chaleur.

Donc voilà. C’est fini.

—               Tu avais quoi comme cours cette après-midi ?

—               Anglais.

—               Tu bosseras cette après-midi ?

—               Une demi-heure, promis.

Tu parles…

Les yeux à peine tournés, il se carapate dehors…

À 14h10 mon téléphone sonne.

C’est le collège.

Je suis tellement énervé que je préfère ne pas répondre.

Un peu plus tard, mon calme retrouvé, j’essaie de les joindre, mais sans succès.

On se renseigne auprès des copains.

Une autre copine de mon fils a fait de la course à pied chronométrée avec port du masque ce matin au soleil !

C’est tellement imbécile que s’en est consternant.

Elle rapporte à sa mère des paroles des surveillantes qu’elle a entendu ricaner :

—               Si avec ça, on a encore des élèves la semaine prochaine !

Quel gâchis, quelle honte !

Ils ont quoi dans le cerveau ?

C’est quoi ce merdier ?

Ils voudraient que personne ne revienne qu’ils ne s’y prendraient pas autrement…

La copine de mon fils prend le bus pour venir. Emploi du temps : 8h30-11h30, 3h de pause, reprise de 14h00 à 15 et 1h d’attente pour le bus retour. Quelle motivation faut-il déployer pour résister à un emploi du temps pareil ?

Une autre petite camarade de mon fils est heureuse d’être allée se balader avec ses copines…

Une autre est rentrée en pleurant.

Un autre trop déçu, jure qu’il n’y retournerait pas.

On sait très bien que les profs n’étaient pas motivés. Mais là, excusez-moi les potos, mais vous êtes payés ! Houhou ? Y a quelqu’un ? Pourquoi il n’y aurait que vous à saloper le job comme ça ? Heureusement, les soignants ont réagi avec plus de sérieux et de responsabilité.

J’écrirai un billet pour vous expliquer pourquoi nous avons remis nos enfants à l’école. Nous avions des attentes. Pas simplement l’envie de nous en débarrasser !

En tout cas ce matin, retour de l’école à la maison !

Une page de lecture avec ma fille de CP, Taoki qui se rend à Bafoulabé au Mali.

‘bl’, ‘cl’, ‘fl’, ‘gl’, ‘pl’

Elle se sent mieux à la lecture.

Depuis qu’on lit à deux ou trois voix « Mortelle Adèle », ma fille, mon épouse et moi.

Et bras de force avec mon fils de CP.

Géographie : situation du Brésil, évolution de sa population, effondrement de sa production agricole jusqu’à dans les années 2000. Qu’est-ce qu’a fait le Brésil pour relancer sa production agricole ?

Lulu en 2003, lance le plan Zérofaim — rien à voir avec la série ZéroZéroZéro actuellement sur Canal + avec la saga croisée de producteurs de cocaïne au Mexique, de passeurs vers l’Europe et de la mafia calabraise, passionnant !

Le Plan Zéro faim qui incite les enfants à aller à aller à l’école en indemnisant les familles qui inscrivent et vaccinent leurs enfants, qui offre un repas aux enfants le midi, l’État qui achète la production des petites exploitations pour laisser leurs enfants étudier.

C’est visionnaire, c’est l’État au service de sa population.

J’imagine aussi que l’accélération de la production se fait à grand renfort de mécanisation, de campagnes de pesticides massives, de déforestation, d’expropriations de familles et de destruction de villages… L’autre côté du développement.

Accentué jusqu’à devenir une institution sous Bolsonaro…

Malheur. Bolsonaro, Trump, Xi Jinping, Naranda Modi…

Le Carré d’As des destructeurs de la Planète, aux commandes des pays les plus puissants de la Planète…

Allez, mon fils, courage.

Il ne te reste que les maths à faire : les nombres relatifs. Je me demande comment on peut faire 4 séances de travail sur les nombres relatifs… Mais c’est possible !

Courage mon fils.

Tu ne comprends pas pourquoi tu apprends tout ça ?

T’inquiète.

Fais confiance, ils savent ce qu’ils font…

Avril, ne te découvre pas d’un fil

30 avril.

Dernier jour à ne pas se découvrir d’un fil !

Dehors, j’entends le chant du rossignol, des tourterelles, au fond je distingue un coucou, une huppe fasciée, une mésange.

Quel magnifique printemps.

La campagne est verte et explose après les pluies nourries que nous avons depuis 15 jours.

Quel bonheur que ce réveil de la nature.

Je profite de moments tranquilles après avoir pris une raclée au Mille Bornes par mon épouse ce matin. Figurez-vous qu’elle a gagné sans que je pose un seul point !

Le ciel est gris.

Tout est calme.

Je me dis que j’aime profondément cette période de confinement.

Pas d’organisation, pas de matins à la bourre pour être à l’heure à l’école, pas de mercredi à courir entre le cheval, les courses, le tennis, les devoirs.

Peinard à la maison, beaucoup de temps pour écrire, et une heure trente de marche tous les soirs, de 18h à 19h30, dans cette campagne apaisée et renaissante, au milieu des rossignols, merles, alouettes.

Et au milieu, l’école à la maison.

Plus apaisée elle aussi.

Chacun a trouvé ses marques.

Je réveille ma fille de CP vers 9h30, on démarre la journée par un petit dej – Mille Bornes,  on travaille une petite heure, lecture et calcul.

À 10 h, je réveille ma fille de presque 17 ans qui émet quelques grognements et se rendort aussitôt.

Puis les garçons, qui grognent aussi, mais eux ne se rendorment pas, happés par l’actualité brulante de snap et YT, aux aguets de quelques vidéos hautement éclairantes sur l’état du monde et la géopolitique du savoir.

À peine terminé avec ma fille de CP, hop, je monte avec l’ordi et fais un état des lieux des travaux des garçons.

D’ailleurs, j’y pense, j’ai oublié de noter l’heure de la classe virtuelle de mon fils de 13 ans à laquelle il m’a juré qu’il n’assisterait pas, mais à laquelle j’ai juré qu’il assisterait !

Je file voir sur l’ENT.

Classe virtuelle de math à 11h. Ouf. Je ne vous explique même pas le cheminement occulte qu’il m’a fallu faire pour retrouver la trace de cette classe virtuelle qui n’est pas – se serait trop simple ni sur l’accueil, ni sur la messagerie, ni sur l’emploi du temps ni sur le cahier de textes.

J’ai retrouvé sa trace dans les messages classés comme lus au fond de la messagerie.

Bon, je vous l’ai déjà dit, l’ENT n’a plus aucun secret pour moi.

Plus aucun ? Tu es certain ?

Je lis – au passage – la réponse très gentille et très patiente – du prof de SVT à qui j’ai envoyé un message hier pour lui dire que vraiment, j’en étais désolé, mais je ne comprenais pas le tuto qu’il avait envoyé afin de déposer le devoir de mon fils de 13 ans. Vous avez bien lu, il faut des tutos pour déposer les devoirs à rendre. Un tuto de 3 pages ! Parce qu’hier, après avoir obtenu de mon fils qu’il fasse l’activité à l’écrit, je me suis découragé devant la complexité de la tâche… sortir le scanner, scanner le document, lire le tuto pour finalement ne rien comprendre et échouer, si près du but !

Il y a donc des choses que je ne maîtrise pas encore.

Mais ce matin, de bonne humeur, je me dis que je vais me pencher sur ce tuto, bien décidé à apprendre une nouvelle fonctionnalité de ce logiciel inventé par je ne sais quel esprit tordu dont l’éducation nationale – 50 ans que je les fréquente assidûment — regorge.

Petit rappel des évènements de la veille :

Vers 14h, ma fille de presque 17 émerge, les écouteurs aux oreilles, et nous rejoint à table – on s’est mis à l’heure espagnole.

—               Tu peux enlever tes écouteurs s’il te plait ?

—               Je suis en cours.

—               !?!

—               J’ai cours de géopolitique.

—               OK.

Ma fille déjeune donc en classe virtuelle, dans le jardin, sous le tilleul, tranquille. Puis va s’installer dans la chaise longue au soleil.

—               Ça va ?

—               Oui, je suis la seule à participer.

Pourtant, je ne l’entends pas parler.

—               Par messages ! me précise-t-elle.

L’école allongée au soleil dans une chaise longue… vous voyez, ce confinement, quel pied !

Quand elle termine son cours, 1h30 plus tard, on discute, comme j’aime le faire avec elle, surtout en géopolitique.

—               On n’a parlé que du covid, pas du tout de ce qui était prévu !

Je sais qu’elle adore son prof de Géopol.

—               Il me fait penser à toi ! elle me dit à chaque fois.

Et elle a été trop contente de me le présenter à la réunion parent prof, dans un autre temps. Son prof de Géopol est aussi prof de cinéma au lycée et j’ai eu le projet d’organiser avec lui les « 2è rencontres autour du court-métrage amateur » avec les élèves option cinéma— le deuxième évènement dans notre cité après Cannes —, mais l’actualité ne nous en a pas laissé l’occasion.

—               C’était intéressant ?

—               Oui. Je savais déjà tout, mais nous avons pas mal discuté. Je lui ai dit que le gouvernement profitait du covid pour passer des lois cheloux.

—               Quoi comme lois cheloux ?

—               Les trucs sur les applications de surveillance.

—               Il était d’accord avec toi ?

—               Oui, tout à fait !

—               Les gouvernements successifs ont détruit les services publics.

—               Tout à fait.

Et ce qui me met le plus en colère, c’est que les riches ne participerons pas à l’effort, que méthode pour ne pas compter sur ses doigtsceux qui se sont goinfrés de profits en essorant services publics et détruisant les codes du travail, ne débourseront pas un centimes pour rendre ce qu’ils ont volé. C’est nous qui paierons et surtout nos enfants avec la dette colossale qu’on leur colle dessus.

Je m’égare.

Avec ma fille de CP, on fait des calculs.

6 + 8 =

Elle compte ‘6’ sur ses doigts puis recompte ‘8’ et annonce le résultat.

J’essaie de lui expliquer depuis plusieurs une méthode pour ne plus compter sur ses doigts. Mais sans y parvenir.

Et dans son livre de math « pour comprendre les maths », en trois exercices, elle y arrive !

Incroyable !

******

11h ce matin, nous sommes installés devant la classe virtuelle, mon fils de 13 ans et moi.

Mais pas de lien.

Donc pas de classe virtuelle.

C’était une classe de math, prévue pour clore le chapitre statistiques avec des exercices.

—               On fait les exercices et on les envoie à ta prof ? je lui propose.

—               OK, me répond-il.

OK ?

Il se passe un truc !

Et il fait ses exercices !

—               Bravo, je le félicite chaudement.

Puis avec ma fille de presque 17 ans, on cherche à résoudre le programme de scratch.

Et bingo, la réunion de nos deux esprits fonctionnent à plein et nous y parvenons !

Bel effort !

3 jours de recherche !

Voilà, de belles et bonnes nouvelles !

De bonnes et belles choses.

On est bien à la maison, confinés.

Pourquoi retourner travailler ?

Pourquoi retourner à l’école ?

On n’a plus besoin de rien !

Tu veux le savoir ?

Pour ne pas terminer cons finis !

Pour éviter de virer gros con.

Pour lutter contre les cons !

Un cadeau de ma fille de CP pour finir

Chut, Papa fait de la politique ! -3

29 avril, J-13, le déconfinement aura bien lieu, sauf s’il est prolongé, il n’y a que les imprudents pour devancer l’appel, attention en Avril, ne te découvre pas d’un fil !

Trêve de plaisanterie.

Franchement, Édouard Philippe a été bien.

1 heure de discours clair, précis, reprenant tous les points, s’appuyant implicitement sur le texte du Conseil scientifique.

S’agissant de ROBERT — l’application STOPCOVID made in France —, il a sagement reporté le débat, avouant lui-même qu’il ne savait rien de cette application.

Bravo ! Et merci !

Le Monde de ce matin :

Déconfinement : contraint par le choix présidentiel du 11 mai, le gouvernement a choisi d’écouter les avertissements du conseil scientifique

Le Premier ministre a averti, mardi, qu’il allait falloir « vivre avec le virus » et souligné « le risque d’une seconde vague ».

Edouard Philippe a tenu un discours pragmatique. « Nous allons devoir vivre avec le virus, a-t-il admis, dès lors qu’aucun vaccin n’est disponible à court terme, qu’aucun traitement n’a, à ce jour, démontré son efficacité, et que nous sommes loin d’avoir atteint la fameuse immunité de groupe. »

Sa stratégie cadre de très près avec celle du conseil scientifique – finalisée le 20 avril – dont il a aussi relayé les inquiétudes. « Si les indicateurs ne sont pas au rendez-vous, nous ne déconfinerons pas le 11 mai, ou nous le ferons plus strictement », a-t-il mis en garde, en indiquant que la décision finale serait prise le 7 mai, sur la base d’indicateurs épidémiologiques.

Roselyne BACHELOT, sur le plateau de TF1, applaudit.

Question : que fait Roselyne Bachelot ici ? Et bien figurez-vous que l’ancienne ministre de la Santé de Nicolas Sarkozy est devenue la personnalité politique la plus populaire en France actuellement. Pourquoi ? En raison de sa gestion de la crise ‘grippe H1N1’. Vous vous rappelez de sa politique très engagée — et extrêmement critiquée, raillée, moquée — dans la constitution de stocks de vaccins (dont les ¾ nous étaient resté sur les bras ) et de masques (1.4 milliard). Mais elle a été prudente. Et ce qui lui a été reproché, soudain, devant l’impréparation criminelle de ses successeurs, la porte aux nues. Juste retour des choses ? On verra bien.

Et où en en est de l’épidémie :

  • Dans le monde, plus de trois millions de personnes ont été diagnostiquées comme malades du Covid-19 et plus de 215 000 en sont mortes malgré le confinement de plus de la moitié des habitants de la planète.
  • Pays le plus touché, les Etats-Unis comptent plus d’un million de cas. Encore plus marquant, 58 365 personnes ont désormais succombé à la maladie, soit plus que les militaires américains tombés lors du conflit du Vietnam entre 1955 et 1975.

On entend un peu parler de l’Afrique, mais pas trop. Et dur d’avoir des infos sur les pays en guerre au Moyen-Orient.

Dur d’entendre parler d’autre chose que du covid, d’ailleurs.

On entend un peu parler de l’après confinement, les plus optimistes pensent qu’on aura compris que quelque chose qui nous dépasse se produit. Les autres font l’autruche. Rien de nouveau.

Vous connaissez scratch ?

Un programme éducatif pour apprendre aux enfants à coder.

Initiation avec mon fils de 13 ans, travail en Techno. Techno que — vous vous l’imaginez bien, vous le connaissez maintenant aussi bien que moi — il adore.

On a commencé tous les deux — je l’ai forcé à s’assoir près de moi et nous avons commencé.

Totalement blasé, mon fils se lève au bout de deux niveaux. Et moi, grand gamin et grand geek, je suis resté ‘scratché’. Même mon fils de 15 ans – qui a passé des heures à programmer en scratch – est venu bidouiller avec moi.

—               Tu vas voir, on peut faire plein de trucs avec ça.

Et nous sommes tous restés bloqués au niveau 10 du labyrinthe. 9 blocs pour amener ce fichu cosmonaute pisser au fin fond de la station orbitale ESS-20.

J’y ai même réfléchi cette nuit. Mais rien. Nada.

https://blockly.games/maze?lang=fr&level=10&skin=1

Vous avez réussi ?

Ben mon gars, va falloir te retenir, parce qu’on n’y arrive pas. J’y ai passé un certain temps, pendant que mes ados sont partis à vélo se baigner dans la rivière d’à côté. L’eau y est au moins à 10 degrés, il fait un temps pourri. Mais vaille que vaille !

—               On pédale, on se baigne !

Devise de ma fille de presque 17 ans.

En avril, ne te découvre pas d’un fil…

—               Allô ?

Le téléphone sonne.

C’est la surveillante du collège qui s’inquiète de n’avoir aucune nouvelle de mes fils.

Et qui fait le tour des parents d’enfants muets en prévision d’une réunion d’établissement.

Je lui explique la situation : mon fils de 15 ans est en autonomie, ce qui explique certainement les ‘’non rendus’’ et mon fils de 13 ans fait tout son travail à l’oral avec moi. Je me porte garant de son travail. Mais nous ne rendons rien.

OK.

Et vous, tout va bien ?

N’hésitez pas à me raconter vos anecdotes amusantes !

Bonne journée.

– Chut, Papa fait de la politique!

 28 Avril, J-14 avant le 11 mai, jour de présentation du projet de loi de déconfinement du gouvernement qui sera voté sans discussion, bienvenue dans un monde meilleur, ou STOPCIVD pourrait s’appeler ROBERT — ça ne s’invente pas ! — « Robert, dégage, tu vas pas m’la faire à l’envers ! », il n’y a que les geek qui vont s’éclater à installer la nouvelle appli sur leur smartphone.

15h, l’heure où nous risquons le grand basculement dans la science fiction.

L’heure où tout est encore possible.

Quelques réflexions issue des médias de ce matin :

Tout d’abord ce message adressé par le site de France Inter ce matin sur mon smartphone :

« 62% des Français disent ne pas faire confiance au gouvernement pour réussir le déconfinement, selon le baromètre mensuel Odoxa-CGI pour France Inter, la Presse régionale et l’Express. Édouard Philippe doit présenter mardi après-midi son plan pour « l’après 11 mai ».

Emmanuel Macron et Edouard Philippe en réunion avec le ministre de la Santé Olivier Veran, le 24 avril à l’Élysée. © AFP / Ludovic Marin

C’est le discours de la semaine, sans doute aussi le discours du quinquennat pour Édouard Philippe. Mardi, le Premier ministre doit présenter le plan pour la fin progressive du confinement, à partir du 11 mai. Il présentera sa feuille de route à 15 heures devant les députés, à l’Assemblée nationale. Comment les Français vont-ils recevoir les mesures prises par l’exécutif ? C’est la grande inconnue.  

En revanche, une certitude, Édouard Philippe devra convaincre. Car pour l’instant, 62 % des Français disent ne pas faire confiance au gouvernement pour réussir ce déconfinement, selon le baromètre mensuel Odoxa-CGI pour France Inter, la Presse régionale et l’Express. »

62% qui n’ont pas confiance, ça fait beaucoup.

L’affaire des mensonges autour du manque de masques y a compté pour beaucoup.

Vous leur faites confiance ?

Moi non.

J’observe, je reste vigilant.

On ne sera pas informé des raisons réelles qui ont pointé le 11 mai comme la date du début d’un éventuel déconfinement.

—                    Il faut bien se déconfiner un jour !

Oui, bien entendu. Mais pourquoi contre l’avis du Conseil scientifique qui ne pense pas que toutes les mesures nécessaires — repos des soignants, libération des lits de réanimation, reconstitutions des stocks de protection, médicaments —  puissent être mises en place avant mi-mai. Pourquoi pas alors le 18 mai ?

On n’est plus à une semaine près.

—                    Parce que c’est moi qui commande, merde !

OK.

J’observe.

France Inter hier soir, Boris Cyrulnik :

L’après confinement selon Boris Cyrulnik : « on aura le choix entre vivre mieux ou subir une dictature »

« On a oublié qu’on appartenait au monde vivant : on partage la planète avec les animaux. Si on enferme les animaux, si on fait de la surpopulation dans les élevages, on crée les conditions de fabrication de virus. Ensuite les avions et les autres moyens de transport font le reste. Bref, si on massacre le monde vivant, on partira avec lui. »

Dans le monde d’après, on aura le choix entre vivre mieux ou subir une dictature  – qu’elle soit politique, religieuse, financière ou liée à l’hyper-consommation. 

L’après catastrophe peut être bénéfique. Au Moyen-Âge, des commerçants ont apporté le bacille de la peste. En deux ans, il a tué un Européen sur deux. Avant 1348, les aristocrates qui possédaient des terres vendaient ou achetaient des serfs.  Après l’épidémie, en raison de la pénurie de main d’œuvre, ils ont dû mieux traiter les paysans et le servage a disparu en deux ans.

Mais l’après catastrophe peut aussi avoir des effets maléfiques. Parce que l’Allemagne avait été humiliée en 1918 par le traité de Versailles, les Allemands ne pouvaient pas se reconstruire. Est arrivé un pseudo sauveur… Et en 1933, il a été élu, ce qui a provoqué une catastrophe mondiale.

Là, on aura le choix de vivre solidairement, d’une autre manière : en redonnant la parole à beaucoup de ceux que l’on redécouvre maintenant, les aides-soignantes, les infirmières, les facteurs, les éboueurs. 

Si on ne le fait pas, il y aura des candidats dictateurs. »

Voilà qui donne le moral, un peu d’espoir mais avec une pression de dingue !

Les dictateurs de tout poil se mettent en rang de marche partout sur la planète — Hongrie, Turquie, Chine — les régime se durcissent à l’extrême — USA, Israël, Brésil, Pologne, et ça fout les jetons, je vous assure.

J’espère encore que notre président va se montrer digne de l’esprit républicain français.

Toujours sur France Inter, Thomas PICKETTY :

« Oui, il faut rétablir l’Impôt sur la fortune. » Pour se relever de la crise économique, Thomas Piketty estime qu’il faut surtout « que les revenus de ceux qui vont consommer ne s’effondrent pas ». « Je ne vois pas les Français comprendre qu’on finance des cadeaux fiscaux qui dépassent cinq milliards d’euros par an, les maintenir alors qu’on dit qu’il faut réinvestir dans les services publics, ça me paraît incompréhensible », a-t-il estimé, invité lundi matin de France Inter. « L’économie ne fonctionne pas avec des super milliardaires mais avec des petits, de petites entreprises. On parle de personnes à qui on a fait payer toujours plus de TVA, de CSG. Il faut rétablir l’ISF, avec un rendement beaucoup plus important, qui pourrait rapporter 10 milliards par an. »

« Oui, il faut taxer les hauts patrimoines privés. » Si la crise sanitaire est inédite, l’Histoire peut nous éclairer sur le plan économique juge Thomas Piketty. « Il y a beaucoup de leçons historiques. La bonne nouvelle, c’est qu’il y a différentes façons de s’en sortir. Après la Seconde guerre mondiale, de nombreux pays notamment l’Allemagne et le Japon, ont mis en place des systèmes d’imposition sur les plus hauts patrimoines privés, jusqu’à 80-90% de ponction. Ça a pu réduire très vite l’endettement public, qui était encore plus élevé que ce qu’on l’est aujourd’hui. (…) Il ne faut pas faire exactement la même chose mais reprendre ces leçons de l’histoire », a estimé l’économiste.

Dans ce contexte, comment imaginer que des millions que le gouvernement va regarder se noyer des millions de petites entreprises tandis qu’on renfloue à coup de milliards les entreprises du secteur aériens et automobiles.

Réponse dans quelques heures…

Le vent, c’est de l’air qui voyage !

Le vent, c’est de l’air qui voyage !

Dommage.

Mon fils de 15 ans, réveillé et levé à 10 h, arrive en fin de classe virtuelle de physique sur l’histoire de l’atome.

—                    Tu as une classe virtuelle ?

—                    Oui.

—                    Tu l’avais vu ?

—                    Non.

—                    Moi non plus.

Dommage.

Pourtant, on a regardé tous les deux le travail de la journée.

On avait vu physique. Mais la classe virtuelle était inscrite en petit à la fin des instructions.

Ballot.

—                    Tu peux lire le texte sur l’atome.

—                    Ben, non, la classe est finie.

—                    Tu peux lire le texte tout de même.

—                    OK.

On a fini la première partie des devoirs de ma fille de CP. Les son br, cr, dr fr gr pr tr vr.

Taoki le petit dragon a grimpé sur la branche d’un arbre pour dire au revoir à la colombe. Il est triste. Lili est cramponnée au bras d’Hugo.

Ça pourrait être l’inverse, Hugo cramponné au bras de Lili.

On n’y est pas encore tout à fait.

—                    Ça vient d’où le vent ? me demande-t-elle.

Je lui avais déjà promis de lui expliquer.

OK.

On cherche sur YT.

Première vidéo : « L’air est un gaz qui se dilate quand il se réchauffe — on parle de hautes pressions — et se contracte quand il fait froid — on parle de basse pression. Et comme la nature œuvre pour un équilibre des énergies, l’air circule des basses pressions vers les hautes pressions. »

—                    Tu as compris ? je demande à ma fille.

—                    Non. Rien du tout.

—                    Quand l’air se réchauffe, par exemple chez Mamie, il monte. Quand il se refroidit, par exemple en Espagne, l’air baisse. Et l’air file du bas vers le haut. Et nous, comme on est au milieu, il y a du vent.

—                    Alors le vent, c’est de l’air qui voyage !

—                    Exactement !

Mon fils de 15 ans a terminé ses devoirs, il est tout content.

—                    Je suis tranquille pour la journée !

—                    c’est cool, non ?

À midi, je réveille péniblement mon fils de 13 ans.

Je m’assieds sur son lit, l’ordinateur sur les genoux.

—                    Allez, on commence par l’histoire géo.

—                    Mais Papa, je me réveille !

—                    Pas tout à fait, ça fait 1 h que je t’ai réveillé, tu t’es rendormi.

—                    Alors, le couronnement d’Hugues de Capet en 987 par L’Évêque de Reims-je crois. Le domaine royal qui est tout petit et il s’agrandit par la suite. Tiens regarde, en 987, nous sommes déjà dans le Duché de Toulouse. Ça s’appelle Occitanie 1000 ans plus tard.

—                    Ouais.

—                    Question : qu’est-ce qui différencie le roi des autres grands seigneurs ?

—                    J’en sais rien.

—                    Il faut que tu répondes en 35 min avec les documents.

Comme je sais qu’il ne va pas le faire, je lui lis les documents. En cinquième.

C’est pas lui rendre service, si ?

Puis je lui lis la leçon de physique sur les masses et les volumes, il a une classe virtuelle à 14h. « je vous enverrai le lien tout à l’heure via l’ENT »

—                    On fait les maths ? me propose-t-il.

Il a compris. Qu’après il est tranquille.

C’est encore moi qui lis.

Mais il fait les exercices.

—                    On mange et tu te connectes à la classe virtuelle de physique.

—                    Non, pas question. Je ne veux pas voir ma classe.

—                    Si tu te connecteras.

À 14h, pas de lien. À 14h10 non plus.

—                    Ok, j’ai fini, s’échappe mon fils joyeusement.

Dommage.

C’était une occasion.

Alors je repense au commentaire de mon copain Quentin sur FB : « Tu es trop gentil. Il leur faut un cadre. »

Je sais, tu as raison, j’ai essayé mille fois, c’est trop dur, je t’assure.

Bon, allez, je vous donne la réponse : ce qui différencie le roi des autres grands seigneurs, c’est que le roi est sacré. Il devient le représentant de Dieu sur terre. Il n’y a personne au-dessus de lui.

Je termine avec le sourire. Vous connaissez les dessins « où est Charlie ? »

T’inquiète frérot, je gère !

25 avril, J-16 avant le 11 mai, ça s’agite, ça cogite, ça rejoue la scène — Bashung — ! Il n’y a que les collégiens qui continuent à douter de la reprise prochaine des cours.

Ce matin, dans notre engagement pour garder la maison rangée et vivable, je me décide à intervenir sur le lave-vaisselle qui affiche inlassablement F78 — erreur de pompe ou de moteur. Après avoir nettoyé le filtre, bidouillé les bras de lavage et après avoir constaté que le problème était plus profond, après avoir téléphoné au magasin où nous l’avons acheté — un petit magasin local afin de pouvoir compter sur eux pour nous dépanner — et avoir compris qu’un morceau de verre bloque probablement la pompe, que ce n’était pas sous garantie et que je pouvais donc m’en donner à cœur joie, après avoir regardé des tutos sur YT où démonter la pompe et le moteur se fait les doigts dans le nez, je me décide à opérer l’engin.

Première énigme : la pompe est-elle sur le côté ou en dessous de l’appareil ?

Je couche la bête sur le côté, elle se laisse faire gentiment.

Je repère deux vis. Et merde, ce sont des vis en étoiles à 6 branches.

Pour une fois, j’avais réuni à l’avance tous les outils, tourne-vis de différentes tailles, pinces, scie, perceuse, rouleau de corde, pince à épiler pour le fragment de verre, flacon stérile pour l’envoyer au labo d’anapath et pour relever les empreintes, une serpillère, une gourde, une couverture de survie, des bottes et une boussole.

Je n’ai pas de tourne vis en étoile.

La visseuse électrique !

Je redescends au garage, je la trouve et … ça marche.

J’ouvre la plaque sous mon pauvre lave-vaisselle, et je constate que — bien entendu —, ça ne correspond pas du tout aux promesses des tutos. Je repère vaguement la pompe et le moteur. Mais là où la pompe se déclipse d’un quart de tour sur YT, ici, elle est fixe. Et là où on dégage le moteur en tirant dessus, chez moi, il est attaché solidement à de nombreux éléments non identifiés.

Bon.

Je referme, penaud et déçu.

J’ai bien cru que j’allais épater mon épouse.

Eh bien non.

J’attendrais mardi, le jour où le réparateur travaille.

Je me promets de l’observer attentivement.

Et de me débrouiller seul la prochaine fois.

En attendant, quoi de neuf en ce samedi 25 avril ?

La classe virtuelle de mon fils de 15 ans d’hier matin ?

Il était à l’heure, a suivi sans trop de motivation les explications du prof de français qui a courageusement exposé les enjeux d’Antigone, la pièce de théâtre de Jean Anouilh. Le prof avait préparé des slides, des photos du livre, des réflexions, des notes.

La moitié de l’effectif seulement était présent.

Ce qui a un peu désespéré le prof.

—               Qui veut lire le prologue ?

Personne.

Je demande :

—               C’est quoi ton pseudo ?

—               Excecule HIP.

—               Pourquoi tu ne mets pas ton prénom ?

—               C’est plus marrant.

—               Mais comment tu veux que ton prof sache que tu as participé ?

—               On en fiche !

—               Mais pas du tout, l’assiduité va compter pour le brevet. Donc si tu ne donnes pas ton nom, le prof ne saura pas que tu es là. Et il te notera absent. C’est dommage, tu fais l’effort d’assister à la classe virtuelle, mais pour rien !

—               Ah ouais.

Son téléphone ne fait qu’annoncer des notifications de je ne sais quelle application — probablement snap.

—               Tu veux que je prenne ton téléphone pour t’aider à te concentrer ?

—               Ah non, je suis en lien avec toute ma classe.

—               Tu sais que tu es comme au collège, sans téléphone, attentif.

—               Mais tu sais bien qu’on bavarde en classe ! dit mon fils de 13 ans qui joue à la PS4 dans son coin.

—               Tu devrais en profiter pour travailler, toi aussi, au lieu de jouer ! je lui réponds.

—               Ah non, c’est mort, je ne travaille pas le matin.

Le prof pose des questions.

—               Tu n’essaies pas de répondre ?

—               Je n’ai pas de micro.

Ça règle les problèmes.

Et comme il bricole je ne sais quoi, j’interviens encore :

—               Écoute ce que dit le prof, profites-en !

—               Tu fais que râler ! Comment tu veux que j’aie envie de me concentrer si tu fais que me reprocher des trucs !

Il a raison.

Je descends.

Ma fille de CP m’attend pour faire sa page d’écriture. « oi ».

—               Tu me dictes les syllabes ?

J’entends la voix du prof de français, tout a l’air de bien se passer.

—               « poi », « loi », « doi »

Je remonte voir là-haut.

Mon fils est sur son téléphone.

—               Donne-moi ton téléphone !

—               Mais laisse-moi tranquille ! Dès que tu montes, c’est pour m’engueuler !

Je redescends.

—               Papa, reste avec moi ! me demande ma fille de CP.

—               Tu es grande, tu peux très bien avancer seule.

—               Non, je veux que tu restes là.

Alors je sors mes aquarelles et je peins à côté d’elle.

Je suis dispo si elle a besoin, je suis près d’elle, mais elle travaille tout de même en autonomie. Elle avance bien.

Et mon fils descend pour m’informer que la classe virtuelle est terminée.

—               Ça s’est bien passé ?

—               Ça va.

—               Tu as appris des choses intéressantes ?

—               Bof.

—               Antigone te passionne, maintenant ?

—               Non.

Sourire.

Je pense au prof qui se casse la tête pour faire découvrir des notions nouvelles à ses élèves.

Et les mêmes élèves qui n’en ont rein à battre.

Dur.

D’où vient ce manque d’ouverture ?

Ils n’ont aucun effort à faire, le prof leur sert le repas tout fait.

Mais même pas ils écoutent…

Et mon fils de 13 ans ? Sa SVT à finir ? Ses maths et son français ?

—               Pas tout de suite.

—               Quand ?

—               Plus tard.

Je sais, c’est pas bien, c’est pas comme ça qu’il faut faire, ce n’est pas à eux de décider.

Au déjeuner, mon fils de 15 ans me dit :

—               Demain, tu me réveilles à 10 heures ?

—               OK.

—               J’aime bien avoir la matinée pour faire les devoirs et être libre l’après-midi.

—               Génial ! je m’écrie ? Tu as tout à fait raison. Le matin, on est mieux. C’est motivant de savoir qu’on est tranquille tout le reste de la journée.

Après le déjeuner, mon fils de 13 ans vient s’assoir à côté de moi.

Et on fait les maths : la médiane d’une série. Vous vous en rappelez, vous ?

« On classe les valeurs de la série statistique dans l’ordre croissant : si le nombre de valeurs est impair, la médiane est la valeur du milieu. S’il est pair, la médiane est la demi-somme des deux valeurs du milieu. »

Et on enchaîne sur le français. Les préfixes et les suffixes. « Importer, reporter, reportage… », « apprendre, reprendre, apprentissage … »

—               Tu n’écris rien ?

—               Non, je le fais à l’oral.

Au fond de moi, je décide de laisser faire.

Il travaille, c’est le principal.

J’enverrai un message aux profs pour leur dit que Titouan travaille.

Mais qu’on ne rend rien.

C’est notre accord tacite.

—               Et voilà !

—               Je te félicite.

Il s’étire et me regarde.

—               Tu connais pas ça, mais j’adore cette impression d’avoir fini mes devoirs !

—               Tu me fais marrer !

Bon, ce matin, pris dans un truc, je n’ai pas pensé à réveiller mon fils.

—               Tu as oublié de me réveiller ? Pour une fois où je suis motivé ? Tu es sérieux ?

—               Tu peux mettre un réveil !

Mais il attaque ses devoirs, déterminé.

—               Tu as quoi à faire ?

—               Un exposé à présenter en 3 minutes.

—               Génial.

—               Génial ?

Il me regarde comme un extra-terrestre.

Quand il redescend, je lui demande :

—               Alors, cet exposé ?

—               C’est fait.

—               Tu as choisi quoi ?

—               Le Camp des Milles.

—               Tu veux nous présenter ton exposé ?

—               Non.

—               Tu nous expliques en 2 mots ?

—               C’est le camp de concentration d’Aix-en-Provence où ont été déportées 100 000 personnes.

C’est le camp qu’ils ont été voir en sortie scolaire dans les lointains moments où nous n’étions pas confinés. Sortie qui l’a beaucoup intéressé.

16h.

Qu’est-ce qu’ils font mes garçons ?

Mon fils de 15 ans fait son fameux dégradé américain à mon fils de 13 ans !

Ils s’engueulent :

—               Mais tu me fais mal !

—               Fais-moi confiance !

—               Mais ce n’est pas comme ça qu’il faut faire !

—               Eh frérot, fais-moi confiance.

—               Mais tu tiens la tondeuse à l’envers !

—               Ta gueule, tu me prends pour un blaireau ?

Mon épouse, qui se marre, lance alors :

—               Comme ça tu t’entraînes à coiffer des clients pénibles !

Mon fils de 13 se regarde dans le miroir :

—               Mais c’est pas droit !

—               C’est dur, qu’est-ce que tu crois !

Mon épouse lance :

—               Faut bien qu’il s’entraine !

—               Mais pas sur moi !

—               Sur qui alors ?

On rigole.

—               Tu comprends pourquoi les vidéos ça ne suffit pas !

—               Il va être haut ton dégradé !

—               Oh non !

—               Tu vois à quoi ça sert les études de coiffeurs ?

—               T’inquiète frérot, je gère !

Le plus beau des cadeaux !

23 avril

J-18 avant le 11 mai, ça commence à s’agiter dans les chaumières, on voit bien que le nombre de Français atteints par le Covid baisse, que le déconfinement s’organise dans certains pays autour de nous, on voit bien que rien ne sera jamais plus pareil, mais que la pagaille guette, que les blagues fusent sur les réseaux, et qu’au final, ce que le Roi veut, le Roi, a !

En attendant, l’école à la maison se poursuit.

Pour ma fille de CP, relâche hier, anniversaire oblige.

Mais un rendez-vous est tout de même prévu avec sa maîtresse en visio-conférence.

Et là, ERRATUM : la maîtresse a bien donné du travail pour le mardi 21 avril, mais je ne l’ai pas vu, n’étant pas allé spontanément sur le blog qu’elle a mis en ligne spécialement.

À 13h30, la maîtresse est présente, avec deux autres de ses petits camarades.

Ma fille est prête et tient un livre posé devant elle. Elle a gardé son pyjama ! Le rêve, l’école en pyjama !

C’est trop mignon.

Elle est impressionnée de retrouver sa maîtresse, mais très vite, elle est à l’aise. Elle adore sa maîtresse. Mais elle est un peu gênée parce que — occupé à suivre Christine et Mathias sur France4 —, on a un peu beaucoup zappé le travail qu’elle nos avait laissé.

—               Est-ce que vous allez bien ? Je suis très heureuse de vous voir ! Les parents, vous pouvez laisser vos enfants, je m’en charge !

Ok.

Je m’éloigne dans la chambre de ma fille de presque 17 ans qui se réveille à peine. De là, j’entends ce qui se passe dans la classe virtuelle.

—               Est-ce que vous avez préparé un texte à lire ?

—               ouiiiii !

—               Qui veut commencer ?

Ma fille se propose.

Je trouve ça génial. Elle que j’imagine si timide et qui avait l’air si impressionnée, elle se lance la première. En écrivant ces lignes, je pense à Tris, l’héroïne de Divergente qui a toujours rêvé de rejoindre la faction des Audacieux et qui saute la première dans la fosse, elle, discrète et réservée, issue de la faction des Altruistes.

—               Qu’est-ce que tu as choisis comme livre ?

—               « Le Loup qui n’aimait pas Noël ».

—               Vas-y, nous t’écoutons.

—               Ce matin-là, quand Loup se réveilla, tout était blanc dans la forêt. Enchanté, il s’habilla chaudement et sortit se promener.

J’écris ce passage de mémoire, mais comme on l’a pas mal lu et relu, et qu’il est assez court — ma fille ayant eu la flemme d’aller un peu plus loin —, je m’en souviens.

—               Merci pour ta belle lecture.

Elle est formidable cette maîtresse, bienveillante, douce, à l’écoute, encourageante, souriante.

Les petits camarades de ma fille expliquent ensuite ce qu’ils ont compris — reformulation et compréhension de la lecture —, puis lisent leurs textes.

Pendant ce temps, j’ai ouvert l’ENT, retrouvé — assez difficilement — le travail de physique de la veille que mon fils de 13 ans avait refusé de faire. Je l’appelle et le voilà qui se traîne jusqu’à moi avec une peine et une motivation débordante.

—               Allez, les volumes.

Cache ta joie, fils.

On prend une épuisette — mince, lapsus, je me vois déjà à la plage ! — une éprouvette graduée et contenant un liquide coloré, on note le volume initial, on plonge un corps solide dans l’éprouvette, on note le volume total et hop, on obtient le volume du solide !

Génial.

—               Et alors, maugrée mon fils.

—               Et alors rien, c’est une des manières de mesurer le volume d’un solide. Regarde si on plonge un poids de 100 grammes et un poids de 200 grammes, et bien ?

—               C’est le double.

—               Tu as tout compris, le volume et le poids sont proportionnels !

—               Formidable, je retourne jouer.

—               Hep, pas encore. Qu’est-ce qui est plus lourd ? Un kilo de plume ou un kilo de plomb ?

—               Le plomb.

—               Pourquoi ?

—               Parce qu’il est plus lourd.

—               Tu es certain ? Notion de densité : plus un corps est dense, plus son volume est petit.

—               Je peux partir ?

—               Pas encore. Il reste la masse volumique.

—               Qu’est-ce que j’en ai à battre de la masse volumique !

Du côté des CP, chacun raconte son meilleur souvenir de confinement.

Ma fille :

—               C’est quand j’ai ouvert mon cadeau d’anniversaire !

Son camarade :

—               C’est quand j’ai joué à des jeux de société avec mon Papa et ma Maman.

—               Et vous avez joué à quoi ?

—               … je me rappelle plus…

Et la dernière :

—               Moi, c’est quand j’embête ma Maman !

Et tous entonnent la chanson de ‘joyeux anniversaire’ à ma fille.

Elle trop contente.

Mais aussitôt les garçons s’en mêlent et viennent chanter. Mon fils de 15 ans sort de sa tanière et vient faire le pitre tandis que celui de 13 ans jailli lui aussi.

—               La masse volumique ! je rappelle à l’ordre.

—               J’ m’en bas les couilles de la masse volumique, répond mon fils du tac au tac.

—               C’est la masse sur le volume.

—               Ok, j’y vais.

—               Encore une minute, il y a des exercices !

J’arrive à le tenir deux minutes et il s’échappe.

—               Il y a de la techno à faire !

—               Jamais de la vie je ferai de la techno !

Bon.

On aura au moins approché la notion de masse volumique.

Masse volumique.

Pas très excitant, faut en convenir.

Même assez repoussant comme notion, non ?

À quoi ça sert de savoir que la masse volumique de l’argent est de 10,5.

Vous le savez, vous ?

Et d’abord, 10.5 quoi ? Vous les connaissez les unités de masse volumique ?

Mon fils de 15 ans se pointe.

—               J’ai fait tous mes devoirs. Et comme vous ne me croyez jamais, j’ai tout pris en photo.

Ok.

Tous les devoirs en 30 minutes, pourquoi pas. On vérifiera.

Du côté des CP, la maîtresse conclut :

—               J’ai été ravie de travailler avec vous, merci. La prochaine fois, on se voit en vrai !

Pas de nouvelle viso ?

Dommage, je trouvais que c’était chouette. Redonner du goût. De l’envie. Se remettre dans la réalité.

Je vais envoyer un message à la maîtresse.

En tout cas, elle a l’air déterminée à les revoir.

Chouette.

Blanquerre a l’air décidé à faire reprendre les CP et les CM2 en demi-classe dès le 11 mai, mais sur décision du maire et du préfet. Dans notre village, le nouveau maire a été élu au premier tour avec 70% des voies, balayant la liste de l’ancien maire. Mais le nouveau n’a pas encore pris ses fonctions — pas avant fin mai, d’après ce que je sais. Donc c’est l’ancien maire qui gère. Mais le nouveau n’entend se la laisser compter. Ambiance. Amusez-vous bien les amis pour prendre la décision de rouvrir les écoles ! N’oubliez pas que vous engagez votre responsabilité pénale pour « mise en danger d’autrui ! »

Tiens, d’ailleurs écoutons ce que dis notre Premier ministre à ce propos :

Enfin une explication claire, merci !

Gepostet von Matthieu Deshayes am Donnerstag, 23. April 2020
https://www.facebook.com/matthieu.deshayes.73/videos/1552396818249186/

Bon, trêve de plaisanterie.

Il y en a une qui ne plaisante pas, c’est la masse volumique.

Mais ça fait longtemps que mon fils de 13 ans a relégué cette noble notion au rebus des méandres les plus sombres de son cerveau. Inscrite au registre des pertes et tracas. Circulez !

Quand mon épouse rentre de l’hôpital le soir, et qu’elle demande à ma fille de CP comme s’est déroulée sa visio, ma fille répond :

—               Très bien, mais les garçons sont venus me foutre la honte.

Sacrés garçons.

Et le meilleur meilleur meilleur moment de la journée, c’est quand ma fille de presque 17 ans, mon fils de 15 et celui de 13 sont venus proposer à leur petite sœur de venir regarder un dessin animé avec eux.

Alors là, ses yeux se sont illuminés.

Après le dessin animé, elle est venue nous confier :

—               Je regardais Moi Moche et Méchant. Je leur ai demandé s’ils voulaient venir le regarder avec moi, ils m’ont dit non. Puis je les ai entendu discuter dans la cuisine « c’est son anniversaire… » Et ensuite, ils m’ont proposé de regarder Cars2 ensemble.

C’est pas le plus beau des cadeaux d’anniversaire ?

Une chanson pour finir ?

Enorme! Merci!

Gepostet von Matthieu Deshayes am Donnerstag, 23. April 2020
https://www.facebook.com/matthieu.deshayes.73/videos/1552399951582206/

Je vous aime

22 avril, J-19, il n’y a que les imbéciles qui sont heureux

Aujourd’hui, ma fille de CP à 7 ans !

7 ans que tu es avec nous.

Joyeuse, toujours de bonne humeur, souriante, sympa, câline, vive, débrouillarde, avec un sens aigu de l’observation, tu t’intéresses à tout, tu es curieuse de découvrir et d’apprendre.

Apprendre à reconnaitre les fleurs et les oiseaux, savoir pourquoi il y a du vent, pourquoi il y a des nuages, savoir ce qu’il y a après les galaxies.

Tu bricoles avec tes ciseaux et ta colle, tes feutres. Des mandalas, des livres d’histoires, des lettres, des hamburgers, des pizzas, des cabanes, des maisons, et tu dessines. Des tas de dessins.

Aujourd’hui, on aurait dû aller à l’équitation, mais, confinement oblige, tu joues avec tes chevaux playmobil à faire des sauts d’obstacle, à prendre soin de tes animaux, à nettoyer leur box avec beaucoup d’attention et de détails.

Bien entendu, tu es la dernière et tu te glisses à merveille dans le rôle de la petite fille qui aime bien être encore un peu le bébé de la famille, ce qui me plait bien, mais énerve tellement tes frères et ta sœur.

Surtout ton frère de 13 ans, un garçon si attachant, sensible, marrant. Passionné de trampoline et de trottinette, qui supporte mal d’être enfermé à la maison sans voir ses copains.

Tous les deux, vous vous cherchez sans cesse. Vous ne pouvez pas vous croiser sans un geste de provocation, sans une parole ou un cri. Et vous savez que ça me fait réagir au quart de tour.

C’est toi qui ramasses à chaque fois. Et tu trouves ça tellement injuste. Et tu as tellement raison. Tu as tant de colère et de rage en toi. Qu’est-ce qui te rend si agressif ? Tellement à vif ? Toujours agressé ?

Je voudrais tellement pouvoir t’aider.

Mais dans le fond, je suis comme toi. Je vrille à la moindre contrariété, à la moindre frustration. Et je ne peux pas te parler sans t’agresser. La moindre pointe de rébellion de ta part me fait dégoupiller. On ne peut pas faire quelque chose ensemble sans s’agresser ou se sentir agressé.

Comment on s’y prend, comment je m’y prend, aussi mal ?

Comment baisser la pression, dissiper cette spirale de violence entre nous, ne pas surenchérir sur tout, tout le temps ?

Tu ne supportes pas l’injustice. Du moins ce que tu considères toi, comme injuste. Ce qui peut être assez loin de la justice que nous considérons nous, comme ‘raisonnable’.

Je ne supporte pas la mauvaise foi.

Les sources de conflit sont innombrables, sans fin. Mais là où nous excellons tous les deux, c’est sur les devoirs. Alors là, on s’en donne à cœur joie. Les insultes et noms d’oiseaux volent. Laisse-moi t’expliquer ma difficulté : tu refuses de te mettre au travail et j’utilise toute l’énergie que j’ai pour te convaincre. Et il faut encore que je m’asseye à côté de toi pour que ça fonctionne. On commence, je suis négatif en énergie. Une fois que tu t’y es mis, ça va. Mais rapidement, tu refuses de faire ce qu’on te demande, tu refuses tout effort supplémentaire, ne serait-ce qu’une mini question pour approfondir. Et là, je craque.

Je craque sûrement parce que j’investis beaucoup de force de mon côté et que j’attends que tu en mettes autant du tien. C’est certainement là-dessus que je me trompe. Travailler est douloureux pour toi. Tu ne comprends pas la raison de ces exercices de maths sur les fréquences, ni de distinguer le poids et masse en physique, tu t’en branles carrément, je le vois bien. Mais que faire ?

Céder ?

Te laisser tomber ? T’autoriser à faire ce que tu veux ?

À mon sens, ce n’est pas ça aider son fils, ce n’est pas le rôle d’un père de laisser son fils tranquille dans son coin. Non, mon rôle est de t’aider à comprendre, de t’aider à prendre goût à apprendre, à travailler, à voir que derrière l’effort d’étudier, il y a la satisfaction de se diriger vers un but.

Mais quel but ?

C’est là que tout s’effondre.

Quel but ?

Je sais que tu fonctionnes à la motivation. Que sans motivation, rien n’est possible. Je suis comme toi. Mais il me semble que je parviens toujours à tourner les choses pour y trouver une motivation. C’est ce que j’aimerais te faire découvrir. Qu’on peut s’arranger avec les choses, les regarder autrement, même si je n’y arrive pas toujours et que tu pointes du doigt mes incohérences. On y arrive toujours. Mais toi, non. Tu te fermes. Je m’énerve. Tout est fichu.

Aucun compromis possible avec la réalité. Aucun écart. Aucun accommodement. Aucune conciliation. Tous les contrats que nous mettons en place, tu les romps. Toutes les décisions que nous prenons, tu les rends caduques, toutes les récompenses que nous instaurons tu finis par les refuser. C’est trop dur pour toi, je le vois bien.

Mais comment faire ? Abandonner ? Jamais. Pourtant, se serait tellement plus simple entre nous. Plus de conflit. Que le bon côté des choses. Mais je suis ton père et je ne suis pas là que pour le bon côté.

Nous habitons à la campagne. Loin des écoles différentes.

Trouver une autre manière de t’enseigner les choses.

Te déscolariser ne me semble pas une bonne idée, tu as tellement besoin de tes amis.

J’ai parfois l’instinct de penser qu’il faudrait que j’arrête tous mes projets, toutes mes activités et que je consacre tout ce temps pour toi. Que je sois réellement disponible et pas 5 min par-ci par-là, entre-deux.

Je n’y arrive pas.

J’en suis désolé.

Mon fils de 15 ans se débrouille, il est malin, il passe entre les gouttes depuis qu’il est petit, habitué à ne pas prendre trop de place entre sa grande sœur, très exigeante, et son petit frère qui nous occupe une grande partie de notre temps.

Tu te balades. Toujours entouré d’une foule d’amis sympas, très sociable, drôle, le marrant de la bande, grand, respecté, toujours de bonne humeur, toujours conciliant, aimable, répondant présent à chaque fois qu’on a besoin de toi.

Tu vis ta vie sans déranger, sans faire de bruit, dans ton coin, le sourire aux lèvres, insaisissable, coquin, tu bidouilles, tu magouilles, tranquille, « — T’inquiètes ! », mais petit à petit, je m’aperçois que tu n’en fous pas lourd non plus, tes notes s’effondrent, tu t’en fiches complet.

—               On est deux à ne rien faire dans ma classe, nous confies-tu hier au dîner. Mais là, en confinement, avec les parents qu’on a, on trinque !

—               Tu trinques ? Tu trouves vraiment ? Ça fait 3 semaines que tu ne fais rien ! Depuis hier , seulement depuis hier, j’ouvre l’ENT pour toi, je t’indique ce que tu as à faire, je te mâche le travail ! Depuis UN jour ! Et tu trouves que tu trinques ? Tu as vu les parents de X et Y ?

Tôlé général.

—               Ça y’est tu nous ressors les parents de X e Y ! Mais il n’y a pas que les parents de X et Y ! Il y a tous les autres qui sont normaux et qui laissent leurs enfants tranquilles !

Je n’y comprends plus rien.

Ils me demandent de les laisser tranquilles ?

Mais ????

—               Il n’est pas question une seconde de vous laisser tranquille ! Si vous étiez autonomes comme votre grande sœur — qu’est-ce que j’ai pas dit en parlant de ma fille de presque 17 ans —, je vous laisserais tranquille. Mais si on n’est pas derrière votre dos, il ne se passe rien. RIEN !

—               Les autres parents ils laissent leurs enfants tranquilles.

—               Et ils travaillent ?

—               Non. Personne ne travaille.

J’ai les bras qui me tombent.

Personne ne travaille.

OK.

—               Et ça vous satisfait ?

—               Ben oui, de toute manière, ils ne compteront pas le 3è trimestre, ajoute mon fils de 13 ans.

—               Mais pour toi, en 3è, il y a le contrôle continu.

—               T’inquiète.

T’inquiètes.

La flemme.

Je sais qu’on est en pleine période d’adolescence. Je sais. Je sais. Je sais.

Mais je n’ai pas le mode d’emploi.

Toi qui aimais tellement jouer aux Legos, fabriquer tes petits bidules, dessiner. Je sais que tu as 15 ans. Mais il n’y a plus rien qui t’intéresse. Et comme tu fais moins de bruit que ton frère et ta sœur, ça passe, tout coule sur toi.

J’aimerais tellement t’aider, toi aussi. Mais tout semble glisser sur toi, tu rigoles un coup et hop, pirouette, cacahouète !

Et ma fille de presque 17 ans ? Énigme parmi les énigmes. Douce, souriante, intelligente, sensible, vibrante d’indignation contre les violences faites aux femmes, contre les violences policières — notamment après avoir été copieusement gazée lors des manifestations étudiantes l’année dernière —, fervente défenseuse de la place de la femme dans la société — quitte à intervenir contre tes professeurs quand leurs propos fleurent bon le sexisme.

Tu m’as expliqué le Patriarcat, le manspreading ou man-sitting, concept développé par des féministes américaines pour désigner une posture adoptée par certains hommes dans les transports en commun, consistant à s’asseoir en écartant les cuisses et en occupant alors plus que la largeur d’un siège —, et le manswering quand un homme répond à une question posée à une femme, comme s’il niait les capacités de celle-ci à s’exprimer, voire son existence.

manspreading
manspreading passible d’amende à Madrid

Notre complicité dans l’écriture et le dessin, nos discussions de géopolitique et notre petit plaisir en découvrant que le piège des Russes et de l’Arabie Saoudite, en laissant couler le prix du baril et en réduisant leur production, s’est refermé sur Trump et son pétrole bitumineux dégueulasse, plongeant les entreprises productrices et les spéculateurs dans une merde noire — imaginez un peu, un jobard qui achète un contrat pétrolier depuis son salon, eh bien, il le stocke où son putain de pétrole, ce con ? Hein ? Alors il le bazarde, bien fait pour sa gueule à ce fils de pute ! Tu veux te faire du fric, bouffes-le ton brut ! Ça te fera peut-être passer l’envie de nous enfler, bâtard.

Nous partageons de longues discussions sur la vie, l’avenir — sombre, je trouve, et là non plus je n’ai pas beaucoup d’arguments pour te décrire la vie sous un autre angle que de profiter de ce qui reste tant qu’y en a — les copines, les copains, le rap — c’est toi qui m’a fait découvrir les talents incroyables qui existent dans cette musique —, tes coups de gueule, tes colères, tes désarrois, mais aussi tes moments de plaisir, des trésors, ton absence totale de compromis — point commun avec ton frère de 13 ans —, ton envie de partir de la maison, loin, de voler enfin de tes propres ailes — voler me semble plus prudent que conduire, tu vois ce que je veux dire ?

Mais tu n’as encore que presque 17 ans, et il va falloir probablement falloir patienter encore 1 an !

Vous l’avez compris, je vous aime tous les quatre, je vous aime le plus fort du monde entier. Je vous aime de tout mon cœur et de toutes mes forces. Même si je m’épuise parfois, même si je n’ai pas la patience souvent, même si mon énervement court-circuite trop souvent mon intention de prendre le temps de vous écouter, même si la vie quotidienne et son organisation diabolique l’emportent sur les petites attentions, sur les petits moments de complicités, même si les incompréhensions se télescopent parfois violemment.

Je vous aime.

Merci d’être là.

Ratatouille sauve le monde

21 avril, J-20 avant le déconfinement qui n’aura pas lieu

« Bonjour, Christine, je ne sais pas ce qui se passe aujourd’hui, mais rien ne va !

J’ai mal dormi, j’ai mal au ventre, j’ai mal à la gorge.

Et je ne sais pas pourquoi.

Il pleut depuis deux jours, c’est bon pour la terre et la nature, mais c’est long et ça ne me donne pas trop de courage.

Je n’arrive pas à lire, je n’arrive pas à écrire, tout m’énerve ce matin.

Je prends un sachet de Doliprane, mais ça ne va pas mieux.

Je n’ai vraiment pas envie.

Papa m’encourage, s’impatiente aussi un peu et me propose une partie de Mille Bornes. Que je gagne même s’il a la botte « véhicule prioritaire » !

Ce n’est pas facile de s’y remettre.

Il y a un boucan d’enfer dans la chambre des garçons, ça me déconcentre.

Comment on va faire ?

Je m’accroche.

—               J’ai mal à la gorge.

—               Tu as mal au pharynx, on a vu ce mot hier.

—               Arrête, c’est pas drôle. »

Qu’est-ce que vous pensez de tout ça, Christine ?

Vous avez l’air sereine, vous proposez de cueillir du thym dans le jardin.

Nous, on n’y est pas.

Le jardin est détrempé, il y a du thym dans la campagne, il est en fleur.

—               J’aime pas ma vie, se lamente ma fille.

Pour un peu, on la plaindrait, cette pauvre petite !

Ma cousine de Singapour vient de nous envoyer un message par Whatsapp nous informant que le gouvernement imposait un lock-down jusqu’au 1er juin. Ça rétropédale sec en Asie. J’ai lu qu’ils craignaient une seconde vague de contamination…

12h15, le bruit s’intensifie chez les garçons.
Rien du côté de ma fille de presque 17 ans.

Christine, elle, ne se lamente pas. Elle continue :

—               Écrivez le mot ‘thym’.

—               J’ai pas envie.

La dictée maintenant : « Le daim mange le thym dans le jardin. »

—               ‘jardin’ vous l’avez travaillé avec Mathias.

Mathias ?

Mince, nous on l’appelle François !

J’ai lu ce matin des posts sur tweeter à propose des violences policières dans les banlieues de

J’ai lu aussi que Macron s’apprêtait à aider nos grandes entreprises sans aucune contrepartie ( contrairement au Danemark et à la Pologne qui eux, n’aideront que les entreprises qui n’ont pas versé de dividendes, n’ont pas racheté leurs actions et n’ont pas d’activité dans un paradis fiscal — je ne sais pas si c’est possible comme engagement, mais l’intention y est.) Macron se contente de tenir pour préserver le vieux monde. Pas d’ambition de changement dans les actes. C’est malheureusement l’habitude de ces gens-là…

Bon, c’est vraiment trop dur aujourd’hui… on arrête après la dictée.

On fait ce qu’on peut.

Pas de nouvelle de la maîtresse.

On a des copains dont les enfants croulent sous le travail à faire.

Nous, mon épouse et moi, on fouille l’ENT de fond en comble pour dénicher de pauvres devoirs par-ci, par-là. Mais quelle lutte. Pas étonnant que les garçons – la tronche enfarinée – nous serinent qu’ils n’ont rien à faire.

On ne peut pas faire plus compliqué comme système pour démotiver les élèves. Il y a des devoirs dans la messagerie, d’autres dans l’accueil, d’autres sur Pronote, d’autres planqués dans certains cours du cahier de textes, mais pas tous, les profs qui ajoutent des devoirs à 12h15, quel merdier. Après, il faut leur répondre, certains sur l’ENT et pas par mail, d’autres par mail, mais pas par Pronote, d’autres sur tel mail et pas sur la messagerie, oh les frérots, ça vous dit pas de vous mettre d’accord ? Je veux bien faire un effort, mais là, vous poussez grave !

Allez, je monte faire l’état des lieux là-haut.

Ma fille dort.

—               Qu’est-ce qui s’est passé cette nuit ? je lui demande, curieux.

—               Laisse-moi.

OK.

Chez les garçons ?

Ils regardent Ratatouille.

Ils se sont inscrit sur la semaine d’essai de Disney +.

—               Y a tout !

Ouais, qui c’est qui paye ?

—               C’est gratuit pendant une semaine, on te dit, fais nous confiance !

!!!

Un pot de Pâte à tartiner bio ouvert et sacrément entamé est posé sur la PS4. Chacun sa bouteille de Coca. Bigre. Il s’est passé des choses ici cette nuit !

—               Vous avez ouvert l’ENT ? Vous avez regardé ce que vous aviez à faire pour la journée ?

—               Tu vas pas nous parler de travail au réveil !

—               Au réveil ? Il y a bientôt 2 heures que je suis monté vous réveiller.

Je jette un oeil.

Tiens, le prof de techno vient de poster une vidéo.

« Salut les élèves, voici une vidéo, c’est plus simple, on peut dire plus de choses. »

—               T’as vu cette vidéo ?

—               T’inquiète.

T’inquiète.

Ma fille de CP vient de les rejoindre devant Ratatouille.

Allez, moi je redescends prendre ma pause. Au calme, tranquille, loin de tout ça.

Advienne ce qui pourra.

Pangolin

20 avril, premier jour d’après les vacances

J-21 avant le 11 mai, soit 3 semaines d’école à la maison, soit une éternité, seuls les parents confinés et déconcertés s’accrochent à cette date qui déjà devient floue dans la bouche de nos dirigeants…

La reprise officielle de l’école à la maison.

Annoncée en fanfare hier par un mail.

Réapparition de la maîtresse qui crée un grand stress dans l’esprit de ma fille de CP.

—               Je n’ai pas fait le travail que la maîtresse a demandé…

Je me sens un peu coupable.

C’est moi qui me suis fixé sur Lumni.

La maîtresse propose à chaque élève de CP de choisir un texte, de s’entraîner à le lire afin d’être à l’aise et que ses petits camarades comprennent bien et qu’ils puissent en discuter ensemble. Elle propose une visio par petits groupes de 3. Cool. C’est stimulant. Pour ma fille, rendez-vous est pris mercredi à 13h30.

Je m’imagine qu’elle va donner du travail en attendant mercredi.

9h30, je réveille ma fille, sympa pour la rentrée. Pas de nouvelle.

10h, nous avons déjeuné, lu une histoire, La Marelle Magique, l’histoire de Gilles, 9 ans, qui découvre une marelle magique dans une vieille cabane abandonnée. Cette marelle le projette à l’âge de 20 ans. C’est formidable d’avoir 20ans, il invite la fille de la maîtresse dont il est secrètement amoureux, à boire un verre, mais se trouve sans argent au moment de payer… Dur, dur, d’être un adulte…

Pas de nouvelle de la maîtresse. Et d’un commun accord, nous décidons de retrouver Christine sur Lumni.

Ma fille est ravie de la revoir.

—               Bonjour à tous, ce matin, nous allons travailler ensemble le son ‘in’ qui s’écrit « ain », « ein » et « yn ».

Main, pain, ceinture, peinture, lynx et pharynx.

—               C’est quoi le pharynx ?

—               C’est la partie au fond de la gorge qui est rouge quand on mal à la gorge.

—               C’est le petit truc qui pend ?

—               Non, le truc qui pend c’est la luette.

Et PANGOLIN ? Ça s’écrit « in ». Comme lapin.

—               C’est quoi un pangolin ?

Savez-vous que le pangolin est le seul mammifère qui est recouvert d’écaille ? Qu’il est dépourvu d’agressivité et que sa seule manière de se défendre et de se rouler en boule ?

braconnage de pangolins

4 espèces de pangolins vivent en Afrique et 4 espèces vivent en Asie. Il grimpe au sommet des arbres, creuse des terriers profonds et mange des fourmis à l’aide de sa langue gluante. Les croyances africaines en font un être qui relie les morts et les vivants. La médecine traditionnelle chinoise en fait un être de virilité, et utilise les écailles en poudre pour régler les problèmes sexuels.

Qui dit virilité, dit bizness.

Qui dit bizness, dit pognon.

Qui dit animal sauvage dit braconnage.

Et voilà, on retombe sur nos pattes. Toutes les 5 minutes, un pangolin est prélevé dans son espace naturel, ce qui fait de lui le mammifère le plus braconné au monde… un commerce illégal qui rapporte autant que le trafic de drogue ou le trafic d’armes…

Pauvre bête, pas étonnant qu’elle se venge en nous refilant le SARS-CoV-2 dont il est porteur.

11h30, un mail de la maîtresse pour nous informer qu’elle nous joindra par téléphone la veille de la visio. Donc à priori, pas plus de travail d’ici mercredi que lire un texte.

Peut-être que je me trompe, mais on a bien fait d’aller retrouver Christine ce matin.

Et les autres ?

Les ados ?

Je les réveille à 10h30. Révolution, révolte, cris.

Puis quelques minutes plus tard :

—               Papa, l’ENT ne marche pas.

—               A 7 heures ce matin, il marchait.

—               Très drôle.

—               Donc, vous regarderez la veille ce que vous avez à faire pour le lendemain.

—               Ben non…

—               En fait, tu te planques derrière la saturation pour ne rien faire !

—               Mais non, … je travaillerai cette après-midi !

Grr…

Quelques minutes plus tard :

—               Papa, je sors cette après-midi.

—               Si tu veux, mais quand tu auras travaillé.

—               T’inquiète !

Je monte voir dans les chambres.

12h30.

Ma fille s’est rendormie.

Les garçons jouent.

—               Stop !

—               Quoi stop !

—               Tu quittes ta partie et on regarde l’ENT.

—               T’es méga lourd !

—               Tiens, l’ENT n’est plus saturé. Donc voici ce que les Profs ont donné.

—               Tout ça, je l’ai déjà fait !

???

—               Et ça ?

—               Je ne comprends pas ce que c’est.

Et c’est reparti !

En voiture Simone !

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