Depuis hier, on fait des maths.

Je vois que ma fille de CP a des difficultés avec le nom des nombres.

« 4 et 6 »

—           Ça se dit comment ?

—           C’est quoi le chef de famille des 4 ?

—           Trente.

—           Tu es certaine ?

—           Non, quarante.

—           Alors ?

—           Je ne sais pas.

Alors on répète les chefs de famille.

Et ça bloque à soixante. Ça ne rentre pas. Soixante-dix non plus, quatre-vingts et quatre-vingt-dix pas plus.

On répète.

Pareil pour les doubles.

Jusqu’à 14, ça va. 8+8 et 9+9, ça coince.

La maîtresse de ma fille a créé un blog.

Premier article hier : lire 30 minutes par jour, savoir les doubles (elle renvoie à l’émission de Laure sur les doubles tout au début du programme de France4 !)

—           Cool, nous on l’a déjà fait !

—           On l’a fait, mais tu ne les sais pas ! Allez, on répète ! 2+2, 3+3, 4+4, 5+5

Je me dis qu’il faut qu’on travaille le calcul tous les jours.

Ma fille n’utilise pas les astuces pour calculer plus vite, se référant toujours à ses doigts. Elle se trompe, forcément, et ne veux pas chercher autrement.

Probablement par manque de pratique.

Je m’interroge sur sa manière de fonctionner : elle va toujours vers la facilité. Elle compte sur ses doigts, ne cherche pas par elle-même, passe du temps à retrouver comment on avait fait avant en regardant dans le cahier. Comme si chercher et réfléchir lui demandait trop d’énergie.

Mes autres enfants eux aussi, filent vers la facilité.

Et moi ? Il me semble que la difficulté aiguise mes sens et me donne le goût de la découverte. Mais pas sûr. Peut-être que moi aussi je tends vers la facilité.

Il n’y a pas de raison.

Le soir, en tout cas, règne une certaine fébrilité parmi les garçons. Ils ont quelque chose à nous demander et ils savent qu’il va falloir négocier, que ça va être dur. Visiblement, ils se sont préparés.

Acheter un scooter ? Repeindre leur chambre ? Aller sur la Lune ?

—           Bon, se lance mon fils de 13 ans. On voudrait inviter un copain à venir se confiner à la maison.

—           Vous savez que ce n’est pas possible.

—           Mais il va nous aider pour mettre la table, débarrasser, ranger le jardin, installer la piscine !

—           Ce n’est pas ça le problème.

—           Alors c’est quoi ? Il est seul chez lui et il s’ennuie.

—           Je comprends. Mais on ne peut pas.

—           Mais pourquoi ?

—           Parce que c’est interdit !

—           Tu es toujours à te cacher derrière la loi. Il n’y a que ça, la loi ! Mais détache-toi de la loi !

—           Ce n’est pas possible. On est tous obligés de suivre la loi.

—           Surtout toi !

Je rêve, mon fils me traite de collabo ?

Bigre.

Je n’aime pas ça, me retrouver à défendre le côté de la loi.

—           Mais personne ne le verra !

—           Ce n’est la question. On se confine pour se protéger du virus.

—           Et combien de temps ça va durer ?

—           Je ne sais pas.

—           Mais tu me promets que dès que le pic sera passé, on pourra sortir ?

—           Je ne promets rien du tout.

Là, ma fille de presque 17 ans intervient avec un grand sourire :

—           Moi, j’ai une solution. Je vais me confiner ailleurs et vous pouvez accueillir le copain des garçons.

Facile.

Tranquille.

—           Eh non.

—           Mais pourquoi ?

—           Parce que c’est interdit.

—           C’est trop.

—           Toujours trop.

—           Je vais vous raconter le cas de la collègue de Maman : elle travaille tous les jours à l’hôpital et rentre tous les soirs chez elle. Elle vit toute seule. Elle pourrait se confiner ailleurs, chez des amis, chez sa famille. Mais non. Elle rentre chez elle. Et elle va passer tout le week-end de Pâques seule chez elle. Pourquoi elle fait ça ? Pour protéger les autres. Voilà ce que c’est le confinement.

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