6 mai, J-5

Ça commence à sentir la liberté, la joie de revoir bientôt les copains !

Hier, très difficile de faire travailler CP et 13 ans. Taoki refuse de lire avant d’aller s’éclater au ski et Philippe Auguste refuse de se rendre à la bataille de la Bouvine qui pourtant va faire basculer l’histoire et donner toutes ses lettres de noblesse à la royauté par rapport aux seigneurs : le Roi est capable de les fédérer et ainsi alliés, de les porter à la victoire, même un dimanche.

Il s’en fout.

Il a autre chose à faire.

Et ma grande ? Elle n’a rien à faire.

—               Regarde, il n’y a que le prof d’Histoire qui nous donne du travail. Même la prof de français ne nous donne plus rien.

Sur l’ENT/travail à faire/français : « révisions de l’oral du bac français »

—               C’est tout ce qu’elle nous indique. Tu trouves pas que c’est abusé ?

—               C’est effectivement très maigre comme consignes…

Les profs ont démissionné, eux aussi ?

Ils sont accaparés par la reprise des cours ?

—               J’ai une classe virtuelle demain matin à 9h30 en histoire et classe virtuelle de Géopolitique à 14h.

Voilà le travail qui arrive !

Tu parles.

La rage de ma fille ce matin :

—               La classe virtuelle d’histoire a duré 20 minutes dont 10 minutes à attendre que tout le monde se connecte ! Nous réveiller à 9h30 pour ça !

Je félicite tout de même la prof d’histoire qui a réussi à lever ma fille à 9h30, ce que je ne suis jamais parvenu à faire en 8 semaines de confinement.

Et celle de 14h ?

—               Trop long.

—               Ça parle de quoi ?

—               Du traité de Berlin.

Vous vous souvenez du traité de Berlin ?

Allez, un effort !

C’est la conférence diplomatique où le 13 juillet 1878, les Européens se réunissent pour redéfinir les nouvelles frontières des Balkans et les nouvelles frontières du Caucase.

Bon, c’est bien loin tout ça.

Mais cela préfigure de toutes les alliances qui demeurent encore maintenant.

Et c’est là que c’est intéressant.

J’aurais dit que le traité de Berlin était le moment où les Européens s’étaient partagés l’Afrique, avec le lancement des colonies, un truc de dingue avec du recul. Mais bon, je me suis trompé de peu. Avouez.

—               Passionnant tout ça, tu ne trouves pas ?

—               Non, pas trop.

Ce midi, je pense au blog de la maîtresse des CP : « Faites-discuter vos enfants sur la période qu’ils vivent actuellement. Elle peut être très anxiogène, les enfants sont des éponges qui absorbent les peurs et questions des parents sans toujours avoir la possibilité de l’exprimer »

Je pose la question à chacun d’eux.

—               Comment vous vivez cette période ? Vous vous sentez calme ou au contraire stressé ou anxieux ?

—               Très calme, me répond ma fille de presque 17 ans.

—               Nickel, répond mon fils de 15 ans.

—               Moi, je suis en vacances avant de reprendre les cours, dit mon fils de 13 ans.

—               Super ! dit ma fille de CP. C’est juste ma copine qui me manque.

Vous avez bien lu ‘vacances pour mon fils de 13 ans.

Parce que dans son esprit, reprise des cours seul dans la famille — sa petite sœur ne compte pas… — veut dire que « je ne travaille plus jusqu’à la rentrée. »

—               J’ai bien le droit à des vacances puisque je reprends les cours dans 15 jours.

D’ailleurs je m’aperçois que j’ai oublié de renvoyer le mail de confirmation à la CPE !

—               Non, tu n’es pas en vacances. Tu es à l’école à la maison en raison du confinement.

—               Je reprends, donc je ne travaille pas jusqu’à la rentrée.

Oups.

Ce confinement, on voit bien que ça sent la fin, non ?

Vous n’avez pas l’impression ?

Mes enfants vont à la rivière tous les jours.

La vie reprend un petit peu, les obligations repointent le bout de leur nez.

Ce matin, je suis allé faire une prise de sang.

Il y a du monde partout en ville.

Certes, la plupart portent un masque.

Mais il y a du monde.

Quasiment 20 personnes devant moi au labo.

Waouh, j’ai presque envie de repartir.

Je rencontre un copain, on tape la discute.

Et une technicienne me prend en charge.

Elle sait que je suis médecin et n’est pas très à l’aise.

Elle fait un truc bizarre. Elle décapuchonne l’aiguille et la pose dans son plateau. Puis elle prépare les tubes, pose le garrot, reprend l’aiguille et pique.

Il y a une erreur massive de stérilité.

Je ne sais pas quoi faire.

Je me tate pour lui dire. Et puis, tant pis, je laisse faire.

Mais tout de même, ça me turlupine et je finis par lui en faire la remarque :

—               Je pense que vous auriez dû ouvrir votre aiguille en dernier, juste avant de piquer.

—               Vous croyez, me dit-elle surprise. Mais j’ai nettoyé mon plateau.

—               Ce n’est pas suffisant. L’aiguille peut entrer en contact avec les parois et les tubes qui ne sont pas stériles.

—               Ah mais vous faites bien de me le dire, je fais toujours comme ça ! Grâce à vous, je vais faire attention !

Elle prend super bien ma remarque alors que j’imaginais que j’allais la démolir.

—               On devrait être évalué régulièrement, ajoute-t-elle.

Et moi je me dis « merde, j’aurais dû lui dire avant qu’elle me pique ! »

Bizarre cette manière que j’ai de me laisser faire.

Pour ne pas froisser les gens.

Parce que j’ai du mal à m’affirmer ?

Parce que ça m’est difficile de dire aux gens que ce n’est pas tout à fait comme ça qu’il faut faire ?

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