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C’est la loi!

Depuis hier, on fait des maths.

Je vois que ma fille de CP a des difficultés avec le nom des nombres.

« 4 et 6 »

—           Ça se dit comment ?

—           C’est quoi le chef de famille des 4 ?

—           Trente.

—           Tu es certaine ?

—           Non, quarante.

—           Alors ?

—           Je ne sais pas.

Alors on répète les chefs de famille.

Et ça bloque à soixante. Ça ne rentre pas. Soixante-dix non plus, quatre-vingts et quatre-vingt-dix pas plus.

On répète.

Pareil pour les doubles.

Jusqu’à 14, ça va. 8+8 et 9+9, ça coince.

La maîtresse de ma fille a créé un blog.

Premier article hier : lire 30 minutes par jour, savoir les doubles (elle renvoie à l’émission de Laure sur les doubles tout au début du programme de France4 !)

—           Cool, nous on l’a déjà fait !

—           On l’a fait, mais tu ne les sais pas ! Allez, on répète ! 2+2, 3+3, 4+4, 5+5

Je me dis qu’il faut qu’on travaille le calcul tous les jours.

Ma fille n’utilise pas les astuces pour calculer plus vite, se référant toujours à ses doigts. Elle se trompe, forcément, et ne veux pas chercher autrement.

Probablement par manque de pratique.

Je m’interroge sur sa manière de fonctionner : elle va toujours vers la facilité. Elle compte sur ses doigts, ne cherche pas par elle-même, passe du temps à retrouver comment on avait fait avant en regardant dans le cahier. Comme si chercher et réfléchir lui demandait trop d’énergie.

Mes autres enfants eux aussi, filent vers la facilité.

Et moi ? Il me semble que la difficulté aiguise mes sens et me donne le goût de la découverte. Mais pas sûr. Peut-être que moi aussi je tends vers la facilité.

Il n’y a pas de raison.

Le soir, en tout cas, règne une certaine fébrilité parmi les garçons. Ils ont quelque chose à nous demander et ils savent qu’il va falloir négocier, que ça va être dur. Visiblement, ils se sont préparés.

Acheter un scooter ? Repeindre leur chambre ? Aller sur la Lune ?

—           Bon, se lance mon fils de 13 ans. On voudrait inviter un copain à venir se confiner à la maison.

—           Vous savez que ce n’est pas possible.

—           Mais il va nous aider pour mettre la table, débarrasser, ranger le jardin, installer la piscine !

—           Ce n’est pas ça le problème.

—           Alors c’est quoi ? Il est seul chez lui et il s’ennuie.

—           Je comprends. Mais on ne peut pas.

—           Mais pourquoi ?

—           Parce que c’est interdit !

—           Tu es toujours à te cacher derrière la loi. Il n’y a que ça, la loi ! Mais détache-toi de la loi !

—           Ce n’est pas possible. On est tous obligés de suivre la loi.

—           Surtout toi !

Je rêve, mon fils me traite de collabo ?

Bigre.

Je n’aime pas ça, me retrouver à défendre le côté de la loi.

—           Mais personne ne le verra !

—           Ce n’est la question. On se confine pour se protéger du virus.

—           Et combien de temps ça va durer ?

—           Je ne sais pas.

—           Mais tu me promets que dès que le pic sera passé, on pourra sortir ?

—           Je ne promets rien du tout.

Là, ma fille de presque 17 ans intervient avec un grand sourire :

—           Moi, j’ai une solution. Je vais me confiner ailleurs et vous pouvez accueillir le copain des garçons.

Facile.

Tranquille.

—           Eh non.

—           Mais pourquoi ?

—           Parce que c’est interdit.

—           C’est trop.

—           Toujours trop.

—           Je vais vous raconter le cas de la collègue de Maman : elle travaille tous les jours à l’hôpital et rentre tous les soirs chez elle. Elle vit toute seule. Elle pourrait se confiner ailleurs, chez des amis, chez sa famille. Mais non. Elle rentre chez elle. Et elle va passer tout le week-end de Pâques seule chez elle. Pourquoi elle fait ça ? Pour protéger les autres. Voilà ce que c’est le confinement.

Seize madeleines à la fraise

22h40.

Allez, puisqu’on a dit qu’on y retournait, on y retourne !

On saute les révisions de vendredi, tant pis pour François et Agnès.

Et surprise !

Revoilà Christine, la maîtresse préférée de ma fille de CP. Et de son Papa il faut bien le dire !

Et bien, figurez-vous, Christine a changé de coiffure !

Comment elle a fait ?

Pour trouver un coiffeur ouvert, je veux dire ?

Parce que moi aussi j’irais bien chez le coiffeur.

En attendant, je vais passer à la tondeuse. On a appelé notre coiffeuse pour écouter ses conseils en matière d’achat de tondeuse et je vais du renforcement positif en laissant mon fils de 15 me démontrer ses nouveaux talents.

Son plan est prêt :

—           Je te passe à 15 partout, puis à 11 sur les côtés, puis 9 et 6. Et je te fais les contours à zéro.

—           À zéro ? Tu es certain ?

—           T’inquiète !

OK.

Bon, on n’a pas encore reçu la tondeuse, ça me laisse du répit.

J’espère que le confinement durera assez longtemps pour que ça repousse !

En parlant de confinement, les nouvelles ne sont pas très rassurantes, mais je vous en parle plus tard, je vois que je digresse.

Revenons à Christine, qui s’est donc fait un peu friser les cheveux. Franchement, chère Christine, je préférais avant. Mais vous n’avez pas perdu votre gentillesse.

Aujourd’hui, le son « ai » et « ei ».

Baleine, capitaine, treize, seize madeleines à la fraise, cool !

Et avec Christine, le retour de Laure !

Qui n’est pas allée chez le coiffeur. Meilleure confineuse que Christine ?

Laure, en tout cas, elle non plus, n’a rien perdu de son pétillant.

Et hop, la table des nombres et des calculs.

Et introduction de la notion « plus grand que » et « plus petit que ».

J’avoue, c’est mon épouse qui a fait l’école à la maison ce matin avec ma fille de CP.

J’avoue que j’ai eu du mal à laisser ma place.

Et du mal à ne pas venir mettre mon grain de sel au milieu de la séance.

J’ai bossé un peu, mais pas très loin, afin de ne rien manquer, et de ne pas être largué demain !

Ma fille a été très courageuse, bravo à elle.

Mon épouse est trop forte. Elle a fêté chaque réussite par les guilis et autres manifestations joyeuses, cool. Le changement de parent a autant de vertus que le changement d’enseignant !

Sinon.

Sinon, oui. J’y viens. Dans les nouvelles que j’ai entendues et lues ce jour. Martin Hirsch qui prévient de ne pas trop se réjouir, qu’il ne faut pas attendre le fameux ‘pic’ d’épidémie, qu’il n’y aura pas de pic. « Un pic, ça monte vite et ça descend vite. Actuellement, les chiffres montent un peu moins vite. Nous arrivons probablement à un plateau ». Plateau = confinement long.

L’autre publication déprimante, c’est le bulletin de prévision de Neil Ferguson et consorts, ceux-là mêmes qui avaient motivé notre Macron à confiner. On en parle ce soir au dîner :

—           Allez les enfants, petit quizz. Sachant qu’il faut au moins que 60 à 75% de la population française ait été en contact avec le virus pour qu’on se considère comme immunisés et débarrassés du covid, d’après vous, au J21 de confinement, quel pourcentage de la population a été en contact avec le virus ?

—           90% !

—           Euh, non, malheureusement.

—           Ah, ça doit être moins ! 20% !

—           15% ?

—           Non, c’est pire. 3%…

Vous avez bien lu, seuls 3% de la population française aurait été en contact avec le virus aujourd’hui, 6 avril, selon Ferguson…

3%

La conclusion de la publication ? « Le confinement va être long. »

Merci les gars de nous remonter le moral, c’est cool, thanks !

3%. C’est le déficit autorisé par la Commission européenne… C’est dire si on est dans la merde…

À Dieu va !

Quelle est la bonne technique pour réveiller des ados décalés qui dorment le jour et vivent la nuit ?

J’ai essayé plusieurs méthodes et je vais tacher de vous en donner les résultats.

1—la méthode sympathique

À part le fait qu’elle soit sympathique, elle ne mène à rien.

—              Hello les enfants, c’est l’heure de se lever !

—              On non, pas déjà.

Ils se retournent et se rendorment.

2—la méthode rigolote

—              Hello les kids, debout, c’est l’heure de l’école à la maison ! L’heure des devoirs !

Et je me jette sur eux, chatouilles, guiliguilis, petite chanson dans les oreilles, gratouilles dans le cou, titilles sur la plante des pieds, rigolades.

—              Papa, laisse-moi, t’es relou, arrête !

Et ça gigotte et ça se débat et ça crie, proteste, râle, se plaint, supplie, se lamente.

Et ils se retournent et se rendorment à peine je cesse.

Échec.

3—la méthode idiote

—              Salut les enfants !

Et vlan, une bassine de flotte glacée sur la tronche.

Au moins ça les laverait, me direz-vous ?

Eh bien figurez-vous que l’image de l’ado allergique à l’eau et au savon et qui pue la transpiration a fait long feu. Un ado 2020 est propre comme un sou neuf, rasé, épilé, luisant de gel et de déo. Et notre pauvre planète les conjure désormais de limiter les douches à mille litres chacune.

Je n’ai pas essayé.

4—la méthode personnalisée

Pour ma fille de presque 17 ans, je m’assois sur le bord de son lit et lui pose quelques questions.

—              Coucou, ça va ? Qu’est-ce que tu as fait cette nuit ? Tu as dessiné ?

—              Comment vont tes copines ?

—              Tu t’en es sortie avec ton devoir d’Histoire ? C’était sur quoi ?

Sur la Grande dépression et la Belle Époque entre 1873 et 1911.

Très intéressant. La société essentiellement agricole, qui cultive son petit lopin de terre et maîtrise donc la chaine de production de son alimentation invente le concept de spécialisation des tâches, ou comment ne pas tous faire la même chose, mais s’occuper chacun d’un morceau de la chaîne. D’où meilleure rentabilité, mais perte du contrôle de la chaine à l’échelon individuel.

Ceci est mon interprétation personnelle de cette période et n’implique que moi.

Mais nous discutons tous les deux des débuts de l’industrialisation, des fondements de la mondialisation et l’origine de la crise sanitaire que nous vivons avec la délocalisation massive de tous les produits et services dont nous manquons cruellement aujourd’hui pour assurer notre fonctionnement et notre sécurité.

Le but est de la faire parler suffisamment pour ne lui éviter de se rendormir, de la stimuler suffisamment pour réveiller ses centres nerveux, de l’intéresser et de l’impliquer suffisamment pour la tirer hors du brouillard qui plane encore dans son esprit. C’est la méthode qui fonctionne le mieux et qui est la plus agréable. Pas la plus rapide, mais la plus conviviale.

Pour ma fille de CP, câlins, chansons, histoire, guili, ça marche à fond.

Pour les garçons ?

—              Tu sais Papa, je vais t’expliquer la méthode la plus efficace pour nous réveiller le matin. Tu viens nous voir avec des tartines grillées et beurrées !

Et pourquoi pas ?

Le confinement prend des allures insoupçonnées…

—              Papa, ils ont annulé le BAC ! annonce ma fille de presque 17 ans au moment de passer à table ce midi.

—              Et le Brevet, ajoute mon fils de 15 ans.

Ça leur fait un choc.

Ma fille semble ébranlée. Ce bac dont elle entend parler depuis qu’elle est née. Il disparait, englouti dans les affres du Covid-19. Elle n’en revient pas. Comme si elle réalisait brutalement la réalité de la pandémie, comme si elle était touchée concrètement personnellement pour la première fois depuis le début de la crise.

Mon fils de 15 ans ? Pas du tout.

Il est tout sourire.

Trop content.

—              Allez, blah ! Fuck le Brevet !

—              C’est dingue…

Et là, au milieu de la discussion, la petite voix de ma fille de CP :

—              Est-ce que vous savez qu’est qui y a derrière l’univers ?

Blanc.

Mon fils de 13ans :

—              Ben, derrière l’univers, il y a l’univers !

Ma fille de presque 17 ans :

—              Il n’y a rien. C’est l’infini. L’univers est en perpétuelle extension.

Pas certain qu’elle comprenne les explications des aînés.

Et mon fils de 15 ans ?

—              Qu’est-ce qui y a après l’univers ? Vous voulez savoir ? Je m’en bats les couilles !

Je me disais…

En tout cas, là, ma fille de CP comprend…

—              Bon, en tout cas, les devoirs que vous rendrez seront importants pour le 3è trimestre.

—              T’inquiète Papa, me dit mon fils de 15 ans en remontant dans sa chambre.

La saison 4 de la Case de Papel vient de commencer…

On n’y peut plus rien.

Les vacances commencent ce soir.

À Dieu va !

Après la guerre…

30 mars

Après la guerre, le calme.

Le calme…

Ce matin, on ouvre les yeux à 8h, on a oublié de décaler le réveil !

Mon épouse est hyper à la bourre.

Elle part pour 24 h à l’hôpital, de garde cette nuit aux urgences.

Demain matin, j’aurais des nouvelles fraîches de l’état d’esprit là-bas.

Mon épouse courageusement partie, je me laisse un peu de temps pour mes activités.

Je travaille un peu à mon roman NOIR

(NOIR, chapitre par chapitre http://noir.vasyraconte.fr/)

Puis je réveille ma fille de CP :

—              Coucou, l’école va bientôt commencer ! Tu viens avec moi ?

Ma fille se jette dans mes bras.

—              Bonjour Papa !

Le petit déjeuner est prêt, jus d’orange, céréales, mille Bornes.

Et en avant pour Lumni, l’école à la maison de France 4.

Et là, première surprise, ce n’est plus Christine qui présente le français, mais Sophie.

Avec les différentes manières d’écrire le son « o ».

Domino, lasso.

Crapaud, jaune.

Cadeaux, gâteaux.

« L’astronaute plante son drapeau sur la Lune »

« Elle n’écrit pas bien les « o » et les « a », elle oublie le petit trait devant.

Pour les mathématiques, pareil, changement de maîtresse.

Calcul mental : 32+44.

Direct.

Elle explique, ma fille ne comprend rien.

—              Si tu ne sais pas comment faire, ce n’est pas grave, c’est ce qu’on va apprendre ce matin.

Elle additionne les dizaines, puis les unités, donc 7 dizaines et 6 unités, 76.

Là, on a perdu ma fille.

Et bien, 2è surprise, je la laisse 2 minutes pour aller boire un verre devant la 3è opération et quand je reviens, elle a réussi. Et en redemande. 37+28=65. Elle veut continuer. Je suis même obligé d’interrompre le programme pour qu’on fasse encore des calculs. Ma fille se découvre une passion pour les maths. Elle va tout casser en calcul, faire une prépa et devenir astronaute, c’est certain. Je la vois déjà avec jouer au lasso avec son drapeau jaune sur la planète des dominos.

Bon.

Belle découverte.

On s’est éclaté.

Et mine de rien, il est midi.

Midi !

Et mes ados ?

Tranquille, ils dorment.

Allez, réveil !

Oh, doucement, qu’est-ce qu’on mange ?

Et, 3è surprise, à la fin du repas. Je demande à mon fils de 13 ans de rester pour que je lui montre les devoirs à faire.

—              OK.

OK ?

Waouh, génial.

Je lui ouvre l’ENT. De l’espagnol. Mon fils grimace, mais ne fait aucun commentaire. J’imprime les exercices et les leçons – 7 pages en tout, ce n’est pas rien – et les lui tends.

—              Tu veux qu’on fasse ça ensemble ?

—              Non, t’inquiètes.

Et il monte dans sa chambre. Pour en redescendre une heure après avec les devoirs faits !

Chapeau fiston.

—              Bravo, mon grand, c’est chouette.

Un peu plus tard, on se retrouve tous pour goûter. Ils me montrent des vidéos marrantes.

—              Une question, à combien vous estimez votre temps passé à regarder des vidéos ?

—              Au moins dix heures, avoue mon fils de 13 ans.

—              Dix heures ?

—              Déjà de 23h à 5 heures du matin, plus la journée.

—              5h du mat ?

—              Ben oui, j’arrive pas à dormir.

Ouille.

—              Demain, je vous réveille à 8h !

—              Tu peux toujours essayer, t’y arriveras pas !

28 mars

Chère Christine, chère Laure,

Chère Christine,

Grâce à vous, tous les matins, ma fille de CP à lu, écrit et manipulé les sons in, oi, oin et ui.

Et même si elle les mélange et les confond encore pas mal, elle vous retrouve et apprend avec envie et plaisir.

Voici notre rituel.

Je la réveille à 8h30. En théorie du moins, car l’horaire a glissé petit à petit vers 9 h en fin de semaine. Mais promis, dès lundi, je reprends le rythme de 8h30.

Nous petit-déjeunons en jouant au Mille Bornes et nous commençons.

Comme ça va un peu vite, j’enregistre l’émission, fais des pauses et lui laisse le temps de lire, réfléchir, écrire.

Et nous avançons tranquillement, installés sur le canapé, pour un moment de complicité sympa rien que tous les deux.

Je découvre alors que ma fille est :

-un peu flemmarde (elle va fouiller dans les pages précédentes pour regarder les mots déjà écrits plutôt que de chercher dans sa tête et de trouver elle-même)

-qu’elle n’est pas très persévérante (elle se décourage vite), mais que la motivation que je peux lui apporter la pousse à poursuivre,

-qu’elle a du mal à tenir la longueur (français et maths, ça allait en début de semaine, mais dur dur en fin de semaine !)

Mais qu’elle s’accroche et qu’elle se lève avec entrain pour découvrir le son du jour !

Merci pour votre gentillesse.

Ma fille a adhéré immédiatement à votre cours.

De mon côté, je me suis pris au jeu aussi et je m’applique à faire des lignes d’écriture – ce qui me fait le plus grand bien !

La fin de la semaine a été difficile et la motivation s’est étiolée.

Alors désolé, chère Laure, mais nous n’avons pas assisté à votre dernière leçon de mathématique. Mais ne vous inquiétez pas, elle est enregistrée et  nous essayerons de la rattraper ce week-end!

En tout cas, je tenais vous remercier pour l’enthousiasme que vous apportez à l’apprentissage des nombres, du calcul et des problèmes.

C’est avec une grande joie que ma fille manipule les LEGO (moi j’ai droit de le dire !), les boites d’œufs, les sacs de 10 bonbons, et avec fierté qu’elle annonce « 50 » et « 75 » au Mille Bornes au moment de déposer les cartes des kilomètres !

Merci à toutes les deux !

Et à la semaine prochaine !

Après, plus tard, pas maintenant, la flemme, pas envie, trop crevé, …

11h30, j’appelle mon fils de 13 ans pour qu’il descende faire son travail en Arts plastiques. Thème, « se mettre au vert », 5 pages de consignes avec des dessins, des modèles, des notions, Guiseppe Penone qui explique sa sensibilité particulière aux effets réciproques entre hommes et nature. Ça me donne trop envie, j’ai plein d’idées.

—   Non, je ne peux pas descendre.

—   Pourquoi ?

—   Parce que je ne peux pas.

—   Quand, alors ?

—   Après.

Après, plus tard, pas maintenant, la flemme, pas envie, trop crevé, …

La prof a fourni des œuvres de Penone, des photos de Yann Arthus Bertrand et des reproductions de Douanier Rousseau. Je trouve ça chouette. Je m’aperçois que c’est trop cool d’être élève, d’apprendre, d’approfondir, de créer. J’adore l’histoire et j’ai envie de m’y plonger, j’adore la géopolitique, je vois avec admiration ma fille apprendre les sons et les nombres, et je regarde avec dépit mon fils de 13 ans mépriser les notions d’identité légale et personnelle en EMC — il ne comprend ni l’intérêt ni le sens d’apprendre ça, moi je trouve ça extra —, détester les volcans en SVT — ça l’emmerde profondément, moi je regarde avec intérêt les vidéos sur les volcans effusifs et explosifs, les schémas, l’apparition des îles plates ou iles pointues, la tectonique des plaques, les évolutions de notre terre. Lui, il s’en cogne…

Je ne comprends pas.

J’ai été certainement comme ça.

C’est maintenant qu’il faudrait que j’aille à l’école, c’est maintenant que je suis ouvert et que j’ai envie d’apprendre, de lire, de découvrir, d’aller plus loin, de creuser.

Ils ont toute la journée pour travailler, se cultiver, approfondir, reprendre, lire, écouter, regarder…

Après, plus tard, pas maintenant, la flemme, pas envie, trop crevé, …Ils ont envie d’école buissonnière, de liberté, d’aller voir leurs copains, de se marrer, de faire des conneries.

Qu’on les laisse tranquille.

Mais ce n’est pas possible, les enfants, pas possible !

—   C’est bien toi, ça. Toujours trop rigide, rabat-joie, pas marrant.

Qu’est-ce qu’ils font alors ?

Ils communiquent avec leurs copains.

Ils se gavent de vidéos débiles.

Ils jouent beaucoup.

Hier, ils sont allés tous les trois faire du vélo.

Et moi, qu’est-ce que je fais ?

Je régresse, fais des lignes d’écriture avec ma fille de CP, joue aux Mille Bornes, lis des histoires de ‘Mes premiers j’aime Lire’, joue aux Playmobil, cherches les 7 différences, trouve des rébus, raconte des blagues, regarde le vent qui agite les jeunes feuilles de notre tilleul…

Ça va être long, au secours !

28 avril… mon Dieu que ça va être long…

Moi, j’ai plein de choses à faire, un storyboard à finir de dessiner, plusieurs scénario à travailler, un blog à animer, un site internet à mettre en place, 3 romans à relire et corriger, des histoires à écrire,  2 séries à poursuivre, des tas de bouquins commencés. De ce côté, de toutes manières, je n’aurais jamais fini.

Mais les enfants?

Qu’est-ce que je vais faire d’eux?

Comment je vais arriver à les motiver? A éviter la transformation inéluctable en consommateur exclusif de contenus réducteurs et peu évolués ( pour pas dire totalement débiles ) pour qui il faudra installer la 10G afin qu’ils ne développent pas un syndrome de manque.

Je me sens un peu découragé aujourd’hui.

Pas très confiant.

Las.

Bon, on va manger, ça ira mieux.

Très dur aujourd’hui. Ça ne s’arrange pas.

Il parait que c’est le 10e jour le plus difficile.

Je ne veux pas abandonner mes enfants mais s’ils ne mettent pas du leur, je demissionne.

Je m’enferme dans une pièce et je n’en sors plus.

Je sais que ce n’est rien par rapport aux soignants qui luttent au quotidien sans masque, rien par rapport a tous ceux qui sont enfermés dans 30 m2 en ville, rien par rapport a tous ceux qui survivent en réa mais aujourd’hui, c’est trop dur.

Plus une panne de courant, dans l’après-midi.

– Mais Papa, qu’est-ce qui se passe?

– Une panne de courant.

– Mais je n’ai plus de batterie!

– Ça va durer combien de temps, Papa?

Ma fille de presque 17 ans:

– Mais tu ne fais rien?

– Qu’est-ce que tu veux que je fasse?

– Mais c’est ton rôle de faire quelque chose!

Il faut que je dépanne le reseau maintenant….

Ce soir à table:

– Vous arrivez a envoyer vos devoirs sur ENT?

– Impossible. Tiens écoute les messages de la classe : -vous avez réussi à envoyer la chimie. – Non. – Ca marche pas – Y avait de la chimie?

La question du jour?

Comment faire pour mobiliser mon fils de 13 ans qui s’en balec?

Putain, comment faire?

Il ne fait rien tout seul.

Pire, il s’en tape.

Comment faire?

Je l’abandonne?

Je fais à sa place?

Je l’assiste.

Je le punis?

Je l’enferme?

A l’aide.

Ce soir, je suis épuisé.

Et l’école à la maison ?

Mardi, deuxième jour de la deuxième semaine.

8h30, réveil de ma fille de 7 ans.

Pas trop difficile.

L’idée de retrouver Christine et Laure, ses nouvelles maîtresses de France4 la réjouit. Petit dej avec des céréales et du lait et hop, en place, cahier ouvert, crayon à la main.

Lecture, le son « oi ». Lecture d’un petit texte, mieux qu’hier. Elle s’habitue.

Puis écriture : « Le toit de la cabane est froid ».

Ouille, dur, dur, cafouillage au mot ‘cabane’, perte de contrôle.

—           Ça va trop vite !

Elle reprend pied avec Laure dans la partie calcul. Des dizaines représentées par des boites de 10 œufs, des œufs tous seuls, des calculs, ouille, ouille, ouille. Ça se termine par un calcul pour demain : 48 œufs + 17 œufs.

Pour un deuxième jour, ça pique !

La seule chose que retient ma fille, c’est :

—           Des devoirs pour demain ? Mais c’est pas possible ! Demain c’est mercredi !

Séance intense.

Récupération par 2 parties de Mille Bornes.

Après, tout se complique dramatiquement.

Je laisse les garçons tranquilles parce que se profilent, le programme des 5è sur France 4 à 14h puis la classe à la maison des 3è sur le CNED : un cours de français.

Prudemment, j’enregistre le programme France4. Je connais l’élève.

Mais malgré que ce soit moi – en partie – qui l’ait fait, malgré que ce soit MON fils, que je l’aime, que je le pratique depuis des années, il n’y a rien à faire.

Décrochage au bout de 30 secondes. Je commente, j’essaie de la motiver.

—           C’est barré.

Faut dire que la proposition subordonnée relative expliquée par une prof – certes gentille – mais qui lit ses feuilles à l’écran à un enfant qui ne rêve que de retrouver ses potes ou de finir sa course sur GT6, comment dire, vous m’avez compris ?

On se rattrape avec les maths ? Aie, aie, aie, pas vraiment. Les nombres relatifs positifs et négatifs. Expliqués avec des parcours de golf où des joueurs réussissent leur PAR, le dépassent où l’explosent, comment dire, bof bof.

Décrochage assuré.

Bon, retour au programme ENT.

De l’Anglais ‘some, many, how many, not enough’

Ben justement, pour lui c’est too much.

—           En fait, tu ne comprends rien en Anglais !

Je fais semblant de le découvrir, mais ce n’est pas tout à fait vrai, je le sais depuis longtemps.

Et ben pas de chance pour lui, mon épouse a dégoté des cahiers d’exercices en Anglais de 6è.

Je lui sors et lui pose devant les yeux.

—           Allez, une leçon par jour.

—           Tu déconnes…

—           Je t’interroge ce soir.

—           Tu ne peux pas me faire ça !

—           Et si !

—           Je préfère mourir.

—           Arrête de raconter n’importe quoi, allez zou !

Et pendant ce temps-là, comment ça va du côté de ma classe pour tous ?

C’est la foire totale.

—           On n’entend pas le prof !

On entend en revanche les élèves !

—           Eh monsieur ! Vous êtes là ?

—           Qu’est-ce qu’on doit faire ?

26 élèves connectés. Certains avec leur pseudo tout nickel, nom et prénom, les autres, forcément… coco le rigolo, annabelle la belle, et tous les anagrammes possibles du prof ! Que je ne peux vous reproduire par souci de confidentialité, mais quelle rigolade ! Quelle imagination ces 3è.

—           Ta gueule ! on n’entend rien.

—           Pas de gros mots !

—           Qui parle ?

—           Est-ce que quelqu’un peut m’expliquer ce qu’il faut faire ?

Derrière tout ça, un faible grésillement de prof, vraiment inaudible. Et des diapos qui passent, et la tension qui monte. Les élèves quittent la salle, reviennent avec des noms de plus en plus sauvages, mon fils se bidonne, snap explose de commentaires, ça bordelise un max.

Et puis un Kenny#4 apparait.

Il joue à Fortnite pendant le cours.

Tout le monde éclate de rire, c’est la poilade générale, les blagues fusent.

Jusqu’à ce que quelqu’un se demande qui est ce fameux Kenny#4.

Et que le prof finisse par jeter l’éponge

« je cesse définitivement les classes virtuelles au motif que certains éléments se comportent de manière déplacée et que d’autres éléments visiblement extérieurs à la classe viennent compromettre de manière intolérable la réussite de cette classe. »

Fin de partie.

Pas sûr qu’ils soient fiers d’eux.

—           Bon, il te reste des maths à faire.

—           Ok.

Et ma fille de presque 17 ans ?

Elle est sous les mers, 1,2 millions de km de câbles sous-marins ont été déployés entre les différents continents et permettent la diffusion des flux d’internet.

—           Tu sais qu’en 2018, en 60 secondes, on compte 1,5 million de titres écoutés, 65 000 photos instagram téléchargées, 243 000 photos Facebook, 400 heures de vidéo YouTube regardées, 3,8 millions de requêtes Google, 156 millions de mails envoyés et 18 000 matchs sur tinder !

C’est un peu too much, non ? Tout ça pour des photos de chats…

Super relou

Pour moi, l’école a déjà repris dimanche soir à 22h.

Connecté à l’ENT, je recueille patiemment les données. J’enregistre les captures d’écran où sont indiqués les instructions (pour m’y retrouver, mais aussi pour leur prouver que ce n’est pas moi qui invente les consignes), j’imprime les exercices, je jongle entre le cahier de texte, pronote et la messagerie. Mais ça, vous le savez et vous faites comme moi, j’imagine.

En tout cas, moi qui rechignais à utiliser cet outil numérique sombre, je vais devenir un expert.

Content, prêt, motivé je me couche satisfait.

La bonne surprise du matin, c’est ma fille de CP que je réveille à 8 h 30, à peine mon épouse partie en direction de l’hôpital, plutôt tendue et stressée, elle qui est d’un naturel confiant et enthousiaste, ce qui n’est pas un très bon signe.

Ma fille, donc, saute de son lit, impatiente de découvrir l’école à la télé (une bonne occasion de regarder la télé avec son papa !)

Le programme de FRANCE 4 commence à 9 heures pile par 20 minutes de lecture et d’écriture avec une maîtresse assez impressionnée par son premier cours, mais qui est super. Ma fille adhère immédiatement. Aujourd’hui, le son « -in » qu’on peut écrire de plein de manières différentes, qui peut être placé devant un mot en le transformant en son contraire (visible, invisible). Puis une seconde maîtresse enseigne les mathématiques avec les doubles, le tableau des nombres de 0 à 99, des calculs et des problèmes.

Franchement, génial. Merci à ces deux maîtresses.

Super programme que je recommande vivement.

Ma fille est prête pour demain.

Les cours de collège ont lieu de 14 à 15 heures.

On va voir ça avec les ados.

J’ai hâte !

En attendant, je les réveille à 10h30.

Sympa, non ?

Ils ont regardé des films jusqu’à 2 heures du mat.

—           Début des devoirs à 11h !

—           Mmmmmh.

Au petit dej, je leur parle du programme de France 4.

La réaction est immédiate !

—           Puisqu’on travaille à 14h, pas la peine de travailler ce matin !

—           Je… comment dire ? Comment voulez-vous qu’on ne se dispute pas si tes premières paroles sont déjà négatives ?

—           Ok. Je vais d’abord aux toilettes, me laver les dents (tiens, c’est nouveau ça), m’habiller.

—           Et moi, je sors 5 minutes dans le jardin.

11h35.

Les garçons ne sont toujours pas revenus.

Moi j’en profite pour écrire ce billet.

Mais il va falloir que je rassemble les troupes.

Et qu’on s’y mette !

Le principal adjoint du lycée appelle.

—           Votre fille n’a pas indiqué la spécialité qu’elle voulait abandonner.

—           Désolé. J’ai rempli plusieurs fois le formulaire, elle n’a pas dû vous le donner.

—           Ne vous inquiétez, pas. Comment se passe son confinement et sa continuité éducative ?

—           Ben, on va dire qu’elle rend doucement ses marques. Il me semble qu’elle a pris conscience qu’il fallait qu’elle se mette au travail. Et vous, ça va ?

—           Ça va. Je suis au télétravail.

—           Bon courage.

—           Merci, à vous aussi.

11h45, pas de trace des garçons.

C’est bientôt l’heure de préparer le repas.

Tiens, en voilà un qui redescend !

Ah, il cherche son chargeur de téléphone.

Une demi-heure plus tard.

Je tente la table commune avec les 3 ados.

—           Tiens, c’est ce que tu as à faire.

—           Hahaha.

Il se marre parce que sa sœur lui montre une photo d’il y a quelques mois.

—           Donc, je disais que …

—           Hahaha.

Il se marre de la vidéo que regarde son frère.

—           Eh, on travaille !

—           Ouais, je termine mon verre de lait.

—           Alors, ta prof a mis une vidéo.

« Alors pour ce cours, je vais vous montrer comment on additionne les fractions à dénominateurs différents… »

Hilarité générale, ça se bidonne, se tord les côtes de rire.

Au moins, ils sont de bonne humeur.

Pour l’école, on verra. Mais pour les blagues, c’est OK.

Ils me montrent une vidéo d’une prof qui s’énerve parce que quelqu’un a hacké son programme de cours à la maison et dessine des bites sur son écran !

Allez, on reprend.

« Les types de phrases »

Combien y a-t-il de types de phrases ?

Bigre.

—           Ben y a en 4, me dit mon fils de 13 ans.

—           Ah, lesquels ?

—           On apprend ça au CP, Papa ! Phares déclaratives, impératives, interrogatives, exclamatives.

—           OK. Et les formes de phrases ?

—           Ah, ça, j’en sais rien.

Je jette un œil sur Google.

2 formes de phrases. Affirmatives et négatives.

—           C’est facile, tu ne vois pas ? Affirmatives et négatives.

—           Ouais. Bon, je vais faire une pause.

Je regarde ma fille de presque 17 ans.

Les évènements ont l’air de lui passer dessus comme une brise tiède un soir d’été.

—           Et toi ?

—           J’ai plein de choses à faire pour jeudi.

—           Rien pour aujourd’hui ?

—           Non, c’est trop tard.

—           Trop tard ?

—           La prof de SES a posté les exercices à 10 h. Et elle vient de donner les corrigés.

—           Mais tu peux le faire et lire le corrigé après ?

—           Ah non, j’ai trop de choses à faire, je te dis.

—           Bon, demain je te réveille à 8h30, comme ta petite sœur.

—           Oh, t’abuses !

Elle se connecte à l’ENT.

—           Tu arrives à te connecter ?

—           Ben oui !

Waouh, c’est vrai, ça marche !

—           Tout ce que j’ai à faire !

—           Quoi ?

—           Une biographie de la Reine Victoria en Euro-Anglais.

—           Et ben c’est génial. Toi qui aimes la géopolitique. La Reine Victoria peut te permettre de retracer tout le contexte des décisions politiques des Anglais. Tu peux voir ça comme une sacrée opportunité d’en apprendre plein sur la géopolitique anglaise !

—           T’es un fou, toi, j’m’en cague des Anglais.

—           Bon en tout cas, c’est le moment de t’y mettre.

—           J’en ai pour l’après-midi.

—           OK, fonce.

—           Mais t’es un super relou !

Eh oui, c’est la triste réalité. Je suis un super relou…

Ils m’ont eu…

Ils m’ont eu…

Au risque de vraiment vous lasser, j’aimerais tout de même vous raconter ce qui s’est passé hier en fin d’après-midi.

—           Les garçons, supposons que vous sortiez voir vos copains avec vos trottinettes. C’est bien entendu une simple supposition, une hypothèse qui n’aura jamais lieu. Mais supposons donc que vous sortiez, est-ce que vous resteriez loin de vos copains ?

—           Ben oui bien sûr, on est pas bête, on a compris.

—           Ok. Est-ce que vous échangeriez vos trottinettes ?

Silence.

—           Est-ce que vous prêteriez la trottinette que vous avez amenée de la maison à un copain ?

—           Ben oui.

—           Et ensuite, est-ce que vous rapporteriez la trottinette à la maison ?

—           Ben oui.

—           Même si votre copain l’a touchée ?

—           Ils sont pas malades nos copains !

—           Comment tu le sais ?

—           Ben ça se voit.

—           Et pourquoi vous sortez avec vos copains alors que je vous l’ai interdit ?

—           On est pas sorti.

—           Vous êtes pas sorti ?

—           Qui te l’a dit ?

—           Peu importe. Vous êtes sortis ?

—           On n’en peut plus, tu comprends ? On n’en peut plus !

—           Mais si je comprends…

—           Toi aussi, tu étais dehors !

Eh oui, moi aussi j’étais dehors.

Profitant de cette belle fin de journée pour aller me balader avec mon épouse et mon chien.

Mon chien qui tourne en rond et commence à creuser des galeries dans le jardin. Bientôt, on va pouvoir vivre sous terre.

—           Je sais, j’étais dehors.

Je réfléchis.

—           On t’a proposé de venir avec nous.

—           Mais c’est pas avec vous qu’on a envie d’être. Vous, on vous voit toute la journée. On a envie d’être avec nos potes ! Avec nos potes !

—           Je comprends. Je comprends très bien.

—           Tu ne comprends rien du tout. Tu t’en fiches de tes potes !

Je m’en fiche de mes potes ?

—           Pas du tout. On s’appelle, on fait des visios, des skypes.

—           C’est pas pareil.

—           Non, ce n’est pas pareil. Mais c’est déjà pas mal.

—           Laisse-tomber, j’en ai marre.

—           Je ne vous empêche pas de sortir, je vous empêche de voir vos copains. Parce qu’on essaie collectivement de lutter contre la propagation du virus. Et qu’en voyant tes amis, tu risques de transmettre le virus.

—           Je veux voir mes potes.

—           Tu ne peux pas.

—           Pourquoi ?

—           Parce que.

—           Parce que quoi ? C’est pas ma faute si on réduit le nombre de lit en réanimation depuis 20 ans malgré les appels au secours des professionnels de santé, ce n’est pas ma faute si on transforme le système de soin en industrie du soin, pas ma faute si les gouvernements successifs n’ont jamais imaginé une probable épidémie issue des conditions ignobles d’élevage des animaux, pas ma faute s’ils ont bazardé toute la réserve de masque constituée après la menace H1N1 que tout le monde a oubliée – mettant en danger des milliers de soignants, pas ma faute si les hautes autorités n’ont pas remarqué que les Coréens et les Chinois avaient développé des millions de kits pour organiser un dépistage massif au sein de leur population et que nous n’avons – nous, Français, champions du monde de la connerie, rien fait, nous contentant de ricaner bêtement sur les tribulations de ces imbéciles de fourmis chinoises, pas ma faute s’ils n’ont pas d’autres moyens pour sauver leurs fesses que de déclarer la guerre et de confiner leur population docile et soumise à une mesure démente, pas ma faute si personne n’a les couilles de leur rentrer dans le lard, à ces incompétents qui se prennent pour des chefs de guerre, mais qui n’obéissent qu’aux ordres du CAC40 et à leurs propres intérêts, aux ordres de tous les prédateurs de notre pauvre planète, pas ma faute si la planète se venge en tentant de se débarrasser de cette humanité stupide, cupide, aveugle et méchante. C’est ça en fait. La terre lutte contre cette épidémie d’hommes et de femmes qui se répand sur toute sa surface, la souille, la détruit, la gâche. Elle lutte contre le cancer qu’est cette saleté d’humanité.

Bon, mon fils n’a pas dit ça exactement comme ça.

Il a résumé par un simple :

—           J’en ai rien a foutre de votre virus.

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