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Qu’est-ce que vous allez faire demain ?

Dimanche 10 mai

Ça y est, on y est !

Qu’est-ce que vous allez faire demain ?

Est-ce que vous mettez vos enfants à l’école ?

Chez nous, même si j’ai été le premier à les retirer, dès le mercredi 11 mars, soit 48h avant l’allocution de Macron, ma fille de CP et mon fils de 13 ans y retournent.

Le rôle social de l’école me parait essentiel.

Surtout pour ma fille qui se complait dans une relation exclusive avec moi. Et pour mon fils qui ne travaille pas.

Pourquoi si peu de parents remettent leurs enfants à l’école ?

Mon épouse explique que les enfants anxieux sont bien chez eux et que les parents ne souhaitent pas rompre cet équilibre. Je peux le comprendre. Et que cette période de confinement se passe aussi très bien pour les enfants en difficultés scolaires, qui sont à la maison, rivés sur leurs écrans parce que les parents ont lâché la pression du travail à rendre. La paix est revenue, avec un semblant d’harmonie et les parents ne souhaitent pas rompre cet équilibre.

Je les comprends.

Mais les autres ?

L’immense majorité des autres ?

Ils ont peur.

Je ne regarde pas du tout la télé, je n’écoute aucun journal à la radio. Je m’informe essentiellement par Le Monde, plus quelques articles qui passent sur les réseaux et qui m’intéressent. Je me programme des infos à la carte. Je ne sais donc pas ce qui ne se dit ni à la télé ni à la radio.

Mais je constate que les gens ont peur.

On leur a foutu la trouille il y a 2 mois avec cette menace virale, avalanche de chiffres terrifiants, déclarations de guerre et mise en ordre de bataille. On leur fout la trouille avec ce train de mesures complexes qui vont être mises en place dans les écoles, les transports, les magasins.

Je comprends qu’ils n’aient pas envie de sortir.

Est-ce qu’on leur a expliqué que la circulation virale est très très faible actuellement – sans doute grâce au confinement ?

Est-ce qu’on leur a expliqué que toutes ces mesures sont destinées à freiner la progression de la circulation virale au moment où les gens vont eux aussi recirculer ? Et non pas parce que les gens sont des menaces ?

Est-ce qu’on a pris la peine d’expliquer que la première bataille – celle de la propagation non contrôlée – contre le virus est probablement gagnée ? Et qu’on peut raisonnablement reprendre une vie qui s’approche de la normale ?

Je ne sais pas.

J’en ai pas l’impression.

Et que je pense sincèrement que mes enfants ne risquent rien à l’école.

Mais la peur est là.

Pourtant, la peur ne les empêche pas d’aller s’entasser dans les grandes surfaces…

Vous êtes allé faire des courses samedi 2 mai ? Samedi 9 mai ? Moi non, mais les témoignages sont impressionnants : jamais vu autant de monde aux caisses !

Alors ? De quoi ont-ils peur ?

Une peur abstraite a la télé et la vie normale qui continue autour de soi.

Ici, personne n’est malade. Personne ne connait de personne malade dans son entourage. Contrairement à l’Alsace où tout le monde a un proche qui est passé par la Réa ou qui est décédé.

La menace est donc abstraite.

Puis circulent tellement de blagues et de commentaires septiques sur les réseaux…

Comment se faire une idée la plus juste ?

Il faut passer du temps à lire, écouter, réfléchir, regarder.

Ne pas regarder la télé. C’est interdit. BFM est une arme de destruction massive de libre arbitre. Manipulant l’émotionnel à longueur d’antenne, ce type de média vous bouffe le cerveau et vous empêche d’accéder a votre pensée rationnelle, à la partie de votre cerveau qui pourrait vous aider à prendre du recul avec les émotions qui vous agitent, à la partie de vous même où se forge votre esprit critique.

L’esprit critique a besoin de calme et de temps pour se développer. Ce temps dont vous privent tous les médias audiovisuels en manipulant la peur, l’anxiété, le danger, les menaces…

Comment fonctionne notre cerveau ?

Notre cerveau aime le plaisir.

Le plaisir est une réaction chimique de laquelle découle une sécrétion de DOPAMINE.

La Dopamine, l’hormone du plaisir.

Cette hormone est sécrétée au niveau d’une zone appelée le STRIATUM, très vieille partie cérébrale. Les 5 situations qui excitent le striatum sont :

1- l’alimentation

2- le sexe

3- le statut social

4- la recherche d’informations

5- la satisfaction du moindre effort.

Ce qui pourrait expliquer pourquoi une partie de la population va pouvoir interrompre la réaction chimique qui engendre l’anxiété par la sécrétion de dopamine en se ruant au supermarché remplir son caddie jusqu’à l’excès, ce qui expliquerait les grignotages incessants en période de stress.

Ce qui explique aussi notre boulimie d’information. Tout le temps, collés à nos écrans, à lire des articles, regarder des émissions, écouter des infos, des chroniques, des commentaires… Boulimie d’information, peut de rater quelque chose.

Développé il y a 300 000 années afin de guetter le moindre renseignement sur son environnement – à cette époque les informations sont rares et discrètes – la collecte d’information se fait au service de sa survie, présence d’une proie, d’un ennemi, recherche de nourriture, survie immédiate. Notre striatum d’homme et de femme du XXIe siècle est archi gavé d’infos.

Mais le cerveau réclame toujours plus.

Toujours plus de Dopamine.

Toujours plus de nourriture, de sexe, de sport, d’infos.

Là-dessus est installé le CORTEX, vulgairement la ‘matière grise’, fine couche qui recouvre le cerveau – telle la peau de l’orange. Le cortex est le lieu de l’organisation des pensées complexes. La parole, la lecture, l’élaboration de la volonté, la construction de projets et la possibilité de collaboration entre personne, la réflexion, la possibilité de synthétiser, de comprendre et de transmettre.

Quand une information nous arrive, elle passe par l’amygdale, autre zone préhistorique de notre cerveau. Soit l’émotion est trop forte et elle déclenche des actions ou réactions immédiates : frapper si on est vexé ou humilié, se venger, se sauver, voter RN, … dans ce cas le passage des infos par le cortex est shunté. C’est le mécanisme recherché par la pub quand on vous présente des images de bonbons et glaces avant le film de 21h. But : vous inciter subtilement à vous lever pour ouvrir le frigo. Message : vous serez tellement mieux devant le film si en plus vous grignotez telle bonne saloperie sucrée ou telle autre glacée ! Dopamine, dopamine, dopamine…

Pour qu’une info ait la possibilité d’atteindre les zones cortiquées – corticales – encore faut-il donc que l’amygdale les laisse passer !

Et bien, figurez-vous que cela s’acquiert. Que cela se muscle. Que cela s’entretient. Au prix d’un effort. Et que – rappelez-vous – l’effort (point n°5 ) ne déclenche pas de sécrétion de dopamine. Effort de lecture, de croisement des infos, de calme, de temps, de sommeil, de discussion, d’humilité, d’humour, de remises en question…

L’émotion rapporte donc gros. Au cerveau en termes de dopamine. Au système en termes de bizness.

L’effort, lui, ne rapporte rien. Rien d’immédiat en tout cas. Car il peut rapporter en satisfaction d’avoir réussi, gratification, confiance en soi, etc… bien entendu. Mais plus tard.

Et c’est là que retombe sur mes pattes.

Deux types de réseaux cérébraux fonctionnent en parallèle. Un réseau de collecte d’info exogène, la télévision et les vidéos débiles de YT et consorts et un réseau de collecte endogène, nourri principalement d’observations, de lectures, de pensées et réflexions. Le premier est rapide et le second lent. Le premier aime l’agitation, est excité par les couleurs, le mouvement, le goût de la nouveauté – ce que le marketing connaît par cœur et nous sert à toutes les sauces -, le sensationnel. Le second a besoin de temps et de calme, processus plus complexe, qui échafaude, tâtonne, propose, recule.

Vous comprenez donc ce qui se joue au moment du journal de 20h à la télé, après un couloir du pub qui vous a donné des tas d’envies, place à l’info qui doit vous faire trembler pour vous capturer et vous garder otage jusqu’à la fin, jusqu’au prochain tunnel de pub – le temps de cerveau disponible de Patrick Le Lay ! Même la météo nous est servie sur un mode de suspense insoutenable, au rythme effréné des températures, prévisions de perturbations et coups de vent, autant de nouvelles menaces qui viennent assombrir l’horizon déjà chargé.

Pendant ce temps, on vous a fait peur, on vous a inquiété, stressé, préoccupé. Rarement rassuré.

Voilà pourquoi – selon moi, et uniquement selon moi – la majorité des parents garderont demain leurs enfants chez eux.

Ils ont perdu la bataille de l’information.

Mais bonne nouvelle !

Un peu de lecture quotidienne, un peu de temps passé loin de son téléphone et de BFM chaque jour, un temps de discussion entre époux, enfants, amis, collègue – un temps d’écoute et de partage, pas un temps où l’on cherche à imposer ses idées – de calme, de repos, pourquoi pas une balade et hop, le cortex réapparaît, heureux de faire son job.

Le cerveau se muscle et s’entraîne à penser comme l’organisme s’entraîne à l’effort !

Pensez-y !

Parce que demain, on replonge dans le grand bain ! Sans brassard !

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Nos vies valent plus que leurs profits!

16 avril

J-25 avant le 11 mai – il n’y a que les innocents qui écoutent les grandes personnes qui parlent à la télé

ERRATUM 1 : Désolé, je me suis trompé dans le montant des primes. C’est 1 500 euros pour les réanimateurs et 500 pour les autres. Je vous laisse juge de cette prime.

ERRATUM 2 : Ce n’est pas de ‘fils de putes’ que je voudrais qualifier ces fumiers de chasseurs, mais de ‘GROS FILS DE PUTES’. Là encore, je vous laisse apprécier la nuance.

ERRATUM 3 : voir plus bas.

OK, c’est fait, je peux commencer.

Qu’est-ce qui me tient à cœur en ce J-25 ?

L’école à la maison, bien entendu.

Retour aux bases.

De nombreux sentiments se bousculent ce matin dans mon esprit.

De belles paroles, de belles pensées, de belles promesses. Et déjà de nombreuses interrogations. Et les premières colères. C’est bien français les colères ? Eh oui. Mais je précise que — pour moi, et cela n’engage que moi — la colère est une noble émotion qui permet de lutter contre les injustices, qui permet d’exprimer les évènements et décisions qui paraissent arbitraires, abusives et inégales. Une émotion salvatrice, n’en déplaise à tous les philosophes et lumières qui tentent de nous faire culpabiliser en décrivant depuis des siècles la colère comme une émotion négative, égoïste, incendie qui enflamme les foules empêchant tout discernement et qui ne mène à rien.

Excusez-moi, je vais vous balancer des textes. Mais ils me semblent importants. Pour la réflexion. Pas pour semer le doute. Ce n’est pas mon but.

Ce matin, j’écrivais à un ami « que—afin de préserver notre santé mentale—comprendre n’était peut-être pas la priorité », mais je me rappelle aussi cette phrase : « Être confiné n’empêche pas de réfléchir, de se poser des questions ni de douter. »

J’en reste là avec les considérations.

Le premier texte provient d’une émission d’Ali Rebeihi dans Grand bien vous fasse sur France Inter.

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Confinement : « laissez vos enfants tranquilles ! »

par France Inter publié le 8 avril 2020 à 14h22

C’est le cri d’alarme du psychopédagogue Bruno Humbeeck. En ces temps de confinement que l’on devrait appeler quarantaine, l’important est de se ficher la paix et de respecter ses espaces propres !

Laissez vos enfants tranquilles, même sur les écrans

Interrogé dans l’émission d’Ali Rebeihi « Grand bien vous fasse » sur les moyens de motiver les enfants pour étudier à la maison, le spécialiste de l’éducation Bruno Humbeeck a tenu un discours d’apaisement. Ce chercheur en pédagogie familiale et scolaire à l’université de Mons (Belgique) a, surtout, préconisé de les laisser tranquilles. 

Bruno Humbeeck : « Comment motiver ses enfants pour étudier en étant confinés ? Enseigner est un acte de transmission et dans cette situation, c’est l’adulte que l’on doit motiver. Pour l’enseignant, la motivation de transmettre vient de son statut. Pour les parents confinés à la maison, c’est plus compliqué : c’est pourquoi certains peuvent être poussés à bousculer leurs enfants.

Il faut arrêter avec cette idée de « classe à la maison »

Ce sont deux espaces avec des rôles distincts. Il vaudrait mieux partir des centres d’intérêt des enfants et y ajouter un peu de pédagogie. Votre enfant aime Bob l’éponge ? Pourquoi ne pas lire des livres de Bob l’éponge, lui faire jouer Bob l’éponge, lui faire expliciter ou même traduire la série ? 

Il faut que les parents cessent d’aller sur le terrain de la performance. Cela risque d’être contre-pédagogique. Ils ne doivent pas non plus aller sur l’étude de nouveaux contenus parce que cela peut mal se passer. Ils ne savent pas faire.

Dans cette situation de confinement, il faut s’occuper de nos enfants. Ce qui veut dire s’en préoccuper tout le temps, mais il faut aussi savoir déléguer l’enseignement à la communauté éducative qui met des choses formidables en place. En Suisse, il y a par exemple une excellente émission télévisée qui s’appelle : Y’a pas école. 

Si les enfants ont la sensation d’être en vacances et passent leur temps sur les écrans… 

Cette période est une période de « vacances », de mise entre parenthèses. C’est pour cela que la continuité pédagogique n’est pas la priorité. Là, il faut se ficher la paix entre nous parce que l’on vit les uns sur les autres. Il faut respecter les territoires de tous, dont ceux des enfants. Et pour cela mettez des casques, n’imposez pas vos espaces aux autres. Vivez petit, mais imaginez grand. Et si votre enfant est accro aux écrans, fichez-lui la paix ! Alors qu’il est entravé et probablement angoissé, les écrans constituent son échappatoire. 

Et en ces temps suspendus, on doit s’autoriser des sorties dans les règles. Et que les personnes qui ont des jardins laissent les espaces publics aux personnes qui n’en ont pas ! »


OK.

Une nouvelle fois, je prends un coup de bambou sur la tête.

Ma fille de CP est réveillée. Elle joue aux Playmobil pendant que j’écris. En attendant le moment de se mettre au travail.

Si elle me demande mon téléphone pour regarder des émissions débiles sur YT Kids — ‘kids’ pour la protéger contre des images de pornographie, vente d’armes, utilisation de drogues — mais pas pour la protéger de Swan et Noé, qui déblatère un flot de conneries sous l’œil admiratif de la voix criarde de leur mère insupportable—, qu’est-ce que je fais ?

Je lui file mon tel ?

Je la confie aux mains de la Grande Récré, Toysrus, Disney, Amazon et consorts ?

Non, je résiste, je suis un combattant, je milite pour Christine, François, Laure et Agnès.

Je suis un puriste réac et débile, un vieux con réac.

Je m’accroche à Lumni.

Tiens, d’ailleurs, il est où mon téléphone ?

Et bien pendant que je m’emballe, ma fille me l’a piqué pour aller rejoindre Swan et Noé. Ils pourraient faire du calcul mental et de l’écriture, ces deux débilos, au lieu de déballer des merdes à 200 euros et raconter toutes leurs boni menteries mercantiles.

Combien de vues, ces merdeux ? 800 000 ? 1 milliard ?

Comment ça s’écrit ‘1 milliard’ ?

Je me disais bien que c’était calme d’un coup du côté de la famille Playmobil confinée dans la luxueuse 9266 City Life Maison Moderne agrémentée de ces nombreux accessoires 9271 la chambre à coucher, 9268 la salle de bain, etc…

Bon.

Où j’en étais-je ?

Deuxième texte, on change d’ambiance. On passe chez Médiapart. Un poste FB lu hier.


Covid-19: les enseignants ne seront pas les futurs «héros»

Les enseignants, d’après l’allocution du Président de la République, devraient reprendre le chemin de l’école le 11 Mai. C’est non. Ils ne seront pas les futurs héros de la Nation, sacrifiés sur l’autel de l’incapacité de nos gouvernants français.

 Qu’est-ce qu’un collège ou un lycée en région parisienne, par exemple ? 600 ou 800 élèves, parfois plus encore, rassemblés dans un bâtiment et encadrés par une cinquantaine d’enseignants ( auquel on doit ajouter le personnel de direction et le personnel technique). Disons 70 adultes environ pour un établissement de 800 élèves.

Qu’est-ce qu’un collège ou un lycée par temps d’épidémie ? Une vaste marmite à diffusion du virus Le Président Macron a annoncé des tests pour les personnes présentant des symptômes. Les enfants et adolescents n’en présentent pas. Pourtant, ils peuvent diffuser le virus… Autant donc de diffuseurs potentiels du virus que d’élèves, chaque élève ayant des contacts avec les membres de son foyer, qui peuvent être porteurs du virus de façon asymptomatique dans ces débuts…Des diffuseurs fantômes, qui rapporteront du collège ou du lycée le COVID dans leurs familles, si tant est qu’il y ait un cas initial dans l’établissement.

Une heure de cours, qu’est-ce que c’est ? 30 élèves ( 35 ou plus en lycée) rassemblés dans une salle de 60 mètres carrés environ. Le voisin d’à côté à 50 cm. Deux points d’eau pour tous les élèves dans un établissement de 800 élèves.

Le travail d’un enseignant, qu’est-ce que c’est ? Croiser dans une salle de 60 m2 30 élèves par heure de cours, à multiplier par 18 heures pour ceux qui ne voient les élèves qu’une heure par semaine. 540 élèves par semaine, 540 diffuseurs-fantômes potentiels. Plus tous ceux qu’ils croisent dans les couloirs où les élèves s’agglutinent devant les portes.

Si les salles de spectacle et les cinémas ne sont pas rouverts, pourquoi donc autoriserait-on des salariés à fréquenter 540 élèves par vagues successives dans 60 m2. Auraient-ils une immunité spécifique ? 50% des enseignants ont plus de 45 ans. La première victime française a d’ailleurs été un enseignant…

Ils ne seront pas les nouveaux héros. Même s’ils comprennent les difficultés des parents. Même s’ils comprennent la nécessité de l’instruction. Ils ont travaillé à distance : ils continueront. Ça ne remplace pas, certes, un enseignement en présentiel. Mais parce qu’ils sont des salariés comme tout autre, qu’il est absolument impossible dans un établissement scolaire de respecter les distances de sécurité, parce que tout élève est un transmetteur-fantôme potentiel, c’est NON. C’est NON ! Pour préserver la santé d’eux-mêmes et de leurs familles. Par sens des responsabilités pour les familles de leurs élèves.

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Qu’est-ce que j’ai à ajouter ?

Que les intentions de notre président sont de remettre les Français au travail ?

Je vous rappelle que Geoffroy Roux de Bézieux (sic) – le président du Medef – a annoncé qu’il allait falloir travailler plus pour retrouver notre niveau de croissance d’avant le Covid.

Attention, la colère gronde.

Sautez le paragraphe suivant si vous êtes importuné par le souffle de la colère.

Retrouver la croissance d’avant ? Mais qui veut retrouver cette croissance, à part toi, puissant parmi les puissants. Pour te gaver de dividendes ? Pour continuer ton œuvre de destruction massive des populations ? Gros fils de bâtard ! Je ne veux plus de ta croissance. Je ne veux plus de ton système. Je ne travaillerai pas plus pour t’engrosser le bide. Je ne suis pas – encore – ton esclave ni ta pute !

ERRATUM 3 : Geoffroy Roux de Bézieux a finalement jeté l’éponge. Merci de m’avoir écouté. Je ne te traiterai plus de GSFDB. Promis.

le figaro

Bon, je termine avec un texte que j’ai trouvé plein de bon sens qui m’a été envoyé par mail hier sur un groupe commun.

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Coronavirus :« C’est tout sauf sérieux de rouvrir les écoles le 11 mai », estime Francette Popineau, secrétaire générale du Snuipp-FSU, premier syndicat du primaire, interrogée par l’AFP.

EDUCATION Le Snuipp-FSU réagit à l’annonce du président Macron, ce lundi soir, de la réouverture progressive des crèches, des écoles, des collèges et des lycées à partir du 11 mai

Modèle de courrier à la direction des écoles, en plus des actions syndicales et des associations

Madame, Monsieur, le responsable d’établissement,

De la même façon que nous avions bien compris que le port du masque était inutile puisqu’il n’y en avait pas, tout le monde a bien compris cette fois que la réouverture des écoles est nécessaire afin que les enseignants puissent garder les enfants dont les parents doivent retourner au travail.

Preuve en est que les universités ne rouvriront pas, les étudiants n’ayant besoin de personne pour les garder.

Mon rôle en tant que parent est de préserver la santé de mon enfant, et vous êtes bien placé(e) pour savoir que la distanciation sociale dans une école est autant un leurre que la continuité pédagogique vantée par notre ministre.

Je tiens aussi à préciser que la responsabilité civile et personnelle de l’inspecteur d’académie peut être mise en exergue au pénal en cas de problème pour mise en danger et non respect de l’obligation particulière de sécurité pour nos enfants cité dans l’art 223-2 et 223-1 du code pénal.

Pour ma part et par principe de précaution,  je vous informe que mon enfant (NOM PRENOM) ne prendra pas le chemin de l’école/garderie ce lundi 11 mai 2020.

Je vous remercie de votre compréhension et je vous souhaite de rester en bonne santé suite à cette décision purement économique et qui n’est pas dans l’intérêt sanitaire de nos enfants et nos familles.

Bien cordialement,

SIGNATURE


Je ne sais pas si je vais envoyer cette lettre, mais elle me semble claire et bien rédigée.

En impliquant l’inspecteur d’académie, on va voir qui a les ‘couilles’ de remettre les enfants à l’école et qui protège son petit cul douillet.

En attendant, je file emmener ma fille de CP lire et écrire, pour qu’elle soit au moins capable de comprendre Facebook et poster sur instagram.

Bises à toutes et à tous.

Bon J-25.

28 mars

Chère Christine, chère Laure,

Chère Christine,

Grâce à vous, tous les matins, ma fille de CP à lu, écrit et manipulé les sons in, oi, oin et ui.

Et même si elle les mélange et les confond encore pas mal, elle vous retrouve et apprend avec envie et plaisir.

Voici notre rituel.

Je la réveille à 8h30. En théorie du moins, car l’horaire a glissé petit à petit vers 9 h en fin de semaine. Mais promis, dès lundi, je reprends le rythme de 8h30.

Nous petit-déjeunons en jouant au Mille Bornes et nous commençons.

Comme ça va un peu vite, j’enregistre l’émission, fais des pauses et lui laisse le temps de lire, réfléchir, écrire.

Et nous avançons tranquillement, installés sur le canapé, pour un moment de complicité sympa rien que tous les deux.

Je découvre alors que ma fille est :

-un peu flemmarde (elle va fouiller dans les pages précédentes pour regarder les mots déjà écrits plutôt que de chercher dans sa tête et de trouver elle-même)

-qu’elle n’est pas très persévérante (elle se décourage vite), mais que la motivation que je peux lui apporter la pousse à poursuivre,

-qu’elle a du mal à tenir la longueur (français et maths, ça allait en début de semaine, mais dur dur en fin de semaine !)

Mais qu’elle s’accroche et qu’elle se lève avec entrain pour découvrir le son du jour !

Merci pour votre gentillesse.

Ma fille a adhéré immédiatement à votre cours.

De mon côté, je me suis pris au jeu aussi et je m’applique à faire des lignes d’écriture – ce qui me fait le plus grand bien !

La fin de la semaine a été difficile et la motivation s’est étiolée.

Alors désolé, chère Laure, mais nous n’avons pas assisté à votre dernière leçon de mathématique. Mais ne vous inquiétez pas, elle est enregistrée et  nous essayerons de la rattraper ce week-end!

En tout cas, je tenais vous remercier pour l’enthousiasme que vous apportez à l’apprentissage des nombres, du calcul et des problèmes.

C’est avec une grande joie que ma fille manipule les LEGO (moi j’ai droit de le dire !), les boites d’œufs, les sacs de 10 bonbons, et avec fierté qu’elle annonce « 50 » et « 75 » au Mille Bornes au moment de déposer les cartes des kilomètres !

Merci à toutes les deux !

Et à la semaine prochaine !

Et l’école à la maison ?

Mardi, deuxième jour de la deuxième semaine.

8h30, réveil de ma fille de 7 ans.

Pas trop difficile.

L’idée de retrouver Christine et Laure, ses nouvelles maîtresses de France4 la réjouit. Petit dej avec des céréales et du lait et hop, en place, cahier ouvert, crayon à la main.

Lecture, le son « oi ». Lecture d’un petit texte, mieux qu’hier. Elle s’habitue.

Puis écriture : « Le toit de la cabane est froid ».

Ouille, dur, dur, cafouillage au mot ‘cabane’, perte de contrôle.

—           Ça va trop vite !

Elle reprend pied avec Laure dans la partie calcul. Des dizaines représentées par des boites de 10 œufs, des œufs tous seuls, des calculs, ouille, ouille, ouille. Ça se termine par un calcul pour demain : 48 œufs + 17 œufs.

Pour un deuxième jour, ça pique !

La seule chose que retient ma fille, c’est :

—           Des devoirs pour demain ? Mais c’est pas possible ! Demain c’est mercredi !

Séance intense.

Récupération par 2 parties de Mille Bornes.

Après, tout se complique dramatiquement.

Je laisse les garçons tranquilles parce que se profilent, le programme des 5è sur France 4 à 14h puis la classe à la maison des 3è sur le CNED : un cours de français.

Prudemment, j’enregistre le programme France4. Je connais l’élève.

Mais malgré que ce soit moi – en partie – qui l’ait fait, malgré que ce soit MON fils, que je l’aime, que je le pratique depuis des années, il n’y a rien à faire.

Décrochage au bout de 30 secondes. Je commente, j’essaie de la motiver.

—           C’est barré.

Faut dire que la proposition subordonnée relative expliquée par une prof – certes gentille – mais qui lit ses feuilles à l’écran à un enfant qui ne rêve que de retrouver ses potes ou de finir sa course sur GT6, comment dire, vous m’avez compris ?

On se rattrape avec les maths ? Aie, aie, aie, pas vraiment. Les nombres relatifs positifs et négatifs. Expliqués avec des parcours de golf où des joueurs réussissent leur PAR, le dépassent où l’explosent, comment dire, bof bof.

Décrochage assuré.

Bon, retour au programme ENT.

De l’Anglais ‘some, many, how many, not enough’

Ben justement, pour lui c’est too much.

—           En fait, tu ne comprends rien en Anglais !

Je fais semblant de le découvrir, mais ce n’est pas tout à fait vrai, je le sais depuis longtemps.

Et ben pas de chance pour lui, mon épouse a dégoté des cahiers d’exercices en Anglais de 6è.

Je lui sors et lui pose devant les yeux.

—           Allez, une leçon par jour.

—           Tu déconnes…

—           Je t’interroge ce soir.

—           Tu ne peux pas me faire ça !

—           Et si !

—           Je préfère mourir.

—           Arrête de raconter n’importe quoi, allez zou !

Et pendant ce temps-là, comment ça va du côté de ma classe pour tous ?

C’est la foire totale.

—           On n’entend pas le prof !

On entend en revanche les élèves !

—           Eh monsieur ! Vous êtes là ?

—           Qu’est-ce qu’on doit faire ?

26 élèves connectés. Certains avec leur pseudo tout nickel, nom et prénom, les autres, forcément… coco le rigolo, annabelle la belle, et tous les anagrammes possibles du prof ! Que je ne peux vous reproduire par souci de confidentialité, mais quelle rigolade ! Quelle imagination ces 3è.

—           Ta gueule ! on n’entend rien.

—           Pas de gros mots !

—           Qui parle ?

—           Est-ce que quelqu’un peut m’expliquer ce qu’il faut faire ?

Derrière tout ça, un faible grésillement de prof, vraiment inaudible. Et des diapos qui passent, et la tension qui monte. Les élèves quittent la salle, reviennent avec des noms de plus en plus sauvages, mon fils se bidonne, snap explose de commentaires, ça bordelise un max.

Et puis un Kenny#4 apparait.

Il joue à Fortnite pendant le cours.

Tout le monde éclate de rire, c’est la poilade générale, les blagues fusent.

Jusqu’à ce que quelqu’un se demande qui est ce fameux Kenny#4.

Et que le prof finisse par jeter l’éponge

« je cesse définitivement les classes virtuelles au motif que certains éléments se comportent de manière déplacée et que d’autres éléments visiblement extérieurs à la classe viennent compromettre de manière intolérable la réussite de cette classe. »

Fin de partie.

Pas sûr qu’ils soient fiers d’eux.

—           Bon, il te reste des maths à faire.

—           Ok.

Et ma fille de presque 17 ans ?

Elle est sous les mers, 1,2 millions de km de câbles sous-marins ont été déployés entre les différents continents et permettent la diffusion des flux d’internet.

—           Tu sais qu’en 2018, en 60 secondes, on compte 1,5 million de titres écoutés, 65 000 photos instagram téléchargées, 243 000 photos Facebook, 400 heures de vidéo YouTube regardées, 3,8 millions de requêtes Google, 156 millions de mails envoyés et 18 000 matchs sur tinder !

C’est un peu too much, non ? Tout ça pour des photos de chats…