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Mascarade

29 mai

De quoi François Hollande se sent-il responsable ? Où sont passées Marisol Touraine et Agnès Buzin ? UNITAID, machine à recycler les ministres de la Santé ? Roselyne Bachelot a-t-elle raison d’être en rage ? Et d’où vient Olivier Véran ?

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François Hollande avoue lundi 25 mai sur France Inter avoir une part de responsabilité dans la situation de l’hôpital.

Intéressant.

Pour une fois qu’un homme politique bat sa coulpe.

Examinons d’une peu plus près de quoi il se sent responsable :

Déjà, pas d’avoir baisser le nombre de poste de soignant puis qu’il commence par rappeler qu’il a augmenté ce nombre de 30 000 personnes.

Il confie avoir contribué à contraindre l’hôpital. Sans rien ajouter. Ce qui est tout de même assez vague.

En tout cas, côté masques, il est à l’aise : le stock qui était jusque-là centralisé a été décentralisé pour des raisons évidentes d’efficacité et de proximité. Et, sous sa présidence le nombre de masques est passé de 1 milliard à 750 000 000 masques. Pourquoi ? On n’en saura rien, le journaliste ne semble pas trop désireux d’en savoir plus.

Donc, malheureusement, la décentralisation a couté la bagatelle de 250 millions de masques… sûrement tombés des camions…

Hollande semble réaliser que la sur-représentation administrative à l’hôpital n’a pas que du bon – alors qu’il serait à l’origine d’une augmentation du personnel administratif hospitalier que certains osent annoncer à + 40 % ! —, appelle de ses vœux plus de souplesse dans la gestion trop tatillonne et souhaite ne pas revenir sur les 35 heures à l’hôpital, un acquis social d’après lui.

Il constate simplement comme ça, sans en avoir l’air, que le stock de masques n’est plus que de 150 millions au moment où la crise sanitaire se déclare sans comprendre comment on n’en est arrivé là… Bref, il ne se reproche rien de très sérieux…

Il est plutôt clean.

Est-ce la faute à Jérôme Salomon, conseiller chargé de la sécurité sanitaire auprès de la ministre de la Santé, Marisol Touraine, de 2013 à 2015, et — proche d’Emmanuel Macron dont il était le conseiller santé pendant sa campagne présidentielle — un moment pressenti pour devenir ministre de la Santé après son élection ?

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On apprend que son Papa est décédé pendant cette période — j’en suis désolé pour toi l’ami — et qu’à cette occasion, il a découvert qu’en fait, on était tous vulnérables.

Sérieux ? François Hollande ! Voyons ! Tu imaginais quoi ?

Il a l’air tout malheureux sur la photo.

Bref, en tout cas, pas grand-chose de nouveau à l’Ouest de l’Avenue Duquesne, véritable adresse du ministère de la Santé. Tiens, alors pourquoi un Ségur de la santé ? Parce que le bâtiment à une face qui donne sur l’avenue de Ségur ? Peut-être…

OK.

Voilà pour Hollande.

Et Marisol Touraine, le cauchemar des hôpitaux, la ministre de la Santé la plus honnie des médecins libéraux. Où elle est donc passée ?

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J’apprends rapidement qu’elle a été battue aux législatives le 18 juin 2017 par la députée LR Sophie Auconie — faut le faire aux vues du raz-de-marée LREM —, qu’est partie en vacances quelque temps, qu’elle a été ensuite réintégrée au Conseil d’État — ouf, tout va bien — et qu’enfin elle a été élue présidente de l’organisation onusienne UNITAID, une structure hébergée par l’OMS à Genève et financée par une taxe sur les billets d’avion (???). Son objet social ? Négocier des baisses sur les prix des médicaments en en assurant l’achat d’un certain volume, afin de permettre aux populations pauvres de se soigner : tuberculose, HIV, …

Douste Blazy, ancien ministre de la Santé a lui aussi occupé ce poste de 2007 à 2016.

Bon vent, vive le copinage, tu as l’air satisfaite sur les photos, tant mieux pour toi.

La vie semble plus facile pour toi que pour le Papa que j’ai rencontré hier… (cf billet d’hier, http://blog.vasyraconte.fr/le-bruit-et-lodeur )

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Et Agnès Buzyn ?

A-t-elle survécu au confinement ?

Elle est toute pimpante et fringante dans une interview donnée au Figaro où elle annonce avoir beaucoup réfléchi avant de prendre sa décision de repartir en campagne pour la Mairie de Paris, prête à défendre les couleurs LREM, pour — je cite —, défendre une troisième voix entre Hidalgo et Dati. « Entre », c’est beaucoup dire. À la traine, ça oui.

Petit rappel des comptes, Anne Hidalgo environ 30% des voies, Rachida Dati, pareil, environ 30 %, Agnès Buzyn, 7%… Et tous les autres ont bu la tasse, autant Cédric Villani que les écolos et La France Insoumise.

Elle regrette d’avoir qualifié le maintien du premier tour des élections municipales de mascarade. Pourquoi regrette-t-elle ? Ça a bien été un désastre.

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Plus grave, elle confie avoir été victime de menace de mort et a été agressée.

Là, malgré le peu d’estime que j’ai pour elle, pas pour la femme que je ne connais pas, mais pour son travail au Ministère peu concluant, pour l’image de son dévouement et même de sa soumission, la voix de son maitre, qui démissionner en pleine crise de Covid pour voler au secours de la REM en panne de candidat à Paris après les déboires de Benjamin Grivaux — une autre histoire à la Vaudeville —, je me dis que, tout de même, c’est cher payé pour la fidélité.

Après… blablabla…, elle regrette — à juste titre — le débat sur la chloroquine qui aurait dû rester au niveau du cercle scientifique et ne pas devenir un remède miracle plébiscité par pétition.

Blablabla… Olivier Véran est exceptionnel …blablabla… commission d’enquête sur les responsabilités de chacun, où j’ai hâte de venir m’exprimer… blablabla

Je ne m’étends pas sur Yves Levy son mari, Président-directeur général de l’Inserm entre 2014 et 2018, conseiller juridique du gouvernement, puis envoyé spécial en RDC au moment de l’épidémie du virus Ebola en 2019 et vu à Wuhan en 2017 avec Cazeneuve, alors Premier ministre, et Marisol Touraine.

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Les Complotistes se saisissent aussitôt de la trouvaille et en avant : le mari fait sortir du virus pour que sa femme privilégie l’INSERM et vende des vaccins avec des puces électroniques achetées à Bill Gates, numéro 1 sur la liste des personnalités à abattre.

Bon, je dévie.

Un Président qui avoue ses (quelques petites) erreurs, une ministre qui ne s’en sort pas si mal, une autre qui part au charbon dans une campagne de tous les dangers à Paris, et un homme, Olivier Véran qui sort du chapeau en plein début de crise sanitaire.

Enfin un homme aux commandes, s’empresseront de dire certains.

Mais d’où il sort celui-là ?

Il est en embuscade, à 40 ans, prêt à l’action.

Élu conseiller régional d’Auvergne-Rhône-Alpes en décembre 2015, puis député de la première circonscription de l’Isère en 2017, il est rapporteur général de la commission des Affaires sociales de 2017 à 2020 à l’Assemblée nationale. Le 16 février 2020, il est nommé ministre des Solidarités et de la Santé en remplacement d’Agnès Buzyn.

Mi-mars, soit 1 mois à peine après son arrivée, une histoire de trafic d’influence sur la vente de masque FFP2 par Tewfik Derbal, son ancien collaborateur à l’Assemblée lui est reprochée…

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Sur tous les fronts, notre ministre de la santé.

Avant-hier, à L’Assemblée, il mouille sa chemise pour faire accepter l’idée de la mise en place de l’application Stopcovid, réclamée par les épidémiologistes et crainte des informaticiens en termes de recueil de données personnelles.

Hier, aux côtés d’Édouard Philippe, lors de la présentation du plan déconfinement 2 :

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Et notre amie Roselyne Bachelot ? Toute cette affaire de la disparition des masques la remplit de rage.

Reconnue personnalité politique la plus populaire, heureuse de tenir son heure de gloire après avoir été lynchée pour sa gestion — qualifiée de calamiteuse à l’époque — de la grippe H1N1, elle explique son ressentiment pour les accusations dont elle a fait l’objet — elle a même été auditionnée par une commission d’enquête parlementaire.

Elle dénonce l’irresponsabilité des différentes politiques de restrictions budgétaires déployées depuis son départ en 2010 où le stock a été détricoté, et la sécurité sanitaire placée sous la dépendance de la Chine, devenue à elle seule l’unique fabricant de masque et d’antibiotique dans le monde.

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Roselyne Bachelot soulève le problème crucial de la délocalisation de nos activités stratégiques.

Comment cette délocalisation a-t-elle pu s’opérer ? Quels en sont les sous bassement ? Les principes ? Les idéologues ? Issue de quels types de choix, de projets, d’idées, de plans ?

Sont-ils seulement économiques ? Seulement la faute à pas de chance ? Le fruit d’une cascade d’évènements malheureux ?

Cette pénurie était-elle prévisible ? Ne l’a-t-on pas vue venir ?

C’est l’idée que j’ai envie d’explorer dans une série que je vais intituler Mascarade, une histoire de la disparition des masques.

Encore un projet ! Encore une histoire !

Allez, vas-y, raconte !

Attendre, c’est long…

15 mai

Personne ne porte de masque au supermarché.

Alors qu’à la pharmacie, tu ne rentres pas si tu ne portes pas de masque.

Je pose la question au pharmacien que je connais bien.

—        Pourquoi vous laissiez entrer des personnes sans masques pendant le confinement et que maintenant que nous sommes déconfinés, les gens sans masques n’entrent pas ?

—        Parce qu’avant, on n’avait pas de masque !

OK.

Logique.

Les gens sans masque commandent par le guichet ‘drive’.

Ceux avec masques ont accès à l’intérieur de la pharmacie, mais uniquement 4 par 4.

Bon, aujourd’hui, malgré mon beau masque — celui avec des sapins — fait à la maison, on me prend tout de même mon ordonnance devant la porte.

Autre son de cloche au supermarché quand, à la caisse, je fais la remarque à la caissière, que je connais bien elle aussi.

—        C’est fou, personne ne porte de masque !

—        C’est parce qu’on n’en trouve pas.

Alors, il y a des masques ou pas ?

A la clinique où j’étais ce matin, tout le personnel portait des masques. Beaucoup de masques FFP2 – masques canards, les seuls qui protègent de l’inhalation de virus, les masques chirurgicaux empêchant les projections de gouttelettes de virus et filtrant un peu l’air inhalé.

A la boulangerie, je suis le seul à porter un masque.

Dans la rue, presque personne avec un masque.

A la librairie, le libraire a prévenu : « j’ai une maladie respiratoire, on n’entre pas sans masque. » Il préfère d’ailleurs qu’on passe commande par internet et qu’on n’entre pas du tout.

Au magasin de piscine, le guichet est dehors. On attend le magasinier et il nous amène ce qu’on veut.

Au magasin d’informatique, tu appelles un numéro indiqué sur un pupitre, tu discutes avec le vendeur au téléphone qui vient te livrer dehors.

Au Centre Médico Psychologique — CMP — où travaille mon épouse, depuis ce matin, c’est open bar : à l’entrée, un flacon de gel hydroalcoolique et une boite de masque. Masques à volonté ! Après cette pénurie et le comptage individuel, s’en est presque indécent…

A la poste, tu fais la queue et tu n’entres pas parce qu’il est midi et que le rideau métallique tombe d’un coup, sans sommation !

C’est fou ce qu’on fait la queue, vous ne trouvez pas ? Devant le Supermarché pour entrer, aux caisses, à la Pharmacie, à la boulangerie. Partout on attend.

On attend.

Plus qu’avant, non ?

Ou bien j’ai perdu l’habitude, confiné chez moi.

C’est long.

Ça me donne à penser à un texte qu’a fait passer un copain sur LinkedIn.

extrait de la Panthère des neiges de Sylvain Tesson

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Qu’est-ce que je vous raconte ?

31 mars 2020

Est-ce que je vous raconte la guerre des masques à l’hôpital ?

Est-ce que je vous raconte que le stock de masques dans les services est sous clefs et géré par la cadre sup de chaque service ?

Est-ce que je vous raconte qu’il faut annoncer chaque jour avant 16 heures le nombre de masques à débloquer pour le lendemain ? (sic !?!)

Est-ce que je vous raconte les discussions sans fin afin de savoir quel service fournit les masques aux consultants ? J’ai un enfant à voir en pédiatrie, la cadre sup ne veut pas me donner de masque, c’est à la pédiatrie de le fournir. En pédiatrie, on ne vous donne pas de masque parce que vous avez à venir avec le vôtre.

Est-ce que je vous raconte qu’on déplace les personnels des services les moins tendus vers les plus tendus et tant pis si cela généré stress et problème à n’en plus finir, c’est bien normal que le personnel, après avoir été essoré de toute part soit interchangeable, à part bien entendu les plus faignants, c’est bien connu.

Est-ce que je vous raconte que mon épouse culpabilise de prendre sa semaine de vacances la semaine prochaine (première semaine des vacances de Pâques) en pleine crise sanitaire ? Ce n’est pas le moment, comment ils vont faire s’il y a quelqu’un de malade, ça va être trop difficile de revenir…

Est-ce que je vous raconte que se sont les premiers signes du Burn out ?

Est-ce que je vous raconte que les hôpitaux sont au bord de la rupture de stock de produits pour endormir les patients qui nécessitent une assistance ventilatoire ? Parce que là, c’est le drame…

Petit manuel de mauvaise foi (2)

18 mars 2020, 22h30

–             Papa, je peux te demander quelque chose ?

Ma fille de presque 17 ans. Il est 15h00.

–             Dis toujours.

–             Y’a les parents de mes copines qui leur ont laissé l’autorisation de sortir avec un masque.

–             Sortir où ?

–             En ville.

–             Je ne suis pas certain de comprendre : tes copines mettent un masque et se donnent rendez-vous en ville ? C’est bien ça ?

–             Oui.

–             Et tu veux mettre un masque toi aussi et les rejoindre ?

–             Y’en a plein qui sortent. C’est pas si grave si on reste à deux mètres et qu’on porte un masque et qu’on ne se touche pas.

Bigre.

–             Et elles y vont comment en ville, tes copines ?

–             Je ne sais pas.

–             Et où vous trouvez des masques ?

–             Je ne sais pas.

–             Mais vous vivez sur quelle planète ? Qu’est-ce que vous ne comprenez pas ?

–             Il y a plein de vidéos avec des gens qui sortent.

C’est mon fils de 13 ans qui vient en rajouter.

–             Regarde les vidéos.

Vidéos de gens qui se baladent.

Vidéos des cités où tout le monde est dehors.

Photos de queue chez les dealers.

–             T’as vu ?

–             C’est dingue, j’ai les bras qui me tombent.

–             Sortir, c’est la meilleure façon de faire des vues.

–             Et vous en pensez quoi ?

–             Bof.

Donc Bof. Ça va être long. Très long.

20h30.

–             Papa, j’ai une idée, dis oui, s’il te plait.

Ma fille de presque 17 ans.

Elle revient à l’attaque ?

Non, mieux.

–             Est-ce que je peux aller m’installer chez ma copine. Comme ça, je fais mon confinement chez elle. Et ça sera moins long !

–             Non, pas question.

–             Mais pourquoi ?

–             Parce que je veux te garder avec moi.

–             Papaaaaaa….

–             Tu ne saisis pas la situation ?

–             Mais c’est pareil que je sois ici où là-bas.

–             Non, justement, ce n’est pas pareil.

–             Alors, vas-y, dis-moi ce qui n’est pas pareil ? Je te jure que je ne sortirai pas. J’en peux plus d’être ici, tu ne comprends pas ? Ils viennent de dire à la télé que le confinement va durer 1 mois. Moi, enfermée ici pendant 1 mois, je deviens folle.

–             Parce que tu crois que tu vas supporter ta copine pendant 1 mois.

–             Je reviendrais quand j’en aurais marre.

Ben voyons.

–             Et si tu pars, ton frère va vouloir aller chez son copain. Ton autre frère aussi. Et comme on ne sera plus que trois à la maison, la copine de ta petite sœur va venir habiter chez nous. Puis tu vas revenir. Et ton frère aussi, avec son copain. La copine de ta sœur va repartir. Et puis c’est autre de tes copines qui va venir. Puis tu iras chez une autre. Et ainsi de suite.

–             T’es vraiment pas drôle, tu vois toujours tout de travers.

En attendant ma cocotte, tu restes sagement à la maison.