Alors que ma fille de presque 17 ans s’engueule avec toutes ses copines, que l’ennui et la solitude commencent à la miner sévère, que les demandes de sortie repointent leur nez, alors que la tension est encore montée d’un cran sur l’échelle CPL (1) entre les deux garçons et leur petite sœur, mêlant provocations, insultes, incompréhension, cris, pleurs, alors le printemps s’installe de manière  durable rendant notre jardin agréable pour les siestes sous le tilleul, quelque chose s’est passé aujourd’hui.

(1) Echelle CPL : nombre de points à ne pas dépasser pour les garçons afin que je n’aille pas confisquer la prise CPL de leur chambre, pièce maîtresse de leur connexion au monde magique du net. La prise CPL est devenue le nerf de la guerre que se livrent, d’un côté, les deux garçons énervés et de l’autre, les deux parents excédés.

Ce matin, à 11 heures, j’étais devant les nouvelles urgences de l’hôpital.

15 ans que je n’étais pas revenu.

Ma merveilleuse amie cheffe de service des urgences vient me rejoindre avec un masque et m’accompagne à la découverte du nouveau service qui a ouvert depuis 4 ans environ. Merci de ton accueil, merci de ta disponibilité et de ta gentillesse.

Tu me présentes un service neuf et fonctionnel, fruit de vos expériences, réflexions et probablement également de vos batailles, un service efficace, cohérent avec les exigences de la prise en charge des patients. Bravo, vous avez créé un très bel outil.

Je retrouve des amis, d’anciens collègues, des visages connus et souriants, avec 15 ans de plus, des visages inconnus aussi, mais tous les signes d’une équipe soudée et solidaire, qui a su s’organiser et se protéger pour gérer au mieux cette crise sanitaire.

Ma visite se poursuit dans ce grand service moderne, avec – si j’ai bien retenu – 2 box de tri, 4 places au Déchoc, 2 box équipés de scopes, 4 box d’examen pour les personnes non valides, 4 box pour les patients valides, une salle de plâtre et au milieu une salle de soin arrondie qui permet une vision sur l’ensemble. Une grande salle d’attente, une salle de transit, un scanner dédié aux urgences ainsi qu’une radiologie, un service d’hospitalisation courte durée de 10 lits, deux box pour la prison, un pour la psychiatrie, une unité SMUR avec 2 ambulances et 2 VL.

Tout a changé. Tout est neuf. Tant mieux, je ne suis pas très nostalgique des anciennes conditions de travail.

La couleur bleue des murs est apaisante, l’ambiance est détendue, les visages accueillants sous leurs masques.

Je découvre l’informatisation des dossiers, les logiciels de prescription et de localisation des malades, toutes les entrées protégées par des badges, le côté pratique des installations.

Et quand je rejoins ma voiture, que je traverse la campagne sous le soleil d’avril et que je rentre à la maison, je sens que quelque chose s’est passé.

Un très bel accueil, merci à toutes et à tous.

Des conditions de travail adaptées à ce que je recherche.

La satisfaction de continuer à utiliser et à faire fructifier les connaissances médicales que j’ai accumulées depuis 32 ans (!!!) et la possibilité d’apporter mon expérience de 15 ans de médecine de ville au service.

La satisfaction aussi d’avoir posé un acte.

Et d’ouvrir l’avenir.

Sur la route du retour, je suis impressionné par le nombre de voitures qui circulent.

Je prends des nouvelles du cabinet médical que j’ai quitté voilà bientôt 1 an. L’activité est basse. La totalité des patients dépistés sont négatifs au covid.

C’est bizarre ce qui se passe.

Hier, les urgences ont établi le chiffre le plus bas jamais enregistré en nombre de passage : 37 patients en 24 heures (contre 140-150 normalement à cette époque).

Le nombre de patients covid + hospitalisés en réa a diminué de 15 à 10.

Personne aux urgences pédiatriques.

Où sont les gens ?

Toutes les équipes sont prêtes. Et il ne se passe presque rien.

J’entends :

—           C’est fini.

C’est possible que ce soit fini ?

C’est logique de garder la population confinée alors que tout est si calme ?

—           Il parait qu’on va déconfiner les jeunes de moins de 18 ans !

—           J’ai lu que seuls les plus de 50 ans resteraient confinés !

Macron doit intervenir Mercredi ou Jeudi.

—           Papa, Maman, laissez-moi sortir ! nous implore notre fille de presque 17 ans.

Que dire, que faire, mais comment ça tient en l’air, ces deux hémisphères ?

(Bashung)

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