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Catégorie : Ca va être long, très long…

Côte à combien?

J-26 avant le 11 mai — il n’y a que les naïfs qui croient ce qu’on dit à la télé

Aujourd’hui, date historique.

La carrière de mon fils de 15 ans commence !

Le facteur nous apporte la tondeuse qu’on a commandée il y plusieurs semaines !

—              Ah, Papa, dès qu’elle est chargée, je te fais ta coupe !

Des étoiles dans les yeux.

C’est génial.

—              Maman, tu vas redevenir amoureuse de Papa, avec sa nouvelle coupe, c’est garanti !

—              Merci mon fils !

—              Tu me fais confiance, hein Papa ?

—              Oui.

Je me dis que je ne prends pas trop de risque, qu’il ne peut pas me massacrer avec une tondeuse.

Mon fils de 15 ans veut aussi couper mon fils de 13 ans. Qui lui-même coupera son frère.

On verra plus tard que ce ne sera pas possible…

—              Je te fais le dégradé américain.

Le dégradé américain est un dégradé à blanc !

—              Pour moi, pas question ! je précise.

—              T’inquiètes Papa, je maîtrise.

Bon.

La tondeuse charge.

Et en attendant, nous déjeunons.

Des patates au beurre.

—              Côte à combien tu m’épluches ma patate, lance mon fils de 15 ans à celui de 13 ans.

—              À quatre.

—              Un, deux ,trois…. Trois !

—              Quatre !

(Le but est de parler en même temps, ce que je ne peux pas retranscrire autrement que : « Trois/quatre ! »)

—              Aahhh !

—              Reverse !

—              Deux/deux !

—              Ahhhh nooon !

—              Yeeeessss !

Vous avez suivi ?

Qui épluche la patate de qui ?

Allez, un effort !

—              Et toi Papa, côte à combien que tu m’épluches ma patate ?

—              Six.

—              Ohhhh !

—              Allez, un, deux, trois….

—              Quatre/trois.

—              Reverse !

—              Un, deux, trois, …

—              Deux/trois !

Et là ?

Qui épluche quoi ?

—              Ouf ! dit mon fils de 15 ans. Je n’ai pas trois patates à éplucher !

Je reprends, un peu plus lentement.

Le principe est de déterminer un ensemble €1 constitué de nombres entiers compris entre 0 et X, X € N, X≠0, X étant établi en fonction de l’enjeu. Plus l’enjeu est difficile, plus X peut être haut.

Le but est que chaque participant choisisse un nombre dans cet ensemble €1 et que ce nombre soit différent. Si le nombre est égal, celui qui lance le défi a perdu.

Dans le premier exemple, mon fils de 13 ans choisit « cote à 4 », ce qui est assez bas, et augmente les chances de donner même chiffre. Mais l’enjeu étant assez faible, ça pimente le jeu.

Mon fils de 15 ans annonce 4 et mon fils de 13 ans annonce 3.

Le défi est perdu pour mon fils de 15ans.

Mais mon fils de 13 ans annonce : reverse !

Il renvoie le défi au lanceur.

Ce qui divise l’ensemble €1 en deux, c’est-à-dire €2, compris entre 0 et 2.

On n’a toujours pas le droit de dire 0.

Mes deux fils disent « Deux », donc le défi est gagné pour celui qui renvoie.

C’est-à-dire, en clair, que mon fils de 15 ans a lancé le défi de faire éplucher sa patate à mon fils de 13 ans. Le défi a échoué parce que les nombres annoncés différaient. Mais mon fils de 13 ans a renvoyé le défi. Et il a gagné parce que les deux nombres annoncés étaient identiques.

Quant au défi que mon fils m’a lancé, il est nul dans sa première phase et nul dans la seconde phase en raison des nombres annoncés différents.

Je ne sais pas si vous avez suivi, mais mon fils de 15 a donc épluché sa patate, celle de son frère, mais pas la mienne.

Capito ?

—              La tondeuse est chargée ! s’exclame mon fils de 15 ans. Allez, Papa !

Tout le monde s’attroupe.

On est tous impatients.

Tous ?

—              Tu n’es pas inquiet, Papa ?

—              Euh, non, ça va.

Premier débat : est-ce qu’on mouille les cheveux avant ?

—              Ben non, ça ne sert à rien.

—              Dans les vidéos, ils ne mouillent pas les cheveux.

Mon épouse sort Google.

—              « Couper des cheveux secs demande une précision d’orfèvre. Mouiller les cheveux avant la coupe ne peut qu’améliorer la qualité du travail. »

OK.

Je tranche rapidement.

Je me lève et vais me mouiller les cheveux.

Mis devant le fait accompli, mon fils de 15 ans commence avec la lame de 15mm.

—              Ça ne coupe rien, on passe à 10.

—              Tu es certain ?

—              T’inquiète, je gère.

Bzzzzz, bzzzz, bzzzzz.

—              Ça coupe rien non plus, allez, je passe à 5 mm.

—              Euh…

—              Tu me fais confiance ?

—              OK.

On se marre – surtout mes fils et mon épouse, d’ailleurs.

On envoie même une vidéo à notre copine coiffeuse qui nous a conseillé la tondeuse.

(Vous avez déjà essayé de commander une tondeuse sur amazon ? Il y a environ 500 modèles !)

Chacun y va de son commentaire.

Mon fils reste fidèle à son cap.

Fidèle à son idée.

Eh bien il a assuré.

Bravo !

5 mm sur les côtés, 10 mm sur le dessus, nickel.

Vous êtes obligé de me croire sur parole, vous n’aurez pas de photo !

Me voici jeune et beau.

Prêt à.

Prêt à quoi au fait ?

À défiler dans les rues vides depuis le confinement ?

À aller faire des courses ?

Il paraît que les contrôles policiers ont été renforcés.

J’ai aussi entendu dire que, dans la Marne, les chasseurs avaient été autorisés à contrôler les promeneurs.

Bonne chance mon gars.

Parce que le jour où je suis contrôlé par un chasseur, on va bien rigoler.

Moi, l’écolo, contrôlé par un de ces fils de putes qui pue le vin et la poudre, des plumes d’oiseau qui dépassent de sa poche, qui bazarde ses cartouches dans la nature, qui tire sur les chats tellement le gibier est déjà mort par les tonnes de glyphosate qu’il a balancé dans ses vignes, qu’il vienne, ce bâtard oser me dire quoique se soit avec son gros bide et son fusil, ce trou du cul qui prétend protéger la nature en tirant dessus comme un détraqué mental, pour un peu on dirait Macron qui parle de son nouvel amour tout beau tout neuf pour l’hôpital.

Je me calme.

On n’est pas dans la Marne.

Peut-être que dans la Marne, les chasseurs ne sont pas des sacs à vin. Peut-être ont-ils même un cerveau. Qui sait ? Je blague, bien sûr. Un chasseur avec un cerveau, ça se saurait.

Qu’est-ce que je disais ?

Mon épouse me dit qu’une prime de 500 balles allait être donnée aux soignants qui ont contribué au plan Covid.

Tant mieux pour eux, c’est mérité.

Très bien.

Mais tout de même. Ça me travaille.

Ça me fait même un peu gerber.

500 balles. Ça rime à quoi ? 500 balles pour avoir risqué sa vie sans masque ? Tu donnes quel prix à ta vie de soignant, toi ?

Si j’ai bonne mémoire, 500 balles, c’est le montant de la prime qu’on avait donné à notre assistante/secrétaire pour nous avoir aidé à gérer le déménagement du vieux cabinet médical vers le nouveau en 2013.

Et, ce qui me file la gerbe, et là on retrouve bien le côté pervers de nos gouvernants. Il y a les bons soignants, d’un côté, qui sont allés au contact et les mauvais soignants, de l’autre, qui sont restés derrière. Mais d’après toi, pour que les bons soignants aient la possibilité d’accueillir correctement les patients covids +, qu’est-ce qu’ils ont fait, les mauvais soignants ? Ils ont vidé leurs services, déprogrammé toutes leurs interventions, géré les patients covid-.

Ils ne sont pas restés les bras croisés.

Ce ne sont pas forcément des lâches ni des collabos parce qu’ils n’ont pas été sur la brèche.

Tout le monde est solidaire.

Tout le monde a participé.

Tout le monde a joué sa partition.

Bien entendu, les réanimateurs ont abattu un boulot de malade.

Bien entendu, ils ont mis toutes leurs forces dans la bataille.

Bien entendu, ils sont exemplaires.

Mais on recommence à diviser, à mettre en valeur les bons et flinguer les mauvais, à faire naître des rancœurs, poignarder l’hôpital en faisant des clans.

C’est mon avis, il ne vaut que ce qu’il vaut.

Mais ça ne m’étonne pas de nos dirigeants.

Autant fils de putes que ces connards de dézingueur d’oiseaux.

Autant protecteurs de l’hôpital que les autres pourraves sont défenseurs de la nature.

Je respire.

La presse n’est pas tendre envers Macron. Vous avez remarqué ?

Et l’école à la maison pendant les vacances ? On en est où ? Hein ?

Un peu de maths avec ma fille de CP.

Un coup d’œil rapide – très rapide – sur l’ENT pour les devoirs des garçons.

—              Ah ouais ? Tout ça ? OK.

ET hop, oubliés, les devoirs !

Circulez, y a rien à voir.

Au fait. Et la séance d’hypnose ?

Géniale.

Un chouette moment ensemble, dans le jardin.

Ce que ça a donné ?

Désolé, je ne peux rien vous dire.

Mais je vous conseille l’expérience, c’est un beau temps d’échange et de partage, un moment calme et doux où chacun peut exprimer un peu de sa vérité, de qui il est, de ce qu’il souhaite tout au fond de lui.

Ils sont merveilleux ces petits !

Pas comme ces merdeux bla,bla,bla….

Bingo !

Hier matin, mon épouse se réveille en me demandant :

—              Tu crois que c’est la fin du monde ?

Aïe, la journée commence bizarrement.

La fin du monde.

La fin du monde chacun confiné chez soi.

Dernier jour de ses vacances. C’est peut-être ça ?

Et il pleut des cordes. Pas de jardin.

Les vacances ont été reposantes, mais sur un rythme très étrange, totalement décalé, on se lève à midi, on déjeune à 14h, on goute, on dîne à 20h30, on attaque un film à 22h…

Mais demain, promis, on se lève plus tôt, on se recale !

Et, par la force des choses, c’est bien ce qui s’est passé.

Réveil 7 heures, reprise du travail.

Et, surprise !

Ma fille de CP se réveille aussi !

Alors câlin dans le lit, une histoire, petit dej en jouant aux Mille Bornes et ?

L’école à la maison pendant les vacances !

Modifiée, l’école à la maison.

Rallongée.

30 minutes de français rien que pour les CP – contre 20 minutes avant. Et 30 minutes de maths !

Et revoilà François. Il est vraiment sympa. Il donne envie d’apprendre.

Aujourd’hui, la lettre « c » qui se prononce « s » devant le « e », le « i » et le « y ».

En avant. Pas mal de lecture, ça coince+++.

Ma fille se tortille dans tous les sens, lit à l’envers, remue, fait des tours.

J’ai appris à respecter ces mouvements intempestifs depuis mon fils de 13 ans. Il fait pareil. Au début, c’est hyper-énervant.

—              Reste en place, arrête de remuer, mais comment tu veux être concentré en gesticulant sans cesse !

J’avais l’impression qu’il n’écoutait rien, qu’il s’en fichait, qu’il de foutait de moi.

En fait, j’ai découvert la « mémoire synesthésique ». Quésako ? Il y a des personnes qui ont une mémoire visuelle – qui photographient ce qu’ils lisent, d’autres une mémoire auditive. Et bien il y a aussi ceux qui apprennent par les gestes et les positions de leur corps.

Donc, quand je travaille avec mon fils de 13 ans, on s’installe dans le jardin. Et il fait de la trottinette ou du trampoline. Et figurez-vous que ça marche, et même plutôt bien.

Je laisse donc ma fille gigoter et se tortiller.

Mais quand elle commence à raconter n’importe quoi, à inventer des mots et rigoler comme une banane, stop le remue-ménage.

—              Tiens-toi bien ! Tiens-toi droite ! je lui dis d’une voix sévère.

Je me rappelle que je ne suis pas le maître de l’ancien temps, le maître que j’avais en CP, Monsieur MERUMBERGER, blouse vert chasseur, coupe de cheveux stricte, lunettes rectangulaires, jamais un sourire, qui faisait venir devant son bureau, devant tout le monde et qui tapait sur le bout des doigts avec se règle en métal si on se trompait… Douleur et humiliation. On tremblait… Fils de pute ! Va rôtir en enfer, bâtard !

Donc, je ne suis pas celui-là.

Je suis le Papa qui décide qu’il est temps de faire une pause et qui crie de joie :

—              Bravo, tu as réussi à écrire « crustacés » !

Et on danse, et on saute et on rigole !

—              Crustacés, crustacés, crustacés !

Macron, hier, il ne rigolait pas.

Et nous non plus.

Vous auriez vu la tête des enfants.

Ils attendaient l’allocution présidentielle.

Et ils sont restés jusqu’au bout.

—              Vous attendiez quoi au juste ?

—              Des infos, dit ma fille de presque 17 ans. J’ai besoin de savoir où on va. C’est son rôle de nous tenir informés.

Ils n’ont pas été déçus, les pauvres.

On en reprend pour 4 semaines.

Dur.

Mais ce n’est pas ça qui contrarie le plus les garçons. C’est ce qui vient après :

—              Le lundi 11 mai, nous ferons tout notre possible pour rouvrir les crèches, les écoles, les collèges et les lycées.

—              Quoi ?

—              Moi, jamais je ne retourne au collège, c’est mort !

—              Jamais de la vie !

—              Si le collège re-ouvre, vous irez au collège.

—              Jamais.

On verra.

—              On n’est pas encore le 11 mai…

merci Juliette!

En attendant, ce matin, j’ai envie d’essayer quelque chose.

Une séance d’hypnose collective pour entrer en soi et découvrir- peut être – une idée d’un début de commencement de motivation. Je vais adapter une séance que j’ai pratiquée hier soir avec Bernard Werber, l’auteur des fourmis, qui propose d’aller plus loin dans nos histoires, de repousser notre inconscient en allant faire du tourisme dans nos vies antérieures à la recherche d’idées d’histoires.

Héhéhé.

On va voir si ça donne quelque chose.

Je vous tiendrai au courant, promis.

C’est une occase de faire qqch ensemble.

L’occase de chercher avec eux.

—              On n’aurait jamais dû parler d’avenir et de motivation avec toi, râle mon fils de 15 quand je le réveille à 11h30 et que je lui annonce la bonne nouvelle.

Depuis hier, après une discussion avec un copain sur les écrans, on s’est rappelé que quand on avait leur âge, parfois, on s’ennuyait. ET que c’est ce qui nous a poussé à aller bricoler, découvrir, lire, dessiner.

C’est ce qui fait notre force actuellement.

Bon.

Action réaction !

—              Hello les garçons, je vous ai apporté une pile de livres. À partir de demain, et comme vous ne travaillez pas, votre temps d’écran sera corroboré à l’obligation de lire 30minutes par jour.

—              Ah non, tu ne peux pas faire ça !

—              Si.

—              Non. Tu sais qu’on a horreur de lire.

—              Mais vous avez horreur de tout !

J’ai choisi des gros livres.

Ma fille de presque 17 ans me signale que je n’ai aucune chance de les motiver avec de gros livres comme ça.

—              T’as vu la taille des livres, en plus ! 548 pages !

Bingo ! m’indique ma fille par un sourire.

—              Je vous explique. Commencer un livre, ça peut être un effort. Alors un gros livre, l’avantage, c’est que si c’est dur à commencer, une fois qu’on y est, ça dure longtemps !

—              Pas question.

—              C’est comme un film. Est-ce que la première chose que tu regardes pour choisir un film est sa durée ?

—              J’aime bien les longs films.

—              Alors, tu aimeras les longs livres.

Bon, en conclusion, les vacances, c’est bien.

Mais je suis content d’avoir repris un rythme plus dynamisant.

C’est fou comme on s’accroche aux anciennes habitudes.

C’est de la culpabilité ?

C’est simplement la vie.

L’homme est un être social, sociable et qui a besoin de s’occuper.

C’est sûrement un peu réac, me direz-vous.

OK.

J’assume.

Mais si ça me fait un peu mal aux seins de décréter des trucs comme ça.

C’est la loi!

Depuis hier, on fait des maths.

Je vois que ma fille de CP a des difficultés avec le nom des nombres.

« 4 et 6 »

—           Ça se dit comment ?

—           C’est quoi le chef de famille des 4 ?

—           Trente.

—           Tu es certaine ?

—           Non, quarante.

—           Alors ?

—           Je ne sais pas.

Alors on répète les chefs de famille.

Et ça bloque à soixante. Ça ne rentre pas. Soixante-dix non plus, quatre-vingts et quatre-vingt-dix pas plus.

On répète.

Pareil pour les doubles.

Jusqu’à 14, ça va. 8+8 et 9+9, ça coince.

La maîtresse de ma fille a créé un blog.

Premier article hier : lire 30 minutes par jour, savoir les doubles (elle renvoie à l’émission de Laure sur les doubles tout au début du programme de France4 !)

—           Cool, nous on l’a déjà fait !

—           On l’a fait, mais tu ne les sais pas ! Allez, on répète ! 2+2, 3+3, 4+4, 5+5

Je me dis qu’il faut qu’on travaille le calcul tous les jours.

Ma fille n’utilise pas les astuces pour calculer plus vite, se référant toujours à ses doigts. Elle se trompe, forcément, et ne veux pas chercher autrement.

Probablement par manque de pratique.

Je m’interroge sur sa manière de fonctionner : elle va toujours vers la facilité. Elle compte sur ses doigts, ne cherche pas par elle-même, passe du temps à retrouver comment on avait fait avant en regardant dans le cahier. Comme si chercher et réfléchir lui demandait trop d’énergie.

Mes autres enfants eux aussi, filent vers la facilité.

Et moi ? Il me semble que la difficulté aiguise mes sens et me donne le goût de la découverte. Mais pas sûr. Peut-être que moi aussi je tends vers la facilité.

Il n’y a pas de raison.

Le soir, en tout cas, règne une certaine fébrilité parmi les garçons. Ils ont quelque chose à nous demander et ils savent qu’il va falloir négocier, que ça va être dur. Visiblement, ils se sont préparés.

Acheter un scooter ? Repeindre leur chambre ? Aller sur la Lune ?

—           Bon, se lance mon fils de 13 ans. On voudrait inviter un copain à venir se confiner à la maison.

—           Vous savez que ce n’est pas possible.

—           Mais il va nous aider pour mettre la table, débarrasser, ranger le jardin, installer la piscine !

—           Ce n’est pas ça le problème.

—           Alors c’est quoi ? Il est seul chez lui et il s’ennuie.

—           Je comprends. Mais on ne peut pas.

—           Mais pourquoi ?

—           Parce que c’est interdit !

—           Tu es toujours à te cacher derrière la loi. Il n’y a que ça, la loi ! Mais détache-toi de la loi !

—           Ce n’est pas possible. On est tous obligés de suivre la loi.

—           Surtout toi !

Je rêve, mon fils me traite de collabo ?

Bigre.

Je n’aime pas ça, me retrouver à défendre le côté de la loi.

—           Mais personne ne le verra !

—           Ce n’est la question. On se confine pour se protéger du virus.

—           Et combien de temps ça va durer ?

—           Je ne sais pas.

—           Mais tu me promets que dès que le pic sera passé, on pourra sortir ?

—           Je ne promets rien du tout.

Là, ma fille de presque 17 ans intervient avec un grand sourire :

—           Moi, j’ai une solution. Je vais me confiner ailleurs et vous pouvez accueillir le copain des garçons.

Facile.

Tranquille.

—           Eh non.

—           Mais pourquoi ?

—           Parce que c’est interdit.

—           C’est trop.

—           Toujours trop.

—           Je vais vous raconter le cas de la collègue de Maman : elle travaille tous les jours à l’hôpital et rentre tous les soirs chez elle. Elle vit toute seule. Elle pourrait se confiner ailleurs, chez des amis, chez sa famille. Mais non. Elle rentre chez elle. Et elle va passer tout le week-end de Pâques seule chez elle. Pourquoi elle fait ça ? Pour protéger les autres. Voilà ce que c’est le confinement.

urgences

Alors que ma fille de presque 17 ans s’engueule avec toutes ses copines, que l’ennui et la solitude commencent à la miner sévère, que les demandes de sortie repointent leur nez, alors que la tension est encore montée d’un cran sur l’échelle CPL (1) entre les deux garçons et leur petite sœur, mêlant provocations, insultes, incompréhension, cris, pleurs, alors le printemps s’installe de manière  durable rendant notre jardin agréable pour les siestes sous le tilleul, quelque chose s’est passé aujourd’hui.

(1) Echelle CPL : nombre de points à ne pas dépasser pour les garçons afin que je n’aille pas confisquer la prise CPL de leur chambre, pièce maîtresse de leur connexion au monde magique du net. La prise CPL est devenue le nerf de la guerre que se livrent, d’un côté, les deux garçons énervés et de l’autre, les deux parents excédés.

Ce matin, à 11 heures, j’étais devant les nouvelles urgences de l’hôpital.

15 ans que je n’étais pas revenu.

Ma merveilleuse amie cheffe de service des urgences vient me rejoindre avec un masque et m’accompagne à la découverte du nouveau service qui a ouvert depuis 4 ans environ. Merci de ton accueil, merci de ta disponibilité et de ta gentillesse.

Tu me présentes un service neuf et fonctionnel, fruit de vos expériences, réflexions et probablement également de vos batailles, un service efficace, cohérent avec les exigences de la prise en charge des patients. Bravo, vous avez créé un très bel outil.

Je retrouve des amis, d’anciens collègues, des visages connus et souriants, avec 15 ans de plus, des visages inconnus aussi, mais tous les signes d’une équipe soudée et solidaire, qui a su s’organiser et se protéger pour gérer au mieux cette crise sanitaire.

Ma visite se poursuit dans ce grand service moderne, avec – si j’ai bien retenu – 2 box de tri, 4 places au Déchoc, 2 box équipés de scopes, 4 box d’examen pour les personnes non valides, 4 box pour les patients valides, une salle de plâtre et au milieu une salle de soin arrondie qui permet une vision sur l’ensemble. Une grande salle d’attente, une salle de transit, un scanner dédié aux urgences ainsi qu’une radiologie, un service d’hospitalisation courte durée de 10 lits, deux box pour la prison, un pour la psychiatrie, une unité SMUR avec 2 ambulances et 2 VL.

Tout a changé. Tout est neuf. Tant mieux, je ne suis pas très nostalgique des anciennes conditions de travail.

La couleur bleue des murs est apaisante, l’ambiance est détendue, les visages accueillants sous leurs masques.

Je découvre l’informatisation des dossiers, les logiciels de prescription et de localisation des malades, toutes les entrées protégées par des badges, le côté pratique des installations.

Et quand je rejoins ma voiture, que je traverse la campagne sous le soleil d’avril et que je rentre à la maison, je sens que quelque chose s’est passé.

Un très bel accueil, merci à toutes et à tous.

Des conditions de travail adaptées à ce que je recherche.

La satisfaction de continuer à utiliser et à faire fructifier les connaissances médicales que j’ai accumulées depuis 32 ans (!!!) et la possibilité d’apporter mon expérience de 15 ans de médecine de ville au service.

La satisfaction aussi d’avoir posé un acte.

Et d’ouvrir l’avenir.

Sur la route du retour, je suis impressionné par le nombre de voitures qui circulent.

Je prends des nouvelles du cabinet médical que j’ai quitté voilà bientôt 1 an. L’activité est basse. La totalité des patients dépistés sont négatifs au covid.

C’est bizarre ce qui se passe.

Hier, les urgences ont établi le chiffre le plus bas jamais enregistré en nombre de passage : 37 patients en 24 heures (contre 140-150 normalement à cette époque).

Le nombre de patients covid + hospitalisés en réa a diminué de 15 à 10.

Personne aux urgences pédiatriques.

Où sont les gens ?

Toutes les équipes sont prêtes. Et il ne se passe presque rien.

J’entends :

—           C’est fini.

C’est possible que ce soit fini ?

C’est logique de garder la population confinée alors que tout est si calme ?

—           Il parait qu’on va déconfiner les jeunes de moins de 18 ans !

—           J’ai lu que seuls les plus de 50 ans resteraient confinés !

Macron doit intervenir Mercredi ou Jeudi.

—           Papa, Maman, laissez-moi sortir ! nous implore notre fille de presque 17 ans.

Que dire, que faire, mais comment ça tient en l’air, ces deux hémisphères ?

(Bashung)

Seize madeleines à la fraise

22h40.

Allez, puisqu’on a dit qu’on y retournait, on y retourne !

On saute les révisions de vendredi, tant pis pour François et Agnès.

Et surprise !

Revoilà Christine, la maîtresse préférée de ma fille de CP. Et de son Papa il faut bien le dire !

Et bien, figurez-vous, Christine a changé de coiffure !

Comment elle a fait ?

Pour trouver un coiffeur ouvert, je veux dire ?

Parce que moi aussi j’irais bien chez le coiffeur.

En attendant, je vais passer à la tondeuse. On a appelé notre coiffeuse pour écouter ses conseils en matière d’achat de tondeuse et je vais du renforcement positif en laissant mon fils de 15 me démontrer ses nouveaux talents.

Son plan est prêt :

—           Je te passe à 15 partout, puis à 11 sur les côtés, puis 9 et 6. Et je te fais les contours à zéro.

—           À zéro ? Tu es certain ?

—           T’inquiète !

OK.

Bon, on n’a pas encore reçu la tondeuse, ça me laisse du répit.

J’espère que le confinement durera assez longtemps pour que ça repousse !

En parlant de confinement, les nouvelles ne sont pas très rassurantes, mais je vous en parle plus tard, je vois que je digresse.

Revenons à Christine, qui s’est donc fait un peu friser les cheveux. Franchement, chère Christine, je préférais avant. Mais vous n’avez pas perdu votre gentillesse.

Aujourd’hui, le son « ai » et « ei ».

Baleine, capitaine, treize, seize madeleines à la fraise, cool !

Et avec Christine, le retour de Laure !

Qui n’est pas allée chez le coiffeur. Meilleure confineuse que Christine ?

Laure, en tout cas, elle non plus, n’a rien perdu de son pétillant.

Et hop, la table des nombres et des calculs.

Et introduction de la notion « plus grand que » et « plus petit que ».

J’avoue, c’est mon épouse qui a fait l’école à la maison ce matin avec ma fille de CP.

J’avoue que j’ai eu du mal à laisser ma place.

Et du mal à ne pas venir mettre mon grain de sel au milieu de la séance.

J’ai bossé un peu, mais pas très loin, afin de ne rien manquer, et de ne pas être largué demain !

Ma fille a été très courageuse, bravo à elle.

Mon épouse est trop forte. Elle a fêté chaque réussite par les guilis et autres manifestations joyeuses, cool. Le changement de parent a autant de vertus que le changement d’enseignant !

Sinon.

Sinon, oui. J’y viens. Dans les nouvelles que j’ai entendues et lues ce jour. Martin Hirsch qui prévient de ne pas trop se réjouir, qu’il ne faut pas attendre le fameux ‘pic’ d’épidémie, qu’il n’y aura pas de pic. « Un pic, ça monte vite et ça descend vite. Actuellement, les chiffres montent un peu moins vite. Nous arrivons probablement à un plateau ». Plateau = confinement long.

L’autre publication déprimante, c’est le bulletin de prévision de Neil Ferguson et consorts, ceux-là mêmes qui avaient motivé notre Macron à confiner. On en parle ce soir au dîner :

—           Allez les enfants, petit quizz. Sachant qu’il faut au moins que 60 à 75% de la population française ait été en contact avec le virus pour qu’on se considère comme immunisés et débarrassés du covid, d’après vous, au J21 de confinement, quel pourcentage de la population a été en contact avec le virus ?

—           90% !

—           Euh, non, malheureusement.

—           Ah, ça doit être moins ! 20% !

—           15% ?

—           Non, c’est pire. 3%…

Vous avez bien lu, seuls 3% de la population française aurait été en contact avec le virus aujourd’hui, 6 avril, selon Ferguson…

3%

La conclusion de la publication ? « Le confinement va être long. »

Merci les gars de nous remonter le moral, c’est cool, thanks !

3%. C’est le déficit autorisé par la Commission européenne… C’est dire si on est dans la merde…

Le coin du philosophe confiné

Question : est-ce que vous donneriez de l’argent à votre ado pour qu’il aille acheter des cigarettes ?

Cela suppose que vous sachiez qu’il fume.

Cela supposerait aussi que vous acceptiez qu’il fume.

Mais si vous n’acceptez pas qu’il fume, il fumera tout de même.

Et si vous ne lui donnez pas d’argent pour qu’il achète des cigarettes, il va « se démerder » pour trouver lui-même des cigarettes.

C’est-à-dire qu’il va sortir aller voir ses copains pour se procurer des cigarettes.

Il sortira dès que vous avez le dos tourné. La nuit pendant que vous dormez.

Il va utiliser n’importe quel prétexte pour sortir.

Que vous allez être à nouveau sur son dos 24h/24 alors que la pression était un peu détendue de ce côte-là.

Ça veut dire aussi que du coup il refuse catégoriquement de faire ses devoirs, par mesure de représailles.

Il va donc sortir.

C’est-à-dire qu’il va enfreindre les règles de confinement.

Et que vous le savez.

Et que vous êtes responsable de votre ado.

Donc responsable de son infraction.

Alors, est-ce que vous donnez de l’argent à votre ado pour qu’il aille acheter des cigarettes ?

Quel genre de parents sommes-nous?

29 mars 2020

Hier matin, samedi.

Appel de la Prof principale de mon fils de 13 ans.

C’est mon épouse qui prend la communication. Elle est à l’hôpital. Elle n’a pas beaucoup de temps. Elle travaille ce samedi matin.

La prof fait le tour des élèves qui n’ont pas encore donné signe de vie sur l’ENT pour s’assurer que tout va bien.

—   Votre fils n’a pas rendu son évaluation d’anglais ni de mathématique.

—   Ah mince.

—   Qu’est-ce qui se passe ?

—   Ben, il n’y a pas de miracle.

Silence.

—   C’est mon mari qui gère notre fils et il a démissionné.

—   Ah.

—   Vous savez comme est notre fils…

En rentrant à midi, mon épouse, pas contente, explique :

—   Je n’ai pas envie de recevoir des appels quand je travaille parce que tu ne fais rien de la journée !

—   De quoi elle se mêle, cette prof !

—   Elle se préoccupe de toi, c’est très professionnel de sa part.

—   Je ne lui ai rien demandé.

À ce moment, il vaut mieux couper la discussion. Sinon, on va se battre.

Pas possible de parler d’étude, de devoirs.

Voie barrée.

Pourtant, je ne peux pas m’empêcher :

—   Tu rattraperas tes évals ce week-end.

—   Non.

—   Pourquoi ?

—   Je m’en bats les couilles de leurs évals.

—   Ce ne sont pas leurs évals, mais les tiennes. C’est ton avenir, pas le leur.

Là, il y a comme un barrage. L’avenir. C’est comme s’il n’était pas concerné.

Comment on peut faire ?

En fait, c’est simple.

Soit on privilégie la bonne ambiance à la maison, et on ne parle ni de devoirs ni d’avenir. Alors tout va bien, notre fils est agréable et la relation est possible. Soit on aborde les devoirs ou l’avenir et il se ferme. Et il n’y a plus rien de possible.

Quels types de parents sommes-nous ? Ceux qui privilégient la bonne ambiance à la maison ? Ou ceux qui posent les limites, imposent le travail, exigent la discipline et le sérieux ? Et donc pourrissent les relations, nourrissent la colère, le conflit, la violence.

Je ne sais plus.

Et marre des conseils et remarques compatissantes de notre entourage, même proche.

Les pauvres, ils ne sont pas assez sévères.

Aucune autorité.

Je ne vous permets aucune observation.

Qu’est-ce qu’on fait ?

Le confinement renforce la situation de crise.

J’ai envie – comme tout le monde – que notre confinement soit un moment familial au moins sympathique et vivable. Je n’ai pas envie d’une situation de violence et d’engueulade perpétuelle. Mon fils n’a pas d’échappatoire avec ses copains. Je l’empêche rigoureusement de sortir. Je ne peux pas me battre sur tous les fronts.

Alors j’en parle avec ma fille de presque 17 ans :

—   Qu’est-ce que tu penses de ton frère ?

—   C’est-à-dire ?

—   Il s’en fiche réellement de son avenir ?

—   Je pense qu’il ne réalise pas. C’est trop loin pour lui.

—   Il ne se sent pas concerné ?

—   Non.

—   Mais comment c’est possible ?

Comment c’est possible de ne pas avoir même une idée de l’avenir ?

Ça l’effraie ?

Pour mon fils de 15 ans, les choses ont l’air assez simples.

—   Je vais devenir coiffeur.

—   Ok.

Ma femme s’écrie :

—   Tu vas pouvoir aller faire un stage chez Audrey !

Audrey est notre coiffeuse.

Levée de boucliers immédiate.

—   Ah ça y’est, dès qu’on dit quelque chose, tu proposes un stage !

—   Mais c’est chouette de faire un stage, tu peux voir vraiment ce que c’est !

—   Maman, c’est plus comme ça qu’on fait, nous.

Ah bon, et comment vous faites alors, vous ?

—   Nous on regarde des vidéos sur YouTube et on se lance !

Waouh.

Même si mes enfants me relèguent au rang de vieux con, là, j’ai des doutes.

—   Papa, tu veux que je te fasse un dégradé ?

—   Euh…

—   Tu ne me fais pas confiance ?

—   Il ne s’agit pas de confiance. Disons que j’ai un peu l’impression de servir de cobaye.

—   Je maîtrise, je t’assure !

Et il part dans une série d’explications avec des hauteurs de tondeuses, des gestes et tout ça.

—   Alors ?

—   Ben bof.

—   Donc, tu ne me fais pas confiance.

—   Je pense que ce n’est pas tout à fait comme ça que je procéderais.

—   Tu veux que je te re-explique ?

Je garde le meilleur pour la fin.

Nous terminons de dîner, je propose que nous regardions deux épisodes de ‘Validés’, une série sympa sur le milieu du rap français qu’on a commencé et qu’on regarde ensemble un peu tous les soirs.

Réponse de mon fils de 15 ans :

—   Oh non, trop la flemme d’aller me mettre sur le canapé.

Tu en veux de la génération qui va sauver le monde du capitalisme sauvage ?

Tu en veux du jeune qui va révolutionner la transition énergétique ?

Je sais, on est tous passé par là (quoique je n’en suis pas si certain)

Ah, je sais, c’est de la faute des parents.

Après, plus tard, pas maintenant, la flemme, pas envie, trop crevé, …

11h30, j’appelle mon fils de 13 ans pour qu’il descende faire son travail en Arts plastiques. Thème, « se mettre au vert », 5 pages de consignes avec des dessins, des modèles, des notions, Guiseppe Penone qui explique sa sensibilité particulière aux effets réciproques entre hommes et nature. Ça me donne trop envie, j’ai plein d’idées.

—   Non, je ne peux pas descendre.

—   Pourquoi ?

—   Parce que je ne peux pas.

—   Quand, alors ?

—   Après.

Après, plus tard, pas maintenant, la flemme, pas envie, trop crevé, …

La prof a fourni des œuvres de Penone, des photos de Yann Arthus Bertrand et des reproductions de Douanier Rousseau. Je trouve ça chouette. Je m’aperçois que c’est trop cool d’être élève, d’apprendre, d’approfondir, de créer. J’adore l’histoire et j’ai envie de m’y plonger, j’adore la géopolitique, je vois avec admiration ma fille apprendre les sons et les nombres, et je regarde avec dépit mon fils de 13 ans mépriser les notions d’identité légale et personnelle en EMC — il ne comprend ni l’intérêt ni le sens d’apprendre ça, moi je trouve ça extra —, détester les volcans en SVT — ça l’emmerde profondément, moi je regarde avec intérêt les vidéos sur les volcans effusifs et explosifs, les schémas, l’apparition des îles plates ou iles pointues, la tectonique des plaques, les évolutions de notre terre. Lui, il s’en cogne…

Je ne comprends pas.

J’ai été certainement comme ça.

C’est maintenant qu’il faudrait que j’aille à l’école, c’est maintenant que je suis ouvert et que j’ai envie d’apprendre, de lire, de découvrir, d’aller plus loin, de creuser.

Ils ont toute la journée pour travailler, se cultiver, approfondir, reprendre, lire, écouter, regarder…

Après, plus tard, pas maintenant, la flemme, pas envie, trop crevé, …Ils ont envie d’école buissonnière, de liberté, d’aller voir leurs copains, de se marrer, de faire des conneries.

Qu’on les laisse tranquille.

Mais ce n’est pas possible, les enfants, pas possible !

—   C’est bien toi, ça. Toujours trop rigide, rabat-joie, pas marrant.

Qu’est-ce qu’ils font alors ?

Ils communiquent avec leurs copains.

Ils se gavent de vidéos débiles.

Ils jouent beaucoup.

Hier, ils sont allés tous les trois faire du vélo.

Et moi, qu’est-ce que je fais ?

Je régresse, fais des lignes d’écriture avec ma fille de CP, joue aux Mille Bornes, lis des histoires de ‘Mes premiers j’aime Lire’, joue aux Playmobil, cherches les 7 différences, trouve des rébus, raconte des blagues, regarde le vent qui agite les jeunes feuilles de notre tilleul…

Ça va être long, au secours !

28 avril… mon Dieu que ça va être long…

Moi, j’ai plein de choses à faire, un storyboard à finir de dessiner, plusieurs scénario à travailler, un blog à animer, un site internet à mettre en place, 3 romans à relire et corriger, des histoires à écrire,  2 séries à poursuivre, des tas de bouquins commencés. De ce côté, de toutes manières, je n’aurais jamais fini.

Mais les enfants?

Qu’est-ce que je vais faire d’eux?

Comment je vais arriver à les motiver? A éviter la transformation inéluctable en consommateur exclusif de contenus réducteurs et peu évolués ( pour pas dire totalement débiles ) pour qui il faudra installer la 10G afin qu’ils ne développent pas un syndrome de manque.

Je me sens un peu découragé aujourd’hui.

Pas très confiant.

Las.

Bon, on va manger, ça ira mieux.

Très dur aujourd’hui. Ça ne s’arrange pas.

Il parait que c’est le 10e jour le plus difficile.

Je ne veux pas abandonner mes enfants mais s’ils ne mettent pas du leur, je demissionne.

Je m’enferme dans une pièce et je n’en sors plus.

Je sais que ce n’est rien par rapport aux soignants qui luttent au quotidien sans masque, rien par rapport a tous ceux qui sont enfermés dans 30 m2 en ville, rien par rapport a tous ceux qui survivent en réa mais aujourd’hui, c’est trop dur.

Plus une panne de courant, dans l’après-midi.

– Mais Papa, qu’est-ce qui se passe?

– Une panne de courant.

– Mais je n’ai plus de batterie!

– Ça va durer combien de temps, Papa?

Ma fille de presque 17 ans:

– Mais tu ne fais rien?

– Qu’est-ce que tu veux que je fasse?

– Mais c’est ton rôle de faire quelque chose!

Il faut que je dépanne le reseau maintenant….

Ce soir à table:

– Vous arrivez a envoyer vos devoirs sur ENT?

– Impossible. Tiens écoute les messages de la classe : -vous avez réussi à envoyer la chimie. – Non. – Ca marche pas – Y avait de la chimie?

La question du jour?

Comment faire pour mobiliser mon fils de 13 ans qui s’en balec?

Putain, comment faire?

Il ne fait rien tout seul.

Pire, il s’en tape.

Comment faire?

Je l’abandonne?

Je fais à sa place?

Je l’assiste.

Je le punis?

Je l’enferme?

A l’aide.

Ce soir, je suis épuisé.

Ça va être long, très long…

Et je vais finir par me lasser.

Et vous aussi.

Tant pis, c’est ma mission.

–          Papa, je peux aller courir cette après-midi ?

–          Oui, si tu y vas tout seul.

–          Ben non, j’y vais avec mon frère.

–          Vous n’allez pas rejoindre des copains ?

–          Non.

–          Sûr ?

–          Oui.

–          Bon alors pourquoi pas.

C’est alors qu’intervient ma fille de 7 ans :

–          Moi j’ai entendu leur copain dire qui allaient se rejoindre…

Silence gêné.

–          La poucave !

–          Balance !

–          C’est vrai, ça ? je demande.

–          Non. On y va seul.

–          Je ne vous crois pas. Vous restez là.

–          Mais je vais exploser si je ne vois pas mes copains !

–          Je sais, mais ce n’est pas possible.

Puis je rembobine.

–          En fait, vous m’avez menti !

–          Normal, me répond mon fils de 13 ans. Si on te demande, tu vas répondre que tu ne veux pas.

–          Normal, c’est interdit de sortir. Vous savez qu’il y a des gens en garde à vue pour « mise en danger d’autrui ? » et qu’ils risquent 1 an de prison et 15 000 euros d’amende. Et que le Rassemblement National demande la mise en place d’un couvre-feu pour que les forces de l’ordre puissent intervenir sans se justifier et que les jeunes rentrent chez eux comme « les honnêtes gens ».

– Tu exagères, comme d’habitude.

– Et l’amende de 135 euros?

– On s’en fiche, c’est toi qui paie.

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