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Catégorie : le coin du philosophe cofiné

Alors, qu’est-ce qui vous motive?

18 juin

Je me réveille en vrac, mal au ventre, crevé, envie de rien. J’ai prévu une sortie en VTT, mais même ça, je n’ai pas envie.

Je me mobilise tout de même et je sors rouler.

Je reviens en pleine forme, dynamisé, plein de projets. Et je suis super content.

Le contact avec la nature, les arbres, les fleurs, les sentiers, le vent, grimper, la joie de l’effort, la montagne, le beau temps, les odeurs et la fraîcheur du matin.

C’est tout ça qui me reconnecte à moi-même.

C’est tout ça qui me mobilise.

J’en discute avec les enfants, tous présents au déjeuner.

C’est devenu très rare.

—           Qu’est-ce qui vous redonne de l’envie quand vous vous réveillez en vrac le matin et que vous n’avez envie de rien ?

—           La musique, me dit mon fils de 15 ans.

—           Les amis, dit mon fils de 13 ans.

—           Les amis et la musique, répond ma fille de presque presque 17 ans.

Les amis.

La musique.

La nature.

Et  vous ?

C’est chouette de savoir à quel élément recourir quand on a besoin d’un coup de main.

19 juin

Ce qui me motive aussi, ce sont des émissions que j’entends, soit à la radio, soit en podcast.

Ce matin, c’est le Cours de l’histoire de Xavier Mauduit sur France Culture en podcast.

Les interminables combats pour l’égalité aux États-Unis.

Qu’est-ce qui attise à ce point la haine contre les Afro-américains ?

Pourquoi même Barack Obama n’a pas réussi à s’attaquer au fléau qu’est le racisme aux EU ?

Qu’est-ce qui pourrait combler le fossé entre les blancs et les noirs ?

Une passionnante histoire du SUPRÉMACISME aux États-Unis.

Tout remonte à l’esclavagisme.

Le premier esclave africain qui débarque aux États-Unis est le fait d’un bateau négrier hollandais qui, après un tour dans les Caraïbes, s’arrête en Virginie en 1619 avec quelques esclaves qu’il a en trop et en propose aux planteurs.

Pourquoi pas se disent ces derniers.

C’était il y a donc 400 ans.

Rien ne prédestinait les planteurs de Virginie à devenir de grands esclavagistes.

D’ailleurs, comment un peuple qui vit sur les valeurs de la bible, protestant, respectant autant l’homme et ses valeurs peut devenir acteur de la pire manière de traiter des hommes ?

En se racontant des histoires, en créant un mythe, en utilisant des outils, des outils qui marquent encore la pensée inconsciente collective des EU aujourd’hui.

Les Noirs méritent de devenir des esclaves, étant une race inférieure. Ils ne sont pas des hommes, on peut les rendre corvéables à merci, leur faire subir tous les châtiments endurables, les tuer s’ils n’obéissent pas. Pas de problème.

Cela s’appelle le SUPREMACISME : non seulement les Blancs sont supérieurs aux Noirs, mais en plus, ils ont tous les droits sur eux. C’est comme ça.

Et c’est cette pensée arbitraire et pratique pour déshumaniser des hommes et se donner bonne conscience de le faire qui semble si difficile à surmonter.

Parce que les États-Unis ne sont pas le seul pays à avoir eu des esclaves. Le Brésil en a eu beaucoup plus. Mais il ne persiste pas une telle haine.

L’histoire n’est pas la même.

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Alors que dans les colonies, des propositions de loi ont dédommagé les planteurs de la perte financière due à l’abolition de l’esclavage —123 millions de francs pour les colonies françaises en 1848 —, la libération des esclaves aux États-Unis se décide à l’issue de la Guerre de Sécession entre 1861 et 1865. Cette guerre civile oppose l’UNION dirigée par Abraham Lincoln aux États confédérés, 11 États du Sud, tous esclavagistes. Cette guerre est la plus meurtrière de l’histoire des EU, 620 000 morts, 360 000 nordistes et 260 000 sudistes et 60 000 étrangers.

Les États du Sud perdent en 1865, ce qui assure la prépondérance des pays industrialisés employant des ouvriers sur les pays agricoles employant des esclaves. Et qui sonne la fin de l’esclavagisme.

Les grands propriétaires perdent leurs esclaves, sans compensation, ce qui serait une perte estimée à plusieurs centaines de milliards de dollars.

Plus de 4 millions d’esclaves ont été vendus dans le Sud des États-Unis en 250 ans.

Les États du Sud ont remplacé l’esclavagisme par la Ségrégation, situation qui laisse perdurer une violence et une animosité contre les Noirs. C’est aussi à ce moment que voit le jour le Ku Klux Klan, société secrète terroriste suprémaciste blanche des États-Unis, fondée à la veillée de Noël 1865 et est un des dispositifs des états du Sud pour s’opposer par tous les moyens violents possibles (assassinats, attentats, viols, tortures, enlèvements, incendies d’écoles et d’églises afro-américaines) à l’application des droits constitutionnels des Afro-Américains garantis par plusieurs amendements au lendemain de la Guerre de Sécession : le Treizième amendement de la Constitution des États-Unis du 6 décembre 1865 abolissant l’esclavage, le Quatorzième amendement de la Constitution des États-Unis de 1868, accordant la citoyenneté à toute personne née ou naturalisée aux États-Unis et interdisant toute restriction à ce droit, et le Quinzième amendement de la Constitution des États-Unis, de 1870, garantissant le droit de vote à tous les citoyens des États-Unis et par conséquent aux anciens esclaves.

L’invitée de cette émission, Françoise Coste, commence l’émission par ces propos :

« Tout ce qui se passe aux États-Unis a, tôt ou tard, un rapport avec l’héritage de l’esclavage, avec la division de la population entre Blancs et Noirs. Je crois qu’il y a quand même eu un grand espoir en 2008 avec l’élection de Barack Obama, qu’une page soit tournée. Et aujourd’hui, on se rend compte que nous nous sommes tous collectivement trompés. Ce n’est pas juste que la page n’a pas été tournée, c’est que nous avons l’impression de revenir en arrière. Et ça, c’est assez désespérant, cela confirme que l’Amérique est engluée dans sa problématique raciale. Françoise Coste

À écouter : https://www.franceculture.fr/emissions/le-cours-de-lhistoire/les-interminables-combats-pour-legalite-aux-etats-unis-24-le-supremacisme-blanc-le-mal-persistant-de

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Autre chose qui me stimule, le combat contre les pesticides.

Outre que je me dise si souvent que je devrais aller militer dans l’association Nous voulons tous des Coquelicots crée pas Fabrice Nicolino, journaliste, et François Veillerette, président de Générations futures, outre que j’admire Daniel Cueff, le maire de Langouet qui a pris un arrêté anti-pesticide en aout 2019, outre mon enragement à voir les pulvérisateurs de pesticides en action 24h/24 dans nos vignes en ce moment tellement féérique qu’est le printemps, outre que j’ai eu pendant plusieurs mois l’envie de présenter une liste écologiste aux Municipales de mon village, voilà que je tombe sur un documentaire en bande dessinée dans la revue XXI :

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Le portrait de Daniel Cueff par Benjamanin Adam pour la revue XXI.

Magnifique, tellement encourageant.

Et là je comprends.

Que Daniel Cueff est un maire ouvert, au service des habitants de son village, sensible à l’écologie, à l’écoute et qu’un jour, le collectif des Coquelicots, qui a rédigé un arrêté anti-pesticide à l’aide d’avocats de haute volée et qui cherche un homme courageux pour le porter, propose à Daniel Cueff d’être leur porte-parole. Et qu’il accepte.

Que Daniel Cueff est porté par un important collectif local, très organisé, déterminé et qu’il est soutenu par le sénateur écologiste du Morbihan Joël LABBÉ, celui-là même qui a réussi à faire voter la loi interdisant l’utilisation de produits pesticides par les Mairies et qui continue son combat contre les lobbies et les industriels, tout en remettant les agriculteurs au centre de la question.

Que j’ai bien fait de ne pas me présenter aux Municipales de mon village, seul, sans équipe déterminée et soutenante, moi qui croyais naïvement que Cueff avait pris un jour son arrêté comme ça, parce qu’il en avait ras le bol de se faire gazer.

Qu’il est urgent que j’aille militer dans une structure bien organisée

Que je peux développer une activité d’information et de sensibilisation au sein de mon village, de former une équipe, de rassembler un maximum de personne, d’intégrer des vignerons, de se fédérer tous ensemble contre l’ennemi commun : les industriels et la FNSEA. Que sans cela, pas d’issue possible.

Que fort de cette équipe et de cette expérience, je peux présenter une liste aux municipales dans 6 ans, non pas pour gagner, mais pour porter ces idées et protéger les habitants de ces produits si dangereux.

Voilà ce qui me motive, m’anime et me donne envie d’aller de l’avant, au contact des gens, avec une équipe.

Bonne journée !

#suprémacisme #nature #esclavagisme #ségrégationnisme #écologie #danielcueff #revueXXI #guerredesecession #KKK #ségrégation

Procrastination, un vilain défaut ? Pas si sûr…

10 juin

La PROCRASTINATION

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Ça, c’est la version morale, celle qu’on a tous en tête, celle des livres, les premières phrases qui tombent quand on ouvre Google.

La procrastination est un vilain défaut dont vous trouverez mille publications, livres, bons conseils pour la dépasser, la chasser, la bannir de vos habitudes.

Au passage, vous prendrez une bonne dose de sermons et discours vertueux.

Mais.

Mais si on regardait les choses différemment ?

Si la procrastination était une bénédiction ?

Une bénédiction à observer plutôt qu’à anéantir ?

Pourquoi on procrastine ?

Parce qu’on n’a pas envie.

Pourquoi on n’a pas envie ?

Parce qu’on n’est pas motivé.

Et pourquoi on n’est pas motivé ?

Parce qu’on ne va pas dans la voie qui nous correspond.

Est-ce que vous procrastinez quand vous faites face à une activité qui vous passionne ?

Non.

Et bien voilà.

On touche au but.

Un enfant qui procrastine devant son bureau face à ses devoirs.

Ça énerve ses parents.

—        Pourquoi tu ne travailles pas ? Tu es là, tu ne fais rien.

Un enfant ne fait-il réellement rien,  « rien du tout » ?

Il rêvasse. Il écoute de la musique, il joue aux jeux vidéo, il rejoint ses amis.

Qu’est-ce qui se joue à ce moment ?

Que veut dire la musique qu’il écoute ? Les jeux auxquels il joue – quels jeux d’ailleurs, le savez-vous ? Quelles stratégies d’excellence met-il en place pour gagner ? Que veut dire son besoin d’ami ? Quels amis ? Le savez-vous au moins ?

—        Qu’est-ce que vous souhaiteriez qui persiste du déconfinement ? je demande à mes trois grands un midi.

—        Ne pas retourner en cours.

Réponse unanime, sans une seconde d’hésitation.

Les cours, c’est douloureux, c’est ennuyeux, ça ne sert à rien, on n’apprend rien, on perd notre ‘jeunesse’.

—        Qu’est-ce que vous voudriez faire ?

—        Allez voir nos copains.

—        Pourquoi ?

—        Pour rigoler.

—        Pour être bien avec eux.

—        Parce que c’est la vie.

C’est la vie.

—        Et aller en cours, c’est pas la vie ?

—        Non, c’est la mort.

Conseil de classe de mon fils de 15 ans : « ne travaille pas, aura beaucoup de mal à suivre en seconde générale ».

Il ne travaille pas.

Pas motivé.

Les profs sont surpris que nous, parents, n’ayons choisi qu’une seule orientation pour la seconde. ‘Seconde générale dans le lycée de secteur’.

Qu’est-ce qu’ils attendaient ?

Que je l’inscrive en pro parce qu’il ne travaille pas ?

C’est comme ça que vous voyez le pro ? Une voie de garage pour ceux qui ne travaillent pas ?

C’est comme ça que vous voyez mon fils ? Un garçon qui ne travaille pas et qui n’a rien à faire en voie générale ?

Je rajoute un garçon intelligent, bourré de potentiel et qui ne travaille pas et qui n’a rien à faire en voie générale ?

Pourquoi il ne travaille pas ?

Vous pensez qu’il est stupide au point de se foutre de son avenir ?

Que c’est un imbécile qui ne comprend pas qu’il travaille pour lui et pour son avenir ?

Excusez-moi, mais là, c’est vous, les profs, qui débloquez.

Pas un moment vous vous remettez en cause ?

Pas un moment vous vous imaginez que vos cours ne l’intéressent pas ?

Je ne vous demande pas de refondre le programme ni de tout changer.

Je vous demande d’ouvrir les yeux et de regarder autour de vous.

De faire remonter à votre hiérarchie qu’il y a un problème.

Quand 3 enfants intelligents — les miens en l’occurrence —ne travaillent pas, sautent des cours, n’écoutent pas en classe, se font exclure : quel est le problème ? Des parents qui n’ont aucune autorité ? Des enfants stupides et inaptes ? Des cours qui ne captivent pas les enfants ? Un programme inadapté ? Un manque de sens ? De motivation ?

Je n’ai pas la réponse.

Je réfléchis.

Je me questionne.

Je ne supporte plus la réaction de certains qui se contentent d’un ‘tes enfants manquent de cadre’, ‘ils souffriront quand ils seront adultes’, ‘ils sont inadaptés aux contraintes et à la frustration’, ‘la vie, ce n’est pas se la couler douce’.

Si on reprenait tout à l’envers ?

À mon fils de 15 ans :

—        Qu’est-ce que tu aimes faire avec tes amis ?

—        Écouter de la musique.

—        C’est toi qui choisis la musique ?

—        Le plus souvent, dans les soirées, c’est moi le DJ.

—        Génial.

À mon fils de 13 ans à qui j’ai dit, un jour, que je l’admirais d’oser dire ‘non’ à ses profs et ‘ça je ne le ferai pas’ à ses parents — remarque qui m’a attiré les foudres de mon entourage aux prétextes de paroles irresponsables et immatures — je dis aujourd’hui : tu sais ce que tu ne veux pas, à défaut de savoir ce que tu veux, mais je suis certain que ça viendra. Tu fais preuve de discernement, tu sais t’opposer à un groupe d’adultes, tu sais te positionner sans te préoccuper de ce qu’on pense de toi. Ce sont des qualités immenses de leadership.

À mon fils de 15 ans et à celui de 13 ans, vous aimez faire rire vos camarades en classe, malgré les remarques des profs, les punitions et les heures de colle. Ce sont d’immenses qualités de prise de position et de prise de parole dans un environnement qui e vous regarde pas forcément avec bienveillance, des qualités de courage face à des punitions qui ne manquent pas de tomber. Vous assumez.

—        Qu’est-ce qui te fait vibrer au fond de toi ?

Les enfants n’osent pas le dire.

Parce qui les fait vibrer ne vaut rien sur l’échelle sociale des valeurs des parents.

Se marrer entre potes, aller se balader, glander, regarder un film, jouer aux jeux vidéo.

Ça ne vaut rien.

Ce ne sont pas des motivations.

Ou des motivations justes bonnes pour ‘après avoir fini tes devoirs’.

Est-ce que sont de mauvaises motivations ?

Qu’est-ce que nous, adultes, nous leur donnons envie de faire ?

Qu’est-ce qui dans notre manière de vivre, leur donne envie ?

L’épanouissement par le travail, quand nous ne rentrons pas crevés et énervés.

Oui, OK.

Mais encore ?

La recherche de ce qu’ils pourraient bien faire.

À un déjeuner récemment, je pose la question :

—        Qu’est-ce que tu donnerais comme motivation ou comme conseil à tes enfants ?

—        Moi, on m’a laissé libre de choisir ce qui me plaisait. Jamais je ne ferais quelque chose qui ne me plait pas ou qui n’a pas de sens pour moi.

—        Oui, mais quand tu as 13 ans et que tu décides de ne faire que ce qui t’intéresse et de laisser tomber le reste alors que tu n’as aucune idée de qui tu es ni de ce que tu veux faire ?

—        Alors je ferai tout pour qu’ils aient la liberté de faire le choix de ce qu’ils veulent faire.

—        OK. Mais comment tu les motives pour tenir jusque-là ?

Surtout quand ils sont persuadés qu’ils seront morts dans 20 ans pour raisons de crise climatique…

Là est tout le problème : comment les faire tenir sur tout le tronc commun, jusqu’à ce que se dessinent les premières esquisses du métier qu’ils auront choisi ?

Comment les faire tenir entre les règles de grammaire, l’algèbre, les 3 états de l’eau, Antigone, la techno, les PMN en musique et scratch en techno ?

Je ne sais pas.

Je ne sais pas faire. Et je n’ai ni envie de les enfermer ni envie de leur taper dessus.

J’ai envie de les accompagner.

Le plus souvent, je travaille avec mon fils de 13 ans. Sa première réaction : « je ne comprends rien ». Mais ce n’est pas ça. Ça le saoule tellement qu’il n’écoute pas, qu’il a du brouillard devant les yeux.

Mas dès que je prends le temps de lui raconter et de traduire les cours de maths ou les documents d’histoire, il comprend tout et résout tous les problèmes en deux secondes.

Ce qui veut dire qu’il faut lui préparer tout le travail, le lui amener tout cuit. Certains diront ‘lui mâcher le travail’.

Est-ce lui rendre service ?

Je ne sais pas.

Mais le laisser planter devant ses devoirs ne lui rend pas service non plus.

Un autre repas :

—        Vous avez un axe d’éducation pour vos enfants ?

—        Je n’y ai jamais réfléchi et toi ?

—        Moi non plus je n’y ai jamais trop réfléchi. Mais je me dis que plus qu’un cadre ou qu’une autorité, ce qui me parait essentiel, c’est d’être à leur écoute, de les regarder grandir, d’être là s’ils en ont besoin, de les accompagner sur la route de leur vie, de les aider à se découvrir, à se connaître, à se faire confiance pour trouver au fond d’eux pour quoi ils sont faits, pour expérimenter ce qu’ils ont envie de faire de leur vie et dans leur vie, être un Papa aimant et bienveillant, sur qui ils peuvent compter, qui fait de son mieux pour qu’ils ‘réussissent’ leur vie.

—        Et tu y arrives ?

—        Je suis très perturbé par mon éducation, pas le manque de force qui m’habite parfois, par le découragement de situations difficiles et pénibles, par mon hypersensibilité à laquelle j’ai envie de faire confiance, mais qui est si souvent à l’opposé des pensées mainstream. Je suis choqué par les réactions des personnes autour de moi.

Un dîner récent, lors d’une discussion à propos de ‘L’Arbre à pépins’ une école où on laisse les enfants libres de leur programme et de leur évolution, une amie me lance :

—        Tu n’aurais pas envie de créer une école ?

—        Carrément. Je n’ai aucune compétence, mais je sens qu’on marche à l’envers.

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Je repense à Ivan Illich, l’école nous fait croire que nous avons besoin de la société telle qu’elle est, lire le billet du 4 juin.

Et je suis de plus en plus d’accord avec lui.

De plus en plus d’accord.

J’ai envie de faire quelque chose.

Ne pas laisser mes enfants sans solution.

Une dernière réflexion.

Un déjeuner avec ma fille de presque 17 ans.

Je lui explique ce que je ressens :

—        Je n’ai pas envie de vous élever dans un cadre, je n’ai pas envie d’être un gendarme, de vous fliquer, de vous punir si vous ne travaillez pas… mais j’ai aussi peur de me tromper et de mal faire. Alors je suis entre les deux. Et c’est très inconfortable. Pour vous et pour moi.

Sur les conseils d’un ami, j’ai commandé un livre :

La domination adulte

De Yves Bonnardel.

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Je vous dirais !

Attendre, c’est long…

15 mai

Personne ne porte de masque au supermarché.

Alors qu’à la pharmacie, tu ne rentres pas si tu ne portes pas de masque.

Je pose la question au pharmacien que je connais bien.

—        Pourquoi vous laissiez entrer des personnes sans masques pendant le confinement et que maintenant que nous sommes déconfinés, les gens sans masques n’entrent pas ?

—        Parce qu’avant, on n’avait pas de masque !

OK.

Logique.

Les gens sans masque commandent par le guichet ‘drive’.

Ceux avec masques ont accès à l’intérieur de la pharmacie, mais uniquement 4 par 4.

Bon, aujourd’hui, malgré mon beau masque — celui avec des sapins — fait à la maison, on me prend tout de même mon ordonnance devant la porte.

Autre son de cloche au supermarché quand, à la caisse, je fais la remarque à la caissière, que je connais bien elle aussi.

—        C’est fou, personne ne porte de masque !

—        C’est parce qu’on n’en trouve pas.

Alors, il y a des masques ou pas ?

A la clinique où j’étais ce matin, tout le personnel portait des masques. Beaucoup de masques FFP2 – masques canards, les seuls qui protègent de l’inhalation de virus, les masques chirurgicaux empêchant les projections de gouttelettes de virus et filtrant un peu l’air inhalé.

A la boulangerie, je suis le seul à porter un masque.

Dans la rue, presque personne avec un masque.

A la librairie, le libraire a prévenu : « j’ai une maladie respiratoire, on n’entre pas sans masque. » Il préfère d’ailleurs qu’on passe commande par internet et qu’on n’entre pas du tout.

Au magasin de piscine, le guichet est dehors. On attend le magasinier et il nous amène ce qu’on veut.

Au magasin d’informatique, tu appelles un numéro indiqué sur un pupitre, tu discutes avec le vendeur au téléphone qui vient te livrer dehors.

Au Centre Médico Psychologique — CMP — où travaille mon épouse, depuis ce matin, c’est open bar : à l’entrée, un flacon de gel hydroalcoolique et une boite de masque. Masques à volonté ! Après cette pénurie et le comptage individuel, s’en est presque indécent…

A la poste, tu fais la queue et tu n’entres pas parce qu’il est midi et que le rideau métallique tombe d’un coup, sans sommation !

C’est fou ce qu’on fait la queue, vous ne trouvez pas ? Devant le Supermarché pour entrer, aux caisses, à la Pharmacie, à la boulangerie. Partout on attend.

On attend.

Plus qu’avant, non ?

Ou bien j’ai perdu l’habitude, confiné chez moi.

C’est long.

Ça me donne à penser à un texte qu’a fait passer un copain sur LinkedIn.

extrait de la Panthère des neiges de Sylvain Tesson

Et grandes nouvelle, ma newsletter est en service depuis ce soir!

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À Dieu va !

Quelle est la bonne technique pour réveiller des ados décalés qui dorment le jour et vivent la nuit ?

J’ai essayé plusieurs méthodes et je vais tacher de vous en donner les résultats.

1—la méthode sympathique

À part le fait qu’elle soit sympathique, elle ne mène à rien.

—              Hello les enfants, c’est l’heure de se lever !

—              On non, pas déjà.

Ils se retournent et se rendorment.

2—la méthode rigolote

—              Hello les kids, debout, c’est l’heure de l’école à la maison ! L’heure des devoirs !

Et je me jette sur eux, chatouilles, guiliguilis, petite chanson dans les oreilles, gratouilles dans le cou, titilles sur la plante des pieds, rigolades.

—              Papa, laisse-moi, t’es relou, arrête !

Et ça gigotte et ça se débat et ça crie, proteste, râle, se plaint, supplie, se lamente.

Et ils se retournent et se rendorment à peine je cesse.

Échec.

3—la méthode idiote

—              Salut les enfants !

Et vlan, une bassine de flotte glacée sur la tronche.

Au moins ça les laverait, me direz-vous ?

Eh bien figurez-vous que l’image de l’ado allergique à l’eau et au savon et qui pue la transpiration a fait long feu. Un ado 2020 est propre comme un sou neuf, rasé, épilé, luisant de gel et de déo. Et notre pauvre planète les conjure désormais de limiter les douches à mille litres chacune.

Je n’ai pas essayé.

4—la méthode personnalisée

Pour ma fille de presque 17 ans, je m’assois sur le bord de son lit et lui pose quelques questions.

—              Coucou, ça va ? Qu’est-ce que tu as fait cette nuit ? Tu as dessiné ?

—              Comment vont tes copines ?

—              Tu t’en es sortie avec ton devoir d’Histoire ? C’était sur quoi ?

Sur la Grande dépression et la Belle Époque entre 1873 et 1911.

Très intéressant. La société essentiellement agricole, qui cultive son petit lopin de terre et maîtrise donc la chaine de production de son alimentation invente le concept de spécialisation des tâches, ou comment ne pas tous faire la même chose, mais s’occuper chacun d’un morceau de la chaîne. D’où meilleure rentabilité, mais perte du contrôle de la chaine à l’échelon individuel.

Ceci est mon interprétation personnelle de cette période et n’implique que moi.

Mais nous discutons tous les deux des débuts de l’industrialisation, des fondements de la mondialisation et l’origine de la crise sanitaire que nous vivons avec la délocalisation massive de tous les produits et services dont nous manquons cruellement aujourd’hui pour assurer notre fonctionnement et notre sécurité.

Le but est de la faire parler suffisamment pour ne lui éviter de se rendormir, de la stimuler suffisamment pour réveiller ses centres nerveux, de l’intéresser et de l’impliquer suffisamment pour la tirer hors du brouillard qui plane encore dans son esprit. C’est la méthode qui fonctionne le mieux et qui est la plus agréable. Pas la plus rapide, mais la plus conviviale.

Pour ma fille de CP, câlins, chansons, histoire, guili, ça marche à fond.

Pour les garçons ?

—              Tu sais Papa, je vais t’expliquer la méthode la plus efficace pour nous réveiller le matin. Tu viens nous voir avec des tartines grillées et beurrées !

Et pourquoi pas ?

Le confinement prend des allures insoupçonnées…

—              Papa, ils ont annulé le BAC ! annonce ma fille de presque 17 ans au moment de passer à table ce midi.

—              Et le Brevet, ajoute mon fils de 15 ans.

Ça leur fait un choc.

Ma fille semble ébranlée. Ce bac dont elle entend parler depuis qu’elle est née. Il disparait, englouti dans les affres du Covid-19. Elle n’en revient pas. Comme si elle réalisait brutalement la réalité de la pandémie, comme si elle était touchée concrètement personnellement pour la première fois depuis le début de la crise.

Mon fils de 15 ans ? Pas du tout.

Il est tout sourire.

Trop content.

—              Allez, blah ! Fuck le Brevet !

—              C’est dingue…

Et là, au milieu de la discussion, la petite voix de ma fille de CP :

—              Est-ce que vous savez qu’est qui y a derrière l’univers ?

Blanc.

Mon fils de 13ans :

—              Ben, derrière l’univers, il y a l’univers !

Ma fille de presque 17 ans :

—              Il n’y a rien. C’est l’infini. L’univers est en perpétuelle extension.

Pas certain qu’elle comprenne les explications des aînés.

Et mon fils de 15 ans ?

—              Qu’est-ce qui y a après l’univers ? Vous voulez savoir ? Je m’en bats les couilles !

Je me disais…

En tout cas, là, ma fille de CP comprend…

—              Bon, en tout cas, les devoirs que vous rendrez seront importants pour le 3è trimestre.

—              T’inquiète Papa, me dit mon fils de 15 ans en remontant dans sa chambre.

La saison 4 de la Case de Papel vient de commencer…

On n’y peut plus rien.

Les vacances commencent ce soir.

À Dieu va !

Le coin du philosophe confiné

Question : est-ce que vous donneriez de l’argent à votre ado pour qu’il aille acheter des cigarettes ?

Cela suppose que vous sachiez qu’il fume.

Cela supposerait aussi que vous acceptiez qu’il fume.

Mais si vous n’acceptez pas qu’il fume, il fumera tout de même.

Et si vous ne lui donnez pas d’argent pour qu’il achète des cigarettes, il va « se démerder » pour trouver lui-même des cigarettes.

C’est-à-dire qu’il va sortir aller voir ses copains pour se procurer des cigarettes.

Il sortira dès que vous avez le dos tourné. La nuit pendant que vous dormez.

Il va utiliser n’importe quel prétexte pour sortir.

Que vous allez être à nouveau sur son dos 24h/24 alors que la pression était un peu détendue de ce côte-là.

Ça veut dire aussi que du coup il refuse catégoriquement de faire ses devoirs, par mesure de représailles.

Il va donc sortir.

C’est-à-dire qu’il va enfreindre les règles de confinement.

Et que vous le savez.

Et que vous êtes responsable de votre ado.

Donc responsable de son infraction.

Alors, est-ce que vous donnez de l’argent à votre ado pour qu’il aille acheter des cigarettes ?

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