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Qu’est-ce que je vous raconte ?

Est-ce que je vous raconte que ma fille de presque 17 ans nous demande tous les jours – même plusieurs fois par jour – de la laisser rejoindre un copain dont les parents viennent de partir se confiner a la montagne (sic!)?

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Est-ce que je vous raconte que mon épouse est de plus en plus stressée en allant a l’hôpital?

Est-ce que je vous raconte que les infirmières de pneumologie de l’hôpital n’ont pas de masque?

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Est-ce que je vous raconte que mon épouse a signé le manifeste des médecins appelant à de plus fortes mesures de restriction? Et que du coup, elle ne m’accompagne plus lors de mes courtes promenades du soir.

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Est-ce que je vous raconte que ma fille de 7 ans dort mal, est hyper stressée, a mal au ventre, ne supporte pas d’être seule…

Super relou

Pour moi, l’école a déjà repris dimanche soir à 22h.

Connecté à l’ENT, je recueille patiemment les données. J’enregistre les captures d’écran où sont indiqués les instructions (pour m’y retrouver, mais aussi pour leur prouver que ce n’est pas moi qui invente les consignes), j’imprime les exercices, je jongle entre le cahier de texte, pronote et la messagerie. Mais ça, vous le savez et vous faites comme moi, j’imagine.

En tout cas, moi qui rechignais à utiliser cet outil numérique sombre, je vais devenir un expert.

Content, prêt, motivé je me couche satisfait.

La bonne surprise du matin, c’est ma fille de CP que je réveille à 8 h 30, à peine mon épouse partie en direction de l’hôpital, plutôt tendue et stressée, elle qui est d’un naturel confiant et enthousiaste, ce qui n’est pas un très bon signe.

Ma fille, donc, saute de son lit, impatiente de découvrir l’école à la télé (une bonne occasion de regarder la télé avec son papa !)

Le programme de FRANCE 4 commence à 9 heures pile par 20 minutes de lecture et d’écriture avec une maîtresse assez impressionnée par son premier cours, mais qui est super. Ma fille adhère immédiatement. Aujourd’hui, le son « -in » qu’on peut écrire de plein de manières différentes, qui peut être placé devant un mot en le transformant en son contraire (visible, invisible). Puis une seconde maîtresse enseigne les mathématiques avec les doubles, le tableau des nombres de 0 à 99, des calculs et des problèmes.

Franchement, génial. Merci à ces deux maîtresses.

Super programme que je recommande vivement.

Ma fille est prête pour demain.

Les cours de collège ont lieu de 14 à 15 heures.

On va voir ça avec les ados.

J’ai hâte !

En attendant, je les réveille à 10h30.

Sympa, non ?

Ils ont regardé des films jusqu’à 2 heures du mat.

—           Début des devoirs à 11h !

—           Mmmmmh.

Au petit dej, je leur parle du programme de France 4.

La réaction est immédiate !

—           Puisqu’on travaille à 14h, pas la peine de travailler ce matin !

—           Je… comment dire ? Comment voulez-vous qu’on ne se dispute pas si tes premières paroles sont déjà négatives ?

—           Ok. Je vais d’abord aux toilettes, me laver les dents (tiens, c’est nouveau ça), m’habiller.

—           Et moi, je sors 5 minutes dans le jardin.

11h35.

Les garçons ne sont toujours pas revenus.

Moi j’en profite pour écrire ce billet.

Mais il va falloir que je rassemble les troupes.

Et qu’on s’y mette !

Le principal adjoint du lycée appelle.

—           Votre fille n’a pas indiqué la spécialité qu’elle voulait abandonner.

—           Désolé. J’ai rempli plusieurs fois le formulaire, elle n’a pas dû vous le donner.

—           Ne vous inquiétez, pas. Comment se passe son confinement et sa continuité éducative ?

—           Ben, on va dire qu’elle rend doucement ses marques. Il me semble qu’elle a pris conscience qu’il fallait qu’elle se mette au travail. Et vous, ça va ?

—           Ça va. Je suis au télétravail.

—           Bon courage.

—           Merci, à vous aussi.

11h45, pas de trace des garçons.

C’est bientôt l’heure de préparer le repas.

Tiens, en voilà un qui redescend !

Ah, il cherche son chargeur de téléphone.

Une demi-heure plus tard.

Je tente la table commune avec les 3 ados.

—           Tiens, c’est ce que tu as à faire.

—           Hahaha.

Il se marre parce que sa sœur lui montre une photo d’il y a quelques mois.

—           Donc, je disais que …

—           Hahaha.

Il se marre de la vidéo que regarde son frère.

—           Eh, on travaille !

—           Ouais, je termine mon verre de lait.

—           Alors, ta prof a mis une vidéo.

« Alors pour ce cours, je vais vous montrer comment on additionne les fractions à dénominateurs différents… »

Hilarité générale, ça se bidonne, se tord les côtes de rire.

Au moins, ils sont de bonne humeur.

Pour l’école, on verra. Mais pour les blagues, c’est OK.

Ils me montrent une vidéo d’une prof qui s’énerve parce que quelqu’un a hacké son programme de cours à la maison et dessine des bites sur son écran !

Allez, on reprend.

« Les types de phrases »

Combien y a-t-il de types de phrases ?

Bigre.

—           Ben y a en 4, me dit mon fils de 13 ans.

—           Ah, lesquels ?

—           On apprend ça au CP, Papa ! Phares déclaratives, impératives, interrogatives, exclamatives.

—           OK. Et les formes de phrases ?

—           Ah, ça, j’en sais rien.

Je jette un œil sur Google.

2 formes de phrases. Affirmatives et négatives.

—           C’est facile, tu ne vois pas ? Affirmatives et négatives.

—           Ouais. Bon, je vais faire une pause.

Je regarde ma fille de presque 17 ans.

Les évènements ont l’air de lui passer dessus comme une brise tiède un soir d’été.

—           Et toi ?

—           J’ai plein de choses à faire pour jeudi.

—           Rien pour aujourd’hui ?

—           Non, c’est trop tard.

—           Trop tard ?

—           La prof de SES a posté les exercices à 10 h. Et elle vient de donner les corrigés.

—           Mais tu peux le faire et lire le corrigé après ?

—           Ah non, j’ai trop de choses à faire, je te dis.

—           Bon, demain je te réveille à 8h30, comme ta petite sœur.

—           Oh, t’abuses !

Elle se connecte à l’ENT.

—           Tu arrives à te connecter ?

—           Ben oui !

Waouh, c’est vrai, ça marche !

—           Tout ce que j’ai à faire !

—           Quoi ?

—           Une biographie de la Reine Victoria en Euro-Anglais.

—           Et ben c’est génial. Toi qui aimes la géopolitique. La Reine Victoria peut te permettre de retracer tout le contexte des décisions politiques des Anglais. Tu peux voir ça comme une sacrée opportunité d’en apprendre plein sur la géopolitique anglaise !

—           T’es un fou, toi, j’m’en cague des Anglais.

—           Bon en tout cas, c’est le moment de t’y mettre.

—           J’en ai pour l’après-midi.

—           OK, fonce.

—           Mais t’es un super relou !

Eh oui, c’est la triste réalité. Je suis un super relou…

Ils m’ont eu…

Ils m’ont eu…

Au risque de vraiment vous lasser, j’aimerais tout de même vous raconter ce qui s’est passé hier en fin d’après-midi.

—           Les garçons, supposons que vous sortiez voir vos copains avec vos trottinettes. C’est bien entendu une simple supposition, une hypothèse qui n’aura jamais lieu. Mais supposons donc que vous sortiez, est-ce que vous resteriez loin de vos copains ?

—           Ben oui bien sûr, on est pas bête, on a compris.

—           Ok. Est-ce que vous échangeriez vos trottinettes ?

Silence.

—           Est-ce que vous prêteriez la trottinette que vous avez amenée de la maison à un copain ?

—           Ben oui.

—           Et ensuite, est-ce que vous rapporteriez la trottinette à la maison ?

—           Ben oui.

—           Même si votre copain l’a touchée ?

—           Ils sont pas malades nos copains !

—           Comment tu le sais ?

—           Ben ça se voit.

—           Et pourquoi vous sortez avec vos copains alors que je vous l’ai interdit ?

—           On est pas sorti.

—           Vous êtes pas sorti ?

—           Qui te l’a dit ?

—           Peu importe. Vous êtes sortis ?

—           On n’en peut plus, tu comprends ? On n’en peut plus !

—           Mais si je comprends…

—           Toi aussi, tu étais dehors !

Eh oui, moi aussi j’étais dehors.

Profitant de cette belle fin de journée pour aller me balader avec mon épouse et mon chien.

Mon chien qui tourne en rond et commence à creuser des galeries dans le jardin. Bientôt, on va pouvoir vivre sous terre.

—           Je sais, j’étais dehors.

Je réfléchis.

—           On t’a proposé de venir avec nous.

—           Mais c’est pas avec vous qu’on a envie d’être. Vous, on vous voit toute la journée. On a envie d’être avec nos potes ! Avec nos potes !

—           Je comprends. Je comprends très bien.

—           Tu ne comprends rien du tout. Tu t’en fiches de tes potes !

Je m’en fiche de mes potes ?

—           Pas du tout. On s’appelle, on fait des visios, des skypes.

—           C’est pas pareil.

—           Non, ce n’est pas pareil. Mais c’est déjà pas mal.

—           Laisse-tomber, j’en ai marre.

—           Je ne vous empêche pas de sortir, je vous empêche de voir vos copains. Parce qu’on essaie collectivement de lutter contre la propagation du virus. Et qu’en voyant tes amis, tu risques de transmettre le virus.

—           Je veux voir mes potes.

—           Tu ne peux pas.

—           Pourquoi ?

—           Parce que.

—           Parce que quoi ? C’est pas ma faute si on réduit le nombre de lit en réanimation depuis 20 ans malgré les appels au secours des professionnels de santé, ce n’est pas ma faute si on transforme le système de soin en industrie du soin, pas ma faute si les gouvernements successifs n’ont jamais imaginé une probable épidémie issue des conditions ignobles d’élevage des animaux, pas ma faute s’ils ont bazardé toute la réserve de masque constituée après la menace H1N1 que tout le monde a oubliée – mettant en danger des milliers de soignants, pas ma faute si les hautes autorités n’ont pas remarqué que les Coréens et les Chinois avaient développé des millions de kits pour organiser un dépistage massif au sein de leur population et que nous n’avons – nous, Français, champions du monde de la connerie, rien fait, nous contentant de ricaner bêtement sur les tribulations de ces imbéciles de fourmis chinoises, pas ma faute s’ils n’ont pas d’autres moyens pour sauver leurs fesses que de déclarer la guerre et de confiner leur population docile et soumise à une mesure démente, pas ma faute si personne n’a les couilles de leur rentrer dans le lard, à ces incompétents qui se prennent pour des chefs de guerre, mais qui n’obéissent qu’aux ordres du CAC40 et à leurs propres intérêts, aux ordres de tous les prédateurs de notre pauvre planète, pas ma faute si la planète se venge en tentant de se débarrasser de cette humanité stupide, cupide, aveugle et méchante. C’est ça en fait. La terre lutte contre cette épidémie d’hommes et de femmes qui se répand sur toute sa surface, la souille, la détruit, la gâche. Elle lutte contre le cancer qu’est cette saleté d’humanité.

Bon, mon fils n’a pas dit ça exactement comme ça.

Il a résumé par un simple :

—           J’en ai rien a foutre de votre virus.

Pourquoi toutes les séances de devoir se terminent en engueulade ?

21 mars 2020

Pourquoi.

Pourquoi.

Parce que je passe vraiment du temps à rassembler les devoirs des garçons.

Et que lorsque j’ai tout rassemblé et que je vais les rejoindre dans leur chambre, j’aimerais qu’ils se jettent sur moi et que – enthousiastes – ils s’approchent et regardent avec juste ce qu’il faut d’intérêt ce que j’ai trouvé sur cette merde d’ENT.

Parce que c’est une sacrée merde cette saloperie d’ENT.

Des devoirs, il y en a partout. Sur le cahier de textes, sur la messagerie, sur Pronote. Et ça se déconnecte, et je suis sur les 3è alors que je crois être sur les 5è, que je clique et reclique, que ça se redéconnecte, qu’il faut rentrer le mot de passe, que je fasse le tri entre ce j’imprime et les documents sur lesquels il faut répondre pour les envoyer, mais qu’on n’enverra pas parce que je ne sais déjà plus où ils sont.

Alors quand j’en suis à la phase ‘distribution des devoirs’ et que j’arrive dans la chambre des garçons, attendant un minimum d’intérêt et que là j’entends :

–             Oh non, plus tard.

–             J’ai pas fini ma partie.

—           C’est mieux le soir.

—           T’inquiètes, je le ferrai après.

Je me décompose.

Et les mots sortent de ma bouche plus vite que leurs ombres.

Et forcément, ça fight.

Je ne supporte pas cette langueur, ce m’enfoutisme, cette mauvaise foi, cette mauvaise humeur d’être dérangé en pleine partie, cette flemme générale.

Je casserai toutes leurs foutus écrans et leurs consoles, téléphones et compagnie.

Aucun respect.

Aucune autonomie.

Pas un brin de conscience de l’avenir.

Rien.

Le néant sidéral.

Bon.

C’est fini.

Je respire un grand coup.

Ça va aller !

Peut-être que c’est moi qui suis tellement énervé par cette technologie des comptes, mots de passe, fenêtres qui s’ouvrent sur un autre compte et un autre mot de passe, les minutes d’attente que ça s’ouvre pour tomber sur un message d’erreur, et je recommence, avec de moins en moins de patience, mais que je suis un adulte et que je ne vais tout de même pas me mettre à hurler sur une machine. Alors que quand je me trouve face aux garçons, en chair et en os, qui eux aussi me font attendre et s’ouvrent sur un message d’erreur ‘pas disponible actuellement’, ‘tu vois pas que tu m’emmerdes avec tes devoirs’, ‘repasse plus tard’, alors là, oui, je peux me mettre à hurler sans passer pour un taré qui parle aux murs, là je peux me lâcher et balancer toute cette tension accumulée.

Même si ça n’est pas tout à fait digne du comportement d’un adulte, je vous l’accorde.

Excusez-moi, les garçons.

Je vais essayer de faire mieux la prochaine fois.

Une image contenant capture d’écran

Description générée automatiquement

Merci Eric pour les illustrations!

La leçon du quatrième jour

Quand le maître s’est levé tôt, qu’il s’est bien préparé, qu’il a tout anticipé, que son travail est prêt, alors l’école à la maison se passe bien. Mais à la première relâche, au moindre accroc, à la moindre défaillance ou ralentissement informatique, et tout part en couille.

Hier, à huit heures.

L’ENT fonctionne.

Seul devant mon ordinateur – les élèves dorment à poings fermés – je relève minutieusement chaque devoir. Je fais des captures d’écrans de chaque consigne – recopier le cours d’histoire géo, répondre aux questions par écrit, compléter par écrit les fiches de français, dictée orale en espagnol. Puis je fais des dossiers à chaque nom, à chaque date. Puis je les transferts sur mon cloud pour pouvoir les ventiler sur les différents ordis de la région, tablettes du collège, ordi portable. Ce qui me prend 1 heure.

Et cette fois, début des devoirs à 11h.

–             Ah non, moi je les fais cette après-midi.

–             Oh la flemme, on verra cette après-midi.

Rien du tout.

11 heures. Retentissement de la sonnerie. Les élèves rejoignent mollement leurs rangs.

J’installe ma fille de CP dans le jardin. On commence par les mots outils de lecture – c’est, sur, dans, sans –, puis écriture. Pendant qu’elle écrit, je monte dans la chambre de mon fils de 15 ans. Je lui ouvre le cloud et lui explique ce qu’il a à faire.

–             Fais-moi confiance, je le fais dans la journée.

–             Ok, on essaie.

Je passe voir la classe de CP. Ça écrit sagement. OK.

J’installe mon fils de 13 ans sur l’ordi. Lui indique les consignes. On nage encore dans les hydrocarbures.

–             Ça, je le fais tout seul

Recopier les bilans. OK.

–             Ça, on le fait ensemble.

Répondre aux questions.

Entre temps, les CP ont fini.

–             Quelques minutes de récréation.

Elle part en courant.

Je monte superviser les 3è dans la chambre.

Fortnite.

–             Je vois que tu es en pleins devoirs !

–             T’inquiètes, je gère.

–             OK.

Retour dans le jardin. Les CP se disputent avec les 5e qui font des jongles au ballon.

–             Tu ne fais pas ton histoire géo ?

–             Si, mais je t’attends.

–             Tu as fini de recopier les bilans ?

–             Non.

–             Bon, ben termine et j’arrive.

–             Tu ne t’occupes pas de moi, me reproche ma fille de CP.

–             J’arrive.

L’écriture, c’est parfait. Je lance l’activité ‘’cahier d’exercices’’ et je remonte voir les 3è. Fornite.

–             C’est bon Papa, j’ai toute la journée.

–             Stop. Tu travailles sinon je coupe la connexion.

–             C’est relou.

Une image contenant texte

Description générée automatiquement

Le 5è a repris ses jongles au ballon dans le jardin.

–             J’en ai fait 80, pas mal, non ?

–             Et les bilans ?

–             C’est bon.

–             Moi aussi, j’ai fini, Papa, me disent les CP.

Deuxième récré.

–             Je peux regarder des vidéos sur ton téléphone ?

–             Non, à la récré, on joue et on se défoule, on ne regarde pas de vidéo.

Alors, les 5è ?

Étude de la répartition des hydrocarbures sur la planète et leurs principaux flux. Quels sont les pays producteurs et quels sont les pays consommateurs. Pas trop de surprises. Les pays riches consomment à bloc. Et la plupart des pays producteurs exportent massivement vers les pays riches.

Dans la leçon, on ne dit pas que les USA sont devenus le premier pays producteur de pétrole grâce à ses pétroles de schistes ni que Poutine a décidé de rompre les accords avec ses copains de l’Opep pour ruiner son ennemi américain…

Reprise des cours de CP avec le son « R » – prononcez « rrrrrr ». Prune, cerise, haricot, grenouille (plus difficile), renard, hérisson, pyjama.

Le grand travaille là-haut, c’est bon, il a fini par y arriver.

–             Je fais juste le Français, le reste je le ferai cette après-midi.

C’est fou la notion du temps qu’ont les ados. Et cette faculté d’être persuadé d’avoir la possibilité de tout faire, mais ‘plus tard’. Ça m’interroge. Sont-ils réellement stupides ? Pas certain, ils y croient dur comme fer. Ils te promettent, je te jure sur la tête de n’importe qui, s’engagent à passer l’aspirateur s’ils ne le font pas. C’est dingue.

Bon, en attendant, c’est le maître qui prend un moment de récréation après tout ça en rangeant la table du petit dej non débarrassée – ‘’t’inquiètes, on le fera tout à l’heure’’, préparation du repas, machine à laver.

–             Tu viens vider le lave-vaisselle ?

–             Je ne peux pas, tu m’as dit de faire les Maths.

Mais là où je vais me venger, et là où ça va être bon, c’est que ce matin, je lève tout le monde à 9 heures ! Pourquoi ? Parce qu’à minuit et demi hier soir, c’était la plaine activité. Et je descends boire, et je descends manger un yaourt – qui traine encore sur la table -, et je vais aux toilettes, et j’appelle une copine – tu plaisantes ? À minuit ? Tu peux pas l’appeler dans la journée ?

Et aussi parce que je vais chez le dentiste à midi. Cool, je vais pouvoir sortir avec mon autorisation !

(C’est la première fois de ma vie que je suis content d’aller chez le dentiste !)

Allez, j’y vais !

Ça va râler, je vous le garantis.

Mais ça va être jouissif !

Sales gosses.

Ça les rattrape !

Tout allait bien.

Tout le monde était calme.

Et puis un copain des garçons est passé dans la rue.

– Qu’est-ce que tu fais dans la rue ?

– Je cours !

Ni une, ni deux !

Mon fils de 13 ans enfile ses baskets.

– Qu’est-ce que tu fais ?

– Je vais courir.

– Tu n’as pas le droit.

– J’étouffe, il faut que je sorte me défouler.

– Et tu vas où pour te défouler ?

– Je monte au bout de la route.

Je me marre.

– Tu me prends pour un gringo ! Tu crois que je ne vois pas que t’as envie de rejoindre ton copain.

– Mais pas du tout.

– D’ailleurs, il va courir où, ton copain.

– Il va rejoindre un pote là-haut.

– Sérieux ?

– Ben quoi ?

Ben rien.

Rien du tout.

On va en profiter pour un nouveau ‘vivre ensemble’

Hier soir, dîner en famille après le discours de confinement d’Emmanuel Macron.

Je retiens une phrase: « donner du sens à cette période particulièrement difficile. » Cela me parait un bon sujet de discussion pour le repas du soir. Qu’est-ce que cela signifie pour chacun? Comment chacun pense s’approprier cette idée? Qu’est-ce que chacun imagine pourvoir développer pour profiter de ce moment particulier? Qu’est-ce qu’on pourrait – tous ensemble – mettre en place d’innovant et de singulier?

Pour que cette période soit sympa, profitable à tous dans les meilleures conditions?

Résultats de la discussion?

Quelle discussion?

On a fait que s’engueuler toute la soirée.

Alors ce premier jour ?

Comment dire… L’heure de début l’école à la maison avait été décalée à 10h lors du conseil de famille de la veille pour que la journée ne soit pas trop longue. Sympa, non ? Et malgré ça, on ne peut pas dire que tout le monde ait été ponctuel. Le départ a été échelonné, ce qui a permis au maître de s’adapter.

Pour le CP, ça a roulé comme sur des roulettes, grâce à la maîtresse qui a préparé un programme de 4 semaines avec fiches de lectures, d’écriture — un grand merci à elle — et à la motivation de l’élève qui trépigne depuis 2 jours pour commencer ‘’son travail’’.

Ensuite, ça se corse.

L’ENT — Environnement numérique de travail — étant totalement saturé, le site du CNED étant hors d’accès, les choses sont vite devenues difficiles.

—          Les sites sont saturés, moi, je ne fais rien !

Et hop, PlayStation et ordi branchés en réseaux, et en avant.

Pas question !

—          Vous pouvez au moins faire de l’Anglais.

—          Mais sur quoi tu veux qu’on travaille ?

Pas bête le papa ! J’ai — fort utilement — entendu hier à la radio que les éditeurs de manuels scolaires avaient réussi le tour de force de mettre leurs livres en ligne en 48h et j’ai retrouvé les bouquins !

Résultat, 35 minutes de travail.

C’est assez peu, je vous l’accorde, mais finalement, c’est déjà pas mal.

Pour ma fille de première, le problème est encore plus grave, ses codes d’ENT ne fonctionnent pas. Le site CNED est accessible en revanche. Mais le programme étant national, difficile de s’adapter.

—          On a des groupes WATSAPP pour chaque matière.

—          Et vous avez du travail ?

—          Il faut le temps que ça se mette en place.

Tiens, ce soir l’ENT est fonctionnel.

Et les profs ont posté des fiches et devoirs.

—          Ho la flemme…

Quoi la flemme ?

—          Imprime-moi tout et je le collerais dans le cahier.

—          Le prof a marqué : « écrire la conclusion » pas « coller la conclusion ».

—          Mais c’est la même chose.

—          Eh non, c’est pas la même chose.

—          Je le ferais demain !

Bien sûr, bien sûr.

À demain, donc !

Discussion avec mon fils de 13 ans

—          Comment tu vois cette période ?

—          Je ne me rends pas compte. En tout cas, c’est trop bien de ne pas aller à l’école même si je me fais trop chier à la maison.

—          Tu seras content de retourner à l’école.

—          Jamais je ne serais content d’aller à l’école. Au fait, j’ai une fête d’anniversaire dans 2 semaines.

—          C’est le soir ?

—          Oui, on dort là-bas.

—          Probablement pas. Tu sais que ce soir, on annoncera peut-être des mesures de confinement.

—          C’est quoi ?

—          Chacun reste chez soi.

—          Si tout le monde reste chez lui, nous on pourra sortir tranquille !

—          C’est pas exactement ça.

—          Tu veux qu’on reste toute la journée à la maison ?

—          Oui. C’est important. C’est pour éviter que le virus se propage.

—          Mais je ne suis pas malade.

—          On peut transmettre le virus avant d’avoir des signes, donc tu ne peux pas savoir. Ton comportement peut avoir des conséquences sur ceux qui soignent et ceux qui sont fragiles. On va essayer de vivre autrement et de faire d’autres choses Tu vas pouvoir lire des livres.

—          C’est mort.

Entendu de la part d’une personne de 72 ans

– Il faut bien mourir de quelque chose…

Ce n’est pas tout à fait en ces termes que le problème se pose.

Le fait est qu’une personne peut être tentée de prendre un risque pour elle même. Et qu’elle risque du coup d’occuper un lit de réanimation pendant 3 semaines. Lit qu’elle n’aurait peut-être pas occupé si elle n’avait pas pris ce risque. Place qu’elle aurait donc laissée à quelqu’un qui n’avait peut-être le choix, lui, de prendre un risque ou de l’éviter.

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