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Catégorie : C’est la reprise !

Vous voulez savoir comment Maurice Chevalier s’est invitée aux urgences ?

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Vendredi 12 juin

Retour aux Urgences.

Après 15 ans de Médecine Générale

Un nouveau service tout neuf

Une équipe que je ne connais pas encore

Avec qui je vais passer 24h

Je me demande bien sûr comment ca va se passer

Exercer ce que j’ai appris a faire depuis 30 dans de nouvelles conditions.

C’est parti !

Tout d’abord, merci à toutes et à tous pour votre accueil chaleureux !

Je retrouve aux urgences une équipe dynamique, soutenante, marrante, chaleureuse, bienveillante, sérieuse, qui aime le travail bien fait, qui est unie dans un même but, faire du mieux possible dans une ambiance détendue, sereine et pleine d’humour et de rires.

Tous les ingrédients pour me sentir bien et pour travailler dans de supers conditions.

Bravo pour ce service que vous avez construit, qui est le vôtre et maintenant aussi le mien.

Merci de votre accueil.

Vraiment !

Beaucoup de messages d’encouragements de ma famille et d’amies et amis proches.

Merci à vous tous !

Les malades, les patients, sont là, nombreux, très nombreux. Je sais faire.

Ce qui s’avère compliqué, c’est la confrontation avec l’informatique, quasi absente lors de mon départ en 2005.

Tout passe par l’informatique.

Est-ce une bonne chose ?

Ce n’est pas la question. Elle est là et bien là.

Et prend du temps. Je patauge dans les nombreux protocoles. Mais chacun est disponible pour m’expliquer et me montrer.

Et puis les choses se compliquent.

Un syndrome neurologique très atypique et une ponction lombaire à faire. Heureusement qu’on me file un coup de main. Et puis un patient jeune de 40 ans qui fait un arrêt cardiaque dans un box ! J’assiste de loin à la réanimation. Une femme âgée qui a mal dans la poitrine depuis 8 jours et qui a fait un infarctus. A l’échographie, son cœur est très abîmé. Un patient qui arrive en décompensation cardiaque sévère maîtrisée sur le fil par de la ventilation non invasive, un masque plaqué sur le visage et une machine qui l’assite dans sa respiration. On me file un grand coup de main, merci.

Une dame a une douleur à la main. Je m’assieds près d’elle. Elle me raconte won histoire. Elle a été gravement brûlée dans l’incendie de sa maison. Son père et son frère sont décédés. Un jour, lors d’un voyage en Roumanie, elle rencontre des français âgés. -D’où êtes-vous ? -De Bretagne, répond-elle. Et elle donne le nom de son village en breton. -Qui es-tu ? demande alors le monsieur âgé. Elle donne son nom et le monsieur la prend dans ses bras. C’est le pompier qui l’a sauvée des flammes enfant !

Et puis un patient qui a fait une sacrée fausse route avec un comprimé et un poumon blanc à la radio, deux femmes de 87 et 93 qui ont trop mal au ventre, une fracture de l’humérus déplacée, 4 fractures du col du fémur, les premiers agités, une quantité impressionnante de personnes alcoolisées, très alcoolisées, très très alcoolisées. Les chiffres dansent, 1.70, 1.85, 2.60, 3.80, et… le record de ce soir, 4.60 g/litre d’alcool dans le sang !

Des chutes, des bagarres, des accidents de la route, les pompiers qui tournent, infatigable et intarissable noria d’uniformes bleus, d’ambulances rouges, de policiers…

– Ils se sont déshabitués pendant le confinement… Avant ils tombaient à 3 grammes, maintenant, ils tombent a 1,5 gramme !

Diner tardif, 1h30 du matin, l’équipe médicale au complet. Cordon bleu chelou, légumes cuits à l’eau insipides, purée fade. Bon.

La plupart des médecins ont apporté leur repas.

– C’est un moment trop important pour manger de la merde

On discute des patients en cours, on échange, on raconte ce qu’on a fait, on rigole. Moment chaleureux et bienvenu.

Et puis ça continue. Une luxation d’épaule chez une femme en chassant un moustique, là aussi on me file un coup de main, encore des accidents, des douleurs, des plaies, des alcoolisés, des agités.

Et voici que, comment par enchantement, se pointe Maurice Chevalier !

3h40.

Pourquoi Maurice Chevalier ?

Peut-être dans la discussion à propos d’une Madame Galabru qui vient d’Avène. Est-ce la femme de Michel Galabru ? Elle vient de la même ville.

– Matthieu, tu connais Maurice Chevalier, me demande une infirmière ?

– Bien sûr.

Aux urgences, il y a ceux qui connaissent Maurice Chevalier et les autres. Ceux du XXe siècle et ceux du XXIe… Dur dur…

– Chercher une chanson sur internet, tu verras, je suis sûr que tu connais…, je propose à l’infirmière – trop jeune pour connaître.

– Il est mort en 1880, dit-elle.

– Ah non, je suis vieux, d’accord mais pas à ce point !

– Il est né en 1880 !

Dans la vie faut pas s’en faire

La BO des Aristochats, c’est lui !

A 4h40, c’est un homme adressé par la clinique d’à côté pour fièvre et foyer pulmonaire au scanner. Donc, suspicion Covid. Donc protocole. Toute l’équipe est rodée, et, malgré l’heure tardive, tout roule.

Voilà pour les anecdotes.

Ainsi vont les journées et les nuits aux Urgences.

Rien de nouveau.

Je me demandais comment j’allais réagir.

Déjà, j’admire l’admirable sang-froid de mes confrères médecins qui restent inébranlables face à l’afflux massif de patients.

– Ça ira, tu verras.

Car le soleil finit toujours par se lever.

C’est comme ça.

Ça a toujours été comme ça.

Je sais que je dois surveiller mes deux grosses fragilités, dompter mes deux démons :

1/Me retrouver désemparé face à trop de patients. 2/La colère froide qui me ronge devant le manque de solidarité et la mauvaise foi des services.

Penser, quand la panique et le découragement se pointent au moment où les choses s’accélèrent, à faire le dos rond, comme dans une tempête en mer, me concentrer sur ma mission, faire du mieux, redescendre au niveau humain, humaniser la relation, ici et maintenant, avec la certitude tranquille, confiante et sereine que ça va passer.

Prendre du recul quand les spécialistes ne jouent pas le jeu et bottent en touche de mauvaise foi. Être plus forts qu’eux et faire ce qui est le mieux pour les patients.

Demain, deuxième garde : ma mission : une meilleure organisation et une efficacité plus soutenue dans l’utilisation de l’informatique et mes prescriptions.

Laisser la place à l’humour et aux rires.

#urgences #unejournéeauxurgences #merci #équipeformidable

#mauricechevalier #aristochats #paniqueauxurgences #desemparé #faireledosrond #prendredurecul #lesoleilfinittoujoursparselever

#informatique #agitation

Le Retour de l’école à la maison… Quel gâchi!

19 mai

7h30 hier matin.

Je murmure à l’oreille de ma fille de CP :

—               Tu as de la chance, aujourd’hui je te réveille pour aller au cheval ! Pas pour aller à l’école !

Et ma fille se lève d’un saut.

3 heures de cheval ce matin, en rattrapage des cours qui n’ont pas eu lieu pendant le confinement. Sympa, non ?

Pendant ce temps, je profite de la forêt et des magnifiques vues sur la montagne au loin. Il y a du vent, mais il fait chaud. La météo prédisait ce matin 28, soit 6 degrés de plus que la normale — faut toujours qu’il y ait quelque chose d’anormal à la météo, pour que ça fasse vrai, pour que se soit trépidant…

Arrivés au cheval, on nous désinfecte les mains, tous les adultes portent des masques ainsi que certains enfants. Les chevaux sont installés, bien espacés.

—               On nous demande de laisser 5 mètres entre chaque cavalier !

Les gestes barrière, ma fille les connait. Elle repère même tous ceux qui ne les respectent pas dans la rue. Elle me tire la manche et me glisse :

—               T’as vu Papa, ils sont trop prêts !

Ou bien :

—               Ceux-là, ils sont trop nombreux !

L’équipe du centre équestre – ils sont deux ! — a prévu une brosse et un cure pied pour chaque monture. Et en avant que je te brosse !

Ma fille est trop contente de revoir les chevaux. Et ses copines. Il règne une ambiance de retrouvailles joyeuses. Cool.

Vers la fin de matinée, mon téléphone sonne. Comme je tarde à répondre, il sonne encore et encore. Bigre, ça doit être urgent.

Je réponds.

C’est mon fils de 5è :

—               Papa, plus jamais je ne retourne en cours. Tu sais ce qu’ils nous ont fait faire ?

—               Non. Des maths ?

—               Une balade jusqu’à la rivière.

—               Vous avez pêché ?

—               Arrête, je n’y vais plus.

Pas de chance.

On avait réussi à le motiver, il était parti ce matin de bonne grâce… Je suis désespéré… On imaginait qu’au moins le travail fait en classe serait fait… Je n’avais pas prévu que se serait de la garderie.

Un coup d’épée dans l’eau.

—               Raconte. Combien vous étiez ?

—               Environ 20 cinquièmes.

—               Et les sixièmes ?

—               Je ne sais pas, ils sont rentrés une heure plus tard.

—               Et comment ils vous ont accueilli ?

—               L’infirmière scolaire nous a raconté les gestes barrière et nous a donné deux masques en tissus.

—               Qu’est-ce que tu as eu comme matière ?

—               Français. On a joué au pendu.

—               Vous n’avez pas fait le travail que le prof a donné sur l’ENT ?

—               Non.

Alors là, j’ai les bras qui me tombent.

Le prof donne du travail sur la plateforme. Il reçoit 6 élèves qui font l’effort de venir. Et ils ne font pas le travail ensemble ! Au lieu de ça, ils jouent au pendu !

Ça veut dire que les élèves qui vont en cours doivent retravailler en rentrant pour rattraper le travail donné à ceux qui restent chez eux ?

C’est le monde à l’envers.

—               Et après ?

—               Sport. On est allé à la rivière.

Génial.

—               Et obligation de garder nos masques avec cette chaleur.

Donc voilà. C’est fini.

—               Tu avais quoi comme cours cette après-midi ?

—               Anglais.

—               Tu bosseras cette après-midi ?

—               Une demi-heure, promis.

Tu parles…

Les yeux à peine tournés, il se carapate dehors…

À 14h10 mon téléphone sonne.

C’est le collège.

Je suis tellement énervé que je préfère ne pas répondre.

Un peu plus tard, mon calme retrouvé, j’essaie de les joindre, mais sans succès.

On se renseigne auprès des copains.

Une autre copine de mon fils a fait de la course à pied chronométrée avec port du masque ce matin au soleil !

C’est tellement imbécile que s’en est consternant.

Elle rapporte à sa mère des paroles des surveillantes qu’elle a entendu ricaner :

—               Si avec ça, on a encore des élèves la semaine prochaine !

Quel gâchis, quelle honte !

Ils ont quoi dans le cerveau ?

C’est quoi ce merdier ?

Ils voudraient que personne ne revienne qu’ils ne s’y prendraient pas autrement…

La copine de mon fils prend le bus pour venir. Emploi du temps : 8h30-11h30, 3h de pause, reprise de 14h00 à 15 et 1h d’attente pour le bus retour. Quelle motivation faut-il déployer pour résister à un emploi du temps pareil ?

Une autre petite camarade de mon fils est heureuse d’être allée se balader avec ses copines…

Une autre est rentrée en pleurant.

Un autre trop déçu, jure qu’il n’y retournerait pas.

On sait très bien que les profs n’étaient pas motivés. Mais là, excusez-moi les potos, mais vous êtes payés ! Houhou ? Y a quelqu’un ? Pourquoi il n’y aurait que vous à saloper le job comme ça ? Heureusement, les soignants ont réagi avec plus de sérieux et de responsabilité.

J’écrirai un billet pour vous expliquer pourquoi nous avons remis nos enfants à l’école. Nous avions des attentes. Pas simplement l’envie de nous en débarrasser !

En tout cas ce matin, retour de l’école à la maison !

Une page de lecture avec ma fille de CP, Taoki qui se rend à Bafoulabé au Mali.

‘bl’, ‘cl’, ‘fl’, ‘gl’, ‘pl’

Elle se sent mieux à la lecture.

Depuis qu’on lit à deux ou trois voix « Mortelle Adèle », ma fille, mon épouse et moi.

Et bras de force avec mon fils de CP.

Géographie : situation du Brésil, évolution de sa population, effondrement de sa production agricole jusqu’à dans les années 2000. Qu’est-ce qu’a fait le Brésil pour relancer sa production agricole ?

Lulu en 2003, lance le plan Zérofaim — rien à voir avec la série ZéroZéroZéro actuellement sur Canal + avec la saga croisée de producteurs de cocaïne au Mexique, de passeurs vers l’Europe et de la mafia calabraise, passionnant !

Le Plan Zéro faim qui incite les enfants à aller à aller à l’école en indemnisant les familles qui inscrivent et vaccinent leurs enfants, qui offre un repas aux enfants le midi, l’État qui achète la production des petites exploitations pour laisser leurs enfants étudier.

C’est visionnaire, c’est l’État au service de sa population.

J’imagine aussi que l’accélération de la production se fait à grand renfort de mécanisation, de campagnes de pesticides massives, de déforestation, d’expropriations de familles et de destruction de villages… L’autre côté du développement.

Accentué jusqu’à devenir une institution sous Bolsonaro…

Malheur. Bolsonaro, Trump, Xi Jinping, Naranda Modi…

Le Carré d’As des destructeurs de la Planète, aux commandes des pays les plus puissants de la Planète…

Allez, mon fils, courage.

Il ne te reste que les maths à faire : les nombres relatifs. Je me demande comment on peut faire 4 séances de travail sur les nombres relatifs… Mais c’est possible !

Courage mon fils.

Tu ne comprends pas pourquoi tu apprends tout ça ?

T’inquiète.

Fais confiance, ils savent ce qu’ils font…

Quand les actes et les paroles s’entrechoquent, plus rien n’a de sens

17 mai.

Quand les actes et les paroles s’entrechoquent, plus rien n’a de sens

Nous sommes déconfinés depuis bientôt une semaine.

Ma fille de CP est allée 3 jours à l’école cette semaine, elle était vraiment très contente de voir sa maîtresse, mais vraiment très contente. Ambiance décontractée, jeux, cache-cache, balades, mais aussi beaucoup de lecture qui ont mis au jour quelques difficultés que j’avais moi aussi identifiées : inversion des lettres, buttage sur les son ‘fr’, ‘dr’, ‘br’, lecture peu fluide et manque de sens. Des difficultés qu’on avait mis sur le compte des débuts hasardeux de la lecture mais que la maîtresse nous encourage à identifier par un bila orthophonique.

Bon.

On espérait avoir une scolarité normale avec la dernière… on est reparti dans les bilans orthophoniques à la recherche d’une dyslexie, bilan orthoptiste et compagnie. Jamais 3 sans 4 ! Courage !

Mon fils de 5è rentre au collège lundi, il est le seul de ses copains. Dur dur pour lui.

Message de sa part ce matin au réveil : « j’ai fait une insomnie cette nuit, ne me réveillez pas ce matin pour que je sois en forme au collège demain. » J’hésite à contacter ma cousine de Singapour pour savoir jusqu’à quelle heure son fils a joué avec le mien cette nuit mais non, allez, je lui laisse le bénéfice du doute.

Tous ses copains se retrouvent lundi pour une sortie.

Alors quoi ? Les parents les laissent sortir entre eux mais ne les mettent pas à l’école ?

Quand les actes et les paroles s’entrechoquent, plus rien n’a de sens.

J’ai lu un message qui reprend ce thème ce matin sur Facebook.

Isa Kichante : Les régimes totalitaires prennent un pouvoir “total” sur les individus en les arrosant d’informations contradictoires, jusqu’à ce qu’ils n’aient plus aucun moyen de savoir où se trouve la vérité.

https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10163468559010384&id=715115383

Quand Emmanuel Macron annonce le déconfinement pour le 11 mai, Edouard Philippe le contredit aussitôt en disant que le déconfinement se fera par zones, quand Edouard Philippe annonce des ‘risques sérieux de 2è vague’, Didier Raoult ricane en balayant une seconde vague du plat de la main, quand Raoult crie au complot contre la non utilisation de l’hydrochloroquine, les études scientifiques démontrent son inaction, voire ses dangers psychiatriques, quand le Président du conseil scientifique annonce que les personnes fragiles de plus de 75 ans resteront confinées, le ministre de l’intérieur Castaner affirme le contraire, les plages resteront fermées jusqu’au premier juin, mais toutes sont accessibles ce week-end, les bars et restaurants resteront fermés tout l’été mais ouvriront le 2 juin,  il ne sera peut-être pas possible de quitter sa région cet été mais Edouard Philippe nous incite fortement à réserver nos locations estivales.

Vous n’y comprenez plus rien ? Moi non plus.

Plus vous lisez et plus les choses se brouillent ?

Lorsque, en tant que citoyen “de base”, vous vous faites ainsi ballotter par des informations contradictoires, sans aucun moyen de savoir qui dit vrai, c’est le signe que vous êtes en danger, selon la philosophe Hannah Arendt, rescapée du nazisme et spécialiste des systèmes totalitaires.

Sous Hitler et Staline, pour ajouter encore à la confusion, les Autorités ne parlaient plus d’une seule voix, mais au contraire via une foule de porte-paroles, dont il était impossible de savoir lequel portait la “véritable” parole de l’Etat.
Il est donc possiblement normal que nous nous sentions ballotés, retournés, perdus et que nos pensées finissent par s’embrouiller à un tel point que nous baissions les bras.

Si, à la fin, vous avez mal à la tête, et envie de sortir vous promener pour penser/parler d’ autre chose, dites-vous que c’est exactement l’effet recherché par les Autorités des pays totalitaires lorsqu’ils assomment leurs citoyens sous un déluge d’informations, contre-informations, ré-informations : obtenir que les réseaux de résistance se divisent.
Que les citoyens se découragent.
Que la critique devienne impossible.
Que l’action, la réaction, la révolte, perdent leur sens.
Comme il n’y a plus de vérité, il n’y a plus de réalité. Vous avez l’impression de vous battre contre des moulins qui tournent dans tous les sens. Vous comprenez que lire, parler, réfléchir, n’a plus aucun sens car on peut penser tout et son contraire, selon les sources que l’on
choisit, et qui évoluent elles-mêmes en permanence.

Et, avec un tel peuple, vous pouvez faire ce que vous voulez.
Ce n’est ni de l’incompétence, ni de l’amateurisme. Les puissants savent bien ce qu’ils font, soyez en certains.

OK.

Mais si on y ajoute cette loi  de Laetitia Avia « contre la haine » sur les réseaux numériques, désormais loi « antiterroriste ».

La police aura désormais la possibilité de supprimer n’importe quel contenu sur internet en une heure ! Et « c’est la police qui décidera des critères pour censurer un site (en droit, la notion de « terrorisme » est suffisamment large pour lui donner un large pouvoir discrétionnaire, par exemple contre des manifestants) ; c’est la police qui jugera si un site doit être censuré ; c’est la police qui exécutera la sanction contre le site. Le juge est entièrement absent de toute la chaîne qui mène à la censure du site. » L’association La Quadrature du Net s’alarme contre ces attaques liberticides inédites.

Qu’est-ce qu’on peut penser ?

Que l’étau se referme ?

Que les nuages noirs et bruns s’accumulent à l’horizon ?

Tous surveillés – 7 milliards de suspects sur Arte. On y apprend que la ville de Nice, depuis les attentats du 14 juillet, expérimente un logiciel de reconnaissance faciale de conception israélienne — les plus forts en surveillance — alors que ce type de surveillance est interdite en France. Jugé peu efficace contre le terrorisme, il est en revanche extrêmement efficace contre toute manifestation, réunion, dégradation, délinquance.

https://www.arte.tv/fr/videos/083310-000-A/tous-surveilles-7-milliards-de-suspects/

Et enfin, je lis dans Le Monde de ce matin la montée en puissance du hashtag #guillotine2020, arrivé des Etats-Unis et qui pointe toutes les stars qui nous donnent des bonnes leçons de morales sur le confinement, confinés dans leurs résidences de luxe. En France, le hashtag se serait abattu en premier sur Thierry Lhermitte, président de la Fondation pour la Recherche Médicale, lors d’une campagne en faveur des dons. En arrière plan, 3 gros dossiers estampillés Lazard, BRED et Neuflize, les gros bonnets de la finance et champions de l’évasion fiscale. Retour de flamme immédiat : Thierry Lhermitte guillotiné !

Idem pour toute une brochette : Léa Salamé, Eric Zemmour, Robert Namias, Pascal Praud, Raphaël Enthoven…

La colère gronde, les gens descendent dans les rues, des têtes roulent dans la poussière…

Qui va gagner ?

Le peuple ou les puissants ?

Qui va faire les bons choix ?

Attendre, c’est long…

15 mai

Personne ne porte de masque au supermarché.

Alors qu’à la pharmacie, tu ne rentres pas si tu ne portes pas de masque.

Je pose la question au pharmacien que je connais bien.

—        Pourquoi vous laissiez entrer des personnes sans masques pendant le confinement et que maintenant que nous sommes déconfinés, les gens sans masques n’entrent pas ?

—        Parce qu’avant, on n’avait pas de masque !

OK.

Logique.

Les gens sans masque commandent par le guichet ‘drive’.

Ceux avec masques ont accès à l’intérieur de la pharmacie, mais uniquement 4 par 4.

Bon, aujourd’hui, malgré mon beau masque — celui avec des sapins — fait à la maison, on me prend tout de même mon ordonnance devant la porte.

Autre son de cloche au supermarché quand, à la caisse, je fais la remarque à la caissière, que je connais bien elle aussi.

—        C’est fou, personne ne porte de masque !

—        C’est parce qu’on n’en trouve pas.

Alors, il y a des masques ou pas ?

A la clinique où j’étais ce matin, tout le personnel portait des masques. Beaucoup de masques FFP2 – masques canards, les seuls qui protègent de l’inhalation de virus, les masques chirurgicaux empêchant les projections de gouttelettes de virus et filtrant un peu l’air inhalé.

A la boulangerie, je suis le seul à porter un masque.

Dans la rue, presque personne avec un masque.

A la librairie, le libraire a prévenu : « j’ai une maladie respiratoire, on n’entre pas sans masque. » Il préfère d’ailleurs qu’on passe commande par internet et qu’on n’entre pas du tout.

Au magasin de piscine, le guichet est dehors. On attend le magasinier et il nous amène ce qu’on veut.

Au magasin d’informatique, tu appelles un numéro indiqué sur un pupitre, tu discutes avec le vendeur au téléphone qui vient te livrer dehors.

Au Centre Médico Psychologique — CMP — où travaille mon épouse, depuis ce matin, c’est open bar : à l’entrée, un flacon de gel hydroalcoolique et une boite de masque. Masques à volonté ! Après cette pénurie et le comptage individuel, s’en est presque indécent…

A la poste, tu fais la queue et tu n’entres pas parce qu’il est midi et que le rideau métallique tombe d’un coup, sans sommation !

C’est fou ce qu’on fait la queue, vous ne trouvez pas ? Devant le Supermarché pour entrer, aux caisses, à la Pharmacie, à la boulangerie. Partout on attend.

On attend.

Plus qu’avant, non ?

Ou bien j’ai perdu l’habitude, confiné chez moi.

C’est long.

Ça me donne à penser à un texte qu’a fait passer un copain sur LinkedIn.

extrait de la Panthère des neiges de Sylvain Tesson

Et grandes nouvelle, ma newsletter est en service depuis ce soir!

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Indigénat

13 mai 2020

J+3

Hier soir, devant l’école de ma fille de CP.

On est deux ou trois à attendre que les enfants sortent.

Une maman dit à une autre :

—        Ils arrivent, je les ai aperçus un peu plus loin, sur le chemin.

—        Ils sont sortis ? Mais je croyais qu’ils n’avaient pas le droit !

—        En plus la maîtresse ne porte pas son masque…

—        Mince…

Je ne sais pas quoi penser.

Mais je suis un peu consterné par cette attitude toujours négative des parents qui attendent devant l’école. Rien ne va jamais. Toujours à critiquer.

Les enfants arrivent, la mine réjouie, grand sourire, avec des plantes dans les mains.

—        Alors maitresse, le masque ! dit la maman de tout à l’heure sur leur passage.

Je n’entends pas la réponse de la maîtresse, dommage.

Ma fille est ravie de son après-midi. Ils sont allés jouer à cache-cache dans les champs.

Cette maîtresse est vraiment chouette, pleine de vitalité, d’inventivité, d’imagination. Elle a mis en place un temps de méditation en début d’après-midi, pour que les enfants se posent après la cantine — un moment intense et bruyant — ou au retour de la maison. Les enfants ont une paire de chaussons en classe qu’ils peuvent mettre pour se sentir bien. Elle joue au foot ou à 1 2 3 soleil avec eux à la récré.

Vraiment chouette.

Alors j’ai du mal à entendre les parents râler…

—        Comment s’est passé ta dictée de mot outils ? je demande à ma fille, en Papa rabat-joie, qui ne pense qu’au travail.

—        Sur huit, j’en ai 6 faux, mais 2 de justes !

—        Bon, ben c’est pas grave, qu’est-ce que tu en penses ?

—        Ça ira mieux la prochaine fois !

—        C’est sûr que c’est vraiment pas grave, comme ça, maintenant, tu sais les écrire !

À l’hôpital, les masques sont toujours un problème.

Les surveillantes commandent la veille le nombre de masques pour le lendemain.

Et si la surveillante arrive en retard ?

Les soignants n’ont pas de masque.

Logique.

Pour les médecins, c’est la secrétaire qui gère le stock.

—        Je vais à la Commission machin-truc, est-ce que vous avez un masque ?

—        Non, ce n’est pas possible.

!!!!

On rembobine.

—        Je vais à la Commission truc-muche, tu sais où sont les masques ?

—        Oui, ils sont là.

—        Il y en a assez ?

—        Pas de problème.

Voici donc en live le modèle actuel où l’administration gère les affaires.

Toujours certaine d’être du bon côté, du côté de ceux qui savent et qui sont responsables, toujours méfiante et persuadée que les autres — ceux qui, eux en général, sont en contact avec les vrais gens et la vraie vie — ne savent rien, gaspillent, ne font attention à rien et réagissent bêtement.

Quelle misère.

Quelle rigidité cadavérique.

Quelle pauvreté intellectuelle.

Quelle bassesse comptable et terre-à-terre.

Quelle bêtise. Celle-là même qui nous a amenés à nous confiner. Et qui perdure. Qui résiste à tout. Pire que les cafards.

Qui pue la frustration et la vanité.

Encouragée par des personnalités perverses et malveillantes à tous les étages.

Bon, je me calme.

Ma fille était ravie de sa journée, d’avoir revu sa maîtresse, de s’être fait de nouvelles copines dans son petit groupe — ils n’étaient que 5 en CP hier ! D’avoir joué, rigolé, de s’être lavé les mains 13 fois — le nombre d’étoiles sur son passeport qu’elle porte fièrement autour du cou —, d’avoir lu des histoires, d’avoir compris pourquoi c’était important de se tenir éloignés les uns des autres.

—        La maîtresse nous a montré qu’il fallait qu’on soit à un pas des autres. On tend les bras et on tourne sur nous et il ne faut pas qu’on touche un autre enfant.

Fastoche.

Parfaitement au fait des gestes barrières, ma fille nous a même montré hier une vidéo Playmobil sur YouTube Kids qui explique ce qui se passe si que si on reste collés. Sans distance de sécurité, un Playmobil en contamine 3 autres (R=3) qui en contaminent 3 autres etc… ce qui donne 364 (de mémoire !) au bout de 25 jours. Si on reste à 1 m les uns des autres, un Playmobil n’en contamine qu’un autre (R=1) et il n’y a que 6 malades en 25 jours !

Par exemple, en Allemagne, R était à 0,7 en fin de période de confinement et est remonté à 9,9 ces derniers jours.

R=3
R=1

9h22.

Les sonneries de réveils se succèdent dans la chambre de ma fille de presque 17 ans.

Classe virtuelle d’Histoire à 9h30.

Je considère que c’est le moment de lui donner un coup de main.

Je me pointe, elle dort, se réveille, lutte, éteint sa sonnerie.

—        Coucou, tu as besoin d’aide ?

—        Mmmmm…

—        Tu as l’air contrariée ?

—        Passe-moi mon ordi.

—        S’il te plait mon Papa chéri.

—        Passe-moi mon ordi.

Je vais réveiller ma fille de CP. Pour qu’elle ne se couche pas trop tard ce soir. Elle m’a avoué hier qu’elle avait bâillé toute la matinée.

J’écoute ce qui se dit à la classe virtuelle d’Histoire.

—        Bonjour Camille, ça va ? Tu n’étais pas là lundi en Géogaphie. Bonjour Clara. Bonjour Guillaume. Est-ce qu’Héloïse est là ?

La prof d’Histoire est aussi la Prof principale.

—        On reprend sur la colonisation et sur la création d’un ministère de la Colonisation. Ce ministère à tous les droits sur les états coloniaux. Se développent alors se qu’on appelle l’indigénat.

Il s’agit d’une justice administrative qui s’applique aux seules personnes définies comme « indigènes ». Elle ne respecte pas les principes généraux du droit français, en particulier en autorisant des sanctions collectives, des déportations d’habitants et en sanctionnant des pratiques que la loi n’interdit pas, sans défense ni possibilité d’appel.

Elle s’appuie sur une élite mise en place par l’administration de manière arbitraire. Il ne s’agit pas d’une démocratie, le travail forcé y est possible.

Ce statut légal discriminatoire attribué aux populations autochtones est rapproché par certains auteurs de l’apartheid pratiqué en Afrique du Sud.

Je repense au Rwanda, où les Belges décrètent arbitrairement que les riches propriétaires seront des Tutsi et les agriculteurs subalternes seront des Hutus et instaurent en 1931 un passeport éthique. Ils mettent les Tutsi au pouvoir puis, devant les velléités d’indépendance des Tutsi, aident au renversement des Tutsi et instaurent un gouvernement Hutu. S’en suivent des années de terreur contre les Tusti qui fuient le pays à partir de 1959. C’est leur volonté de retour qui est à l’origine de la guerre civile à partir de 1990, avec leur bras armé le FPR qui affronte avec le Hutu Power. Dans ce contexte a lieu un génocide effroyable des Tutsi par les Hutus, génocide qui a lieu sous les yeux — certains parleront même de complicité — des casques bleus et qui ne cesse que lorsque le FPR entre dans le Rwanda et repousse le gouvernement hutu – dont on entend que la France à organisé l’exfiltration grâce à l’opération turquoise.

C’est un peu un autre sujet, mais il illustre bien sur la mise en place arbitraire d’une élite qui a tous les droits et sur l’autre partie de la population et toutes les rancœurs que cette organisation engendre.

—        Qui est Louis XIV ? demande la prof d’histoire.

Retour à la classe virtuelle.

—        Qui est le Louis XIV qui vient de se connecter ? Dites-moi ? Si vous vous cachez, je ne peux pas vous noter présent !

—        Le Roi-Soleil

—        OK. Ce qui, j’avoue, est assez amusant pour un cours d’histoire. Mais qui êtes-vous ?

—        Je ne peux pas parler, j’ai été guillautiné

—        Guill « o » tiné, avec un ‘o’. Et vous vous trompez de roi. Bon, moi je suis Blanche Neige et je vous déconnecte. Au revoir.

L’épisode dure au moins 5 bonnes minutes.

5 bonnes minutes où la prof s’interrompt et, gentiment, tente de comprendre.

5 minutes de perturbation pour un imbécile qui ne mérite pas 2 secondes d’attention.

Et qui revient d’ailleurs sous divers noms tout au long de la leçon. Blanche Neige, Nestor…

Que dire, que faire.

Une dernière anecdote, puisque notre lave-vaisselle est à nouveau en panne et que — selon le tableau des services — nous avons décidé à l’unanimité hier soir que celui qui devait vider le lave-vaisselle essuierait la vaisselle.

Et bien ces moments sont des occasions tranquilles de discussion entre mon épouse — qui lave — l’enfant présent et moi qui essuyons.

Hier, c’était le tour de mon fils de 13 ans qui en a profité pour nous parler de son envie de motos à 14 ans.

—        Si je travaille bien en 4è, ça me ferait une bonne motivation.

Tu m’étonnes !

Nous en avons déjà parlé pas mal de fois. Il est fan de moto. OK.

—        Mais une moto, ça coute cher, il faut y mettre de l’essence, changer les pneus, l’entretenir, payer une assurance. Et puis c’est dangereux. Il faut porter le casque, les protections. Ce n’est pas rien. Ni en budget, ni en entretien, ni en danger.

—        Arrête de faire le rabat-joie, me dit mon épouse. Tu sais qu’il n’attend que ça.

—        Je suis d’accord, mais encore faudrait-il qu’il ait les moyens d’entretenir une moto.

—        Moi je suis d’accord pour travailler, c’est vous qui ne voulez pas.

—        Tu as 13 ans, on est dans un pays où les enfants ont la chance de ne pas travailler.

—        Eh bien moi, j’aimerais travailler !

—        Travaille à l’école, c’est ça ton job !

—        Je travaille si vous me payez une moto.

—        Une moto et tu travailles à partir de ce soir jusqu’à la fin de la troisième ?

—        OK.

On va réfléchir.

L’engagement sur le long terme.

Encore un vaste débat.

Et un autre sujet de conversation !

L’école à la maison à l’école

12 mai.

La rentrée des classes.

L’école à la maison à l’école.

Il parait que c’était très émouvant, les deux maires de mon village étaient là, le maire sortant et le nouveau maire, élu au premier tour de ces fameuses élections maintenues. Élu avec 70% des voix au premier tour face à la liste du maire sortant.

Les deux maires, donc.

Mais je n’en sais rien, nous sommes arrivés en retard, un problème de chaussures devenues subitement totalement introuvables…

Bon. Rien de grave.

Ma fille de CP était très heureuse de retrouver sa maîtresse.

Très heureuse aussi que je vienne la chercher à midi pour manger à la maison.

—           On a appris à se laver les mains d’une autre manière.

—           C’est comment ?

—           D’abord les mains à plat d’un côté, puis de l’autre, et ensuite en tournant dans un sens et dans l’autre et après entourer chaque doigt comme ça.

—           Waouh. Et vous avez compté ?

—           Non, on a chanté « Et tchik et tchak et tchik et tchak haha »

Excellent.

Comme la chanson où on se retrouve tous comme des imbéciles le cul en arrière, les pieds rentrés, les genoux fléchis etc…

—           On a fabriqué un passeport sur lequel on colle des étoiles à chaque fois qu’on s’est bien lavé les mains.

—           Elle a vraiment plein de bonnes idées ta maîtresse, c’est chouette.

—           Je n’ai pas mangé mon goûter.

—           Cool, tu en auras pour cette après-midi.

—           Et j’ai eu les larmes dans les yeux.

—           Ah bon ? Pourquoi ?

—           Parce que ça faisait longtemps que je te voyais et que tu n’étais plus là.

Ma fille me regarde.

Elle a les larmes aux yeux, rien que d’y penser.

Bichette !

—           Mais personne n’a rien vu.

Elle change aussitôt de sujet.

—           Cette après-midi, on a une dictée de mots outils. J’espère que je ne vais pas me tromper.

—           Ce n’est pas grave de se tromper.

On fait un jeu à la fin du déjeuner. Devinez lequel ?

Bingo.

Une partie de Mille Bornes ! Ma fille gagne alors que je n’ai posé que 25 bornes, quelle défaite… À cause d’une panne d’essence et de cette maudite limitation de vitesse à 50 km/h. C’est une malédiction cette limitation. Seule issue, le véhicule prioritaire. Mais non. Je suis resté bloqué.

Puis une partie de mikado géants (les mikados font 40 cm !) qui est restée inachevée, reprise de l’école oblige.

—           J’ai un peu mal au ventre, me confie ma fille.

Mal au ventre = signe d’anxiété.

Qu’est-ce qui la rend anxieuse ?

—           On révise les mots outils ? me demande-t-elle.

—           OK.

Et nous voilà sur le chemin de l’école, épelant « ces », « c’est », « sans », « dans », « tout », « il y a ».

Et voilà, c’est reparti.

—           À tout à l’heure !

Je rentre, je capte mon fils de 13 ans qui sort.

—           Hep !

—           Ah non, tu ne vas pas me reparler de ces maudits devoirs ! Je peux bien passer une journée sans travailler !

—           Y’en a pour 10 minutes max.

—           C’est trop long.

—           Allez viens, tu vas voir.

Je lui parle 3 minutes des mélanges homogènes et hétérogènes.

—           C’est quoi homogène ?

—           C’est ce qu’on doit voir dans la leçon.

Puis 2 minutes de la potabilisation de l’eau.

1 minute de la dissolution d’un sucre dans l’eau.

Et 1 minute de la 2nde partie des nombres relatifs : placer un nombre négatif et un nombre positif sur une abscisse. Bon, pas de quoi casser une patte à un canard.

—           Un canard, ça se dissout dans le calva ? je lui demande.

Il ne comprend pas. Trop petit pour ça ? Non, c’est qu’on ne boit plus de calva. Lui, il se régalerait, j’en suis certain.

Bon.

Et ce déconfinement ?

Faites-vous partie de ces milliers de personnes qui ont pris d’assaut Le Perthus hier pour aller acheter de l’alcool et des cigarettes détaxées ?

Le Perthus est une commune française collée à la frontière espagnole qui profite — je ne sais pas comment — des prix espagnols sur le tabac et l’alcool.

Moi non.

Mais j’ai pas mal rodé. Un passage à la clinique pour une bricole, peu de monde, un passage dans un grand magasin, peu de monde, chez Peugeot pour changer mes pneus neige, là encore peu de monde mais il leur faut garder la voiture 1 jour et demi !??!, un peu plus de monde chez le véto pour des croquettes.

Ce matin, passage à mon ancien cabinet médical, transformé en centre COVID par mes anciens collègues pour un test COVID préop. Plein de monde.

Là, je retrouve mon copain biologiste, qui fait les prélèvements sur le parking.

Il termine un test, une personne patiente devant moi, deux personnes arrivent après moi.

—           C’est quoi tout ces gens ? Ils sont malades ?

—           Non. Ce sont des préop, comme toi. Surtout que dans ce cas, ça ne sert à rien de faire le test, tu le sais ?

—           Oui. Mais ils le demandent.

—           C’est pour les assurances. Si quelqu’un développe le covid en sortant de la clinique, ils gagnent s’ils attaquent.

Il se place devant moi et sort son écouvillon.

Et sourit derrière son masque.

—           Ça fait un peu mal, tu le sais ?

—           J’ai vaguement lu ça, oui.

—           Allez mon grand.

Et bzzzzzz. L’enfoiré, il fait passer l’écouvillon dans les narines, traverse les fosses nasales et va gratter dans le retropharynx.

Comme une longue tige qu’on t’enfoncerait dans le crâne.

Et pouf, il ressort.

Toujours avec ce même sourire.

—           L’autre narine, maintenant !

—           OK. Même pas mal.

Et bzzzzz, l’autre côté.

Tout ça pour rien.

Tout ce bazar qu’il faudra refaire si j’ai un jour des signes d’infection !

—           Y’a des vrais malades ?

—           Oui, deux personnes qui ont de la fièvre depuis hier soir.

Des gens que je connais. Des anciens patients.

—           Oh Docteur, comment allez-vous, ça fait plaisir de vous voir !

Il y a longtemps qu’on ne m’a pas appelé docteur.

On discute un bout.

Puis je passe voir mon ancienne secrétaire, qui se marre :

—           Ça fait mal, hein ?

—           Personne n’a fait de malaise ?

—           Si, un. Et une grosse hémorragie nasale aussi !

L’activité a repris.

Après une baisse très significative.

Et après, passage au supermarché, pas trop de monde, mais beaucoup de gens sans masque, je trouve.

Voilà, la vie sociale qui reprend.

Les rencontres aussi.

C’est sympa.

Chacun commente son confinement.

Et globalement, chacun est content de cette période vécue sur un autre temps, sur un autre rythme. J’entendais la chronique d’Hervé Gardette sur France Culture hier matin : « Profitons de ce temps de déconfinement pour nous réinventer, comme l’avait proposé le Président Macron. ‘’Ré-inventons-nous, moi le premier’’ — avait-il confié lors de son allocution de confinement le 17 mars. Bine, moi, je n’ai rien trouvé pour me ré-inventer. Et vous ? »

Déconfinés ! Tous à l’école ?

Le 11 mai.

On y est !

Le jour-J

Le D-Day !

Pourtant, aucune annonce officielle.

Pas de discours de notre Président pour nous féliciter d’avoir tenu bon, ni pour nous exhorter de retourner bosser.

Des trombes d’eau s’abattent sur nous en ce premier jour de déconfinement.

Est-ce que les gens sont joyeux ?

Les choses sont bien plus complexes qu’elles n’en ont l’air…

D’un côté le déconfinement est là. Même si un couac vient mettre le bazar dans la machine gouvernementale. Figurez-vous que la loi d’urgence sanitaire n’est pas validée !

L’organisation dans les transports et la possibilité de se déplacer à 100 kilomètres de son domicile ne seront en vigueur que ce soir.

Mais aussitôt, télescopage des évènements : apparition de deux clusters en zone verte :  1 en Aquitaine dans un collège et l’autre je ne sais plus où. Pour signifier que tout ceci incite à la plus grande prudence.

Le virus est en embuscade.

Ce qui m’amène au commentaire de Caroline hier, commentaire que je vous invite à lire.

J’ai été maladroit en prétendant que ‘tous les parents qui ne mettaient pas leurs enfants à l’école’ avaient peur. J’en suis désolé.

Ce n’est pas ce que je voulais dire.

En fait je m’interrogeais sur la perception du danger par les parents aux vues de la qualité des informations disponibles.

En partant du principe – selon moi et seulement selon moi – que les informations ne donnant que des données négatives et anxiogènes, les parents ne pouvaient pas ressentir autre chose que de la peur.

Mais je vois qu’il y a d’autres éléments, merci Caroline. Il y a des parents qui refusent de mettre leurs enfants à l’école afin de manifester leur désaccord avec des mesures inadaptées et allant à l’encontre des valeurs même de l’école, notamment en maternelle ou en crèche où on demande au personnel enseignant de ne pas prendre dans leur bras un enfant qui pleure !

C’est de la maltraitance.

Et là, question : pourquoi on ré-ouvre les écoles dans ces conditions ?

La question reste entière, me semble-t-il.

Ce matin, je remplissais les documents permettant à ma fille de retourner en classe. Il fallait que je signe en bas des 4 pages de documents précisant les mesures mises en place.

Déjà, ça fait peur.

Puis j’entends le Professeur Cohen sur France Inter ou Culture, je ne sais plus. Pour lui, pas de risque dans les écoles. Il est d’accord avec les mesures barrières et les lavages de main. D’accord aussi pour que les classes ne se rencontrent pas. Mais il rejette tout le reste, masques chez les enfants, interdiction de jouer ensemble — l’école étant le lieu de socialisation par excellence —, et tout ce qu’on entend ici et là.

Vous appelez ça une école ?

Bien entendu.

Je ne sais pas quoi dire.

Toutes ces mesures, tous ces discours sont anxiogènes.

Forcément.

Et moi, du coup, j’ai mis tous les parents dans le même sac.

Ils ont peur, ils ne mettent pas leurs enfants.

Or, des parents ne mettent pas leurs enfants à l’école pour désapprouver les mesures abracadantesques mises en place afin d’assurer la reprise.

Et je m’en réjouis.

Toutes les formes de luttes sont les bienvenues et j’applaudis.

Effectivement, sur les réseaux, la résistance monte en puissance depuis de nombreuses semaines.

En attendant, les enfants seront très peu nombreux demain.

Un ami de ma fille sera seul dans sa classe de CE1.

Ma fille après avoir trainé les pieds toute la journée, finalement, saute partout ce soir pour préparer ses affaires, tellement contente de revoir sa maîtresse.

—           C’est anxiolytique, me dit mon épouse.

Sans doute.

Elle demande un cp de sédatif PC avant de dormir !

Personne ne sait ce qui va se passer.

Personne ne maîtrise l’avenir.

— Demain, se sera la meilleure journée du monde !

Cool !

N’oubliez pas de signer la pétition pour soutenir notre collègue journaliste Inès Léraud dans sa défense contre l’industrie agro-alimentaire qui a décidé de la discréditer dans son travail sérieux.

https://www.cyberacteurs.org/cyberactions/dynfendonslalibertyndinformersurles-3791html#signsans

Et pendant que j’y suis, un engagement facile à prendre pour le Jour d’après.

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