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Catégorie : Pendant les vacances, l’école continue

Question d’instinct

18 avril

J-23 avant le 11 mai – il n’y a que les honnêtes gens – ceux qui n’ont rien à se reprocher – pour imaginer que nos gouvernants sont devenus des devins, et qu’ils ne se fient qu’à leur instinct, j’y reviendrai plus tard.

Hier.

Cette fois-ci, je n’ai pas loupé l’heure pour enregistrer l’école à la maison.

La veille, ma fille de CP n’a cessé de jouer à l’école, refaisant ses trousses, se baladant dans la maison avec son cartable, relisant ses cahiers. Au point où mon épouse m’a glissé :

—               Peut-être que vous devriez vous préparer à aller à l’école à la maison comme quand tu l’amenais à l’école le matin.

—               Bonne idée.

Mais que j’oublie malheureusement aussitôt.

Ma fille descend sur la pointe des pieds de sa chambre.

Elle passe dire bonjour au chien avant de venir me voir.

Prémices d’une prise de distance ? D’un début d’autonomisation ? Instinct de protection contre ce qui va lui tomber dessus à peine elle m’aura dit :

—               Bonjour Papa !

La notion d’instinct est de retour. Mais patience, ce n’est pas encore le moment.

Ma fille s’approche de moi en souriant :

—               La petite souris a encore oublié de passer !

Merde, la petite souris ! La dent tombée il y a deux jours !

—               Elle est coquine, cette petite souris. Elle est sûrement confinée elle aussi !

—               Je sais que c’est toi…

—               Ah certainement pas, si c’était moi la petite souris, jamais je n’oublierais !

—               Justement, celui qui oublie tout, c’est toi.

Bigre, je suis démasqué !

Deux parties de Mille Bornes plus tard, toutes les deux gagnées par ma fille — dont une partie avec les 4 bottes, plaisir suprême ! —, le petit déjeuner avalé, nous voici installés devant François qui, en ce dernier jour de la semaine, nous propose des révisions de lecture.

Intéressant. Comment va-t-il s’y prendre ?

Il fait relire aux enfants un texte du début de semaine, assez ardu, il me semble. Chaque phrase est de couleur différente. Il laisse 60 secondes aux enfants, donne le top de début et celui de fin et chacun regarde la couleur de la phrase où il est parvenu. Ils peuvent ainsi déterminer la couleur de leur ceinture de lecture qui correspond à la dernière phrase terminée.

Ma fille bloque sur splendides.

—               Ceinture orange de lecture ! Bravo.

François promet une progression fulgurante de la lecture grâce à un tas de petits exercices.

Il reprend en détail la quasi-totalité des mots, les épelle, les lit, les relit, le re-relit.

Ma fille regarde surtout le plafond.

—               Concentre-toi, ça va te servir pour passer ta ceinture de lecture !

Elle se tortille, lit la tête en bas.

Je vous ai parlé de mémoire synesthésique.

Mais là, j’ai une autre impression (sans encore parler d’instinct, le moment n’est toujours pas arrivé, patience !)

J’ai une impression de douleur, de difficulté douloureuse et inconfortable.

Comme si l’assemblage des lettres, des sons, des syllabes se faisait dans un effort pénible, cuisant, algique, cruel, poignant, saignant.

Je connais bien cette sensation : utilise quotidiennement un clavier d’ordinateur depuis 25 ans et je ne suis pas encore foutu d’écrire sans regarder mes doigts. J’ai essayé des tas de logiciels, méthodes, etc. Le conseil est : à partir du moment où vous décidez d’écrire sans regarder le clavier, interdit de quitter l’écran des yeux Allez, top !

Impossible.

Trop douloureux.

Je sens la tension qui me crispe les doigts, des sensations pénibles et désagréables me courir le long des avant-bras et des bras, mes épaules se raidir, ma nuque se bloquer et la perception de cette douleur me ronger la tête et m’étourdir. La décomposition des mots en lettres puis retrouver de mémoire où sont disposées ces foutues lettres sur le clavier, me tromper sans cesse, perdre du temps, m’éverver parce que mes idées défilent et qu’il me faut les capter en temps réel. Trop dur, trop éprouvant, trop pénible.

J’abandonne.

À chaque fois, épuisé, tremblant.

Et je retrouve mon clavier soulagé, et les mots reprennent leur fluidité et s’envolent à nouveau, mes yeux bêtement fixés sur mes doigts…

Je vous parle de mon permis de conduire ? Impossible de coordonner le passage des vitesses, les pédales et regarder la route. Mêmes sensations horribles.

Arriver à bout de la maîtrise de la manette PS4 de mes fils. Cauchemar identique. Alors qu’ils sont capables de 400 mouvements différents en 1 minute, j’arrive péniblement à en faire 2.

Alors je vois ma fille qui lutte, qui bloque, qui inverse les lettres, qui les confond et je ressens cette douleur.

Une seule solution, laisser l’instinct de côté (patience !) et s’entraîner. S’entraîner jusqu’à ce que ça rentre.

Et dans mon cas, je le sais, il se passe soudain un clic dans ma tête et hop, la coordination est établie. Et miracle, ça marche tout seul. Et voilà, le cap est passé, génial.

Ce processus s’appelle l’automatisation des tâches. Elle consiste à automatiser un maximum de fonctions afin qu’elles prennent le moins de place et le moins d’énergie possible dans le fonctionnement quotidien. C’est la clef. Mais cela demande un effort préalable.

François est mignon et très poétique.

Ses textes d’exercices me font rêver et m’emportent au loin dans des histoires sensuelles et magiques.

Ma fille a l’air moins sensible que moi.

Bon, en tout cas, le moment fatidique approche, François repropose le texte initial afin de constater les progrès que chacun a forcément fait avec tous ces exercices. Attention top !

Aïe, aïe, aïe, ma fille bloque sur Cyril, qu’on a pourtant travaillé. Et puis sur vacances. Et finalement échoue à nouveau sur splendides. Mince…

La mine réjouie, François se frotte les mains :

—               Alors, tu as gagné une nouvelle ceinture ? Tu es content ? Tu as lu plus de mots ? Bravo !

Euh, et pour ceux qui n’ont pas réussi ?

Pas une parole.

Ma fille ne dit rien.

—               Ce n’est pas grave, tu as bien travaillé, tu t’es accrochée pour faire tous les exercices, moi je trouve que tu as bien progressé.

Heureusement, François enchaine sur l’écriture. Là, je sens ma fille plus à l’aise. Et même si elle n’écrit pas sur son cahier, préférant son ardoise magique, elle se débrouille bien. Même pour la dictée, assez difficile il me semble.

Le hibou hulule la nuit dans le citronnier.

Discussion ce matin avec mon épouse, avant qu’elle se rende à l’hôpital :

—               J’ai envie de lui faire faire un peu de math ce matin.

—               C’est le week-end.

—               Oui, mais elle a du mal en calcul.

—               Peut-être se serait bien de la faire lire.

Bonne idée.

Je vais la faire lire.

Même si c’est pénible, c’est lui rendre service de l’entraîner.

Et elle a plein de livre avec des histoires chouettes. Pour s’entrainer ludiquement.

Pour qu’elle sente que la lecture est un plaisir, pas une corvée.

Pas comme mes deux fils.

D’ailleurs, ils en sont où dans leurs lectures ?

—               J’en suis à page 15, me dit mon fils de 15 ans.

Page 15 depuis 3 jours…

—               C’est mort, je ne lirai jamais ! dit mon fils de 13 ans.

Mon instinct me dit que… et qu’est-ce qu’il me dit, au juste, mon instinct ? Qu’on a loupé quelque chose ? Qu’on est trop permissifs ? Trop sévères ? Qu’on a tout foiré ? Qu’on est nuls ?

Parce qu’en parlant d’instinct — ça y’est, c’est le moment ! —, y a un qui fait fort !

https://tracts.gallimard.fr/fr/pages/tracts-de-crise

Donald Trump se prend pour John Wayne dans Rio Grande, l’homme seul, guidé par son incroyable instinct, contre l’avis de toute la ville.

La force, l’instinct et le bon sens.

L’anti-intellectualisme est un pilier des dirigeants américains, du KluKluxKlan en 1926, en passant par Eisenhower en 1954 et sa présidence virile, Ronald Reagan, Georges W Bush et maintenant Trump. Appuyé sur la vision revivaliste des évangélistes du XIX pour qui l’ignorance est une vertu. L’instinct et l’anti-intellectualisme pour le salut de l’âme et de la nation. La culture, le savoir et la réflexion éloignent du Christ comme de l’action virile. (sic)

Mais parfois l’ignorance se fracasse sur le réel : Spoutnick a provoqué une onde de choc aux USA le 4 octobre 1957, obligeant le même Eisenhower à investir massivement dans la recherche.

Le covid provoque ce même état de sidération.

Mais pas encore le même effet, Trump ne s’en remettant qu’à son propre instinct pour les décisions à prendre.

God bless America !

Pour finir sur une note joyeuse, voici en avant-première LINA et TOM, les héros de l’histoire HORREUR AU CHATEAU que nous avons imaginé avec ma fille de CP, qui est en cours de rédaction et d’illustration et dont nous allons pouvoir vous proposer le premier chapitre très prochainement !

Bonne journée à toutes et à tous.

Conoravirus

17 avril

J-24 avant le 11 mai – il n’y a que les crédules qui se fient aux infos officielles

Et moi, je m’accroche au programme officiel des CP.

Comme une tique à la peau de mon chien, comme une sangsue au sang d’un malade, comme les ministres de la Santé sur le dos de l’hôpital.

(d’ailleurs, pour les plus curieux d’entre vous et tous ceux attachés à l’hôpital public comme pierre angulaire de notre système de santé depuis 1945, venez vous rendre compte de la lente et constante chronologie des actes politiques dont le but est précisément le laminage de toutes les solidarités publiques — j’en ai honte ! — dans un article de 2015 :

http://www.inprecor.fr/article-Les-contre-r%C3%A9formes-%C3%A0-l%E2%80%99h%C3%B4pital-et-leurs-cons%C3%A9quences?id=1840                     )

Fidèle au poste, patiente, un peu récalcitrante tout de même, mais courageuse, ma fille de CP s’installe retrouve François et le français Lumni France 4.

Je me dis que c’est important.

Hier, François nous parle de la lettre ‘h’ qui ne se prononce pas.

Moi, je pense aussitôt  h, comme la Hache.

La hache de guerre.

Est-ce que François va déterrer la hache de guerre ?

Va-t-on assister en direct à une diatribe guerrière qui revendiquerait pendant l’école à la maison ce qui bourdonne sur les réseaux sociaux, ce que j’entends sur toutes les bouches des enseignants depuis l’intervention divine ?

Non.

François choisit Hérisson, Hippopotame, Hamac.

Le calme, la nature, la sieste au soleil.

François est un sage.

François est un pacifique.

François n’entretient pas la polémique.

Il ne dit pas s’il sera encore là le 11 mai au matin.

Ni s’il a des enfants.

On ne saura pas s’il va les remettre à l’école.

François garde son sourire charmant et enchaîne les syllabes à lire, un texte où Hugues et Henri jettent leurs habits et font un sacré tohu-bohu même si Sophie (piège ! dans Sophie, la lettre ‘h’ fait ‘ph’, sacré François !) est ébahie.

Puis la dictée « Henri a un hamac près de la haie » Bravo, c’est parfait !

Et Agnès ?

Quel est son avis ?

—               Ah non, pas les maths ! Tu m’avais dit qu’on faisait juste le français !

—               Allez, un peu de calcul !

—               Non. Pas question.

—               Plus tard ?

—               Pas de maths.

OK.

Ma fille sait ce qu’elle veut. Ou plutôt ce qu’elle ne veut pas.

Ça me rappelle mon fils.

Celui de 13 ans.

Les deux derniers, les pires.

Des fois, je m’interroge sur nos intentions procréatives… Parce que figurez-vous qu’on a choisi librement d’avoir quatre enfants, on les a voulus !

Quelle serait notre vie si nous nous étions arrêtés aux deux enfants règlementaires ?

Je me la coulerais douce devant la télé toute la journée…

Oui, mais je n’aurais rien à vous raconter.

Je ne serais pas en train de perdre au Mille Bornes en attendant France 4.

Je n’aurais pas connu Christine, Laure, François et Agnès.

J’en n’aurais rien à battre que les enfants reprennent ou pas l’école le 11 mai.

Je ne subirais pas les séances d’hypnose collective de l’homme figé en costume bleu, étrangement bronzé pour un confiné, qui me fixe dans les yeux derrière son drapeau tricolore et les dorures de son bureau élyséen.

D’ailleurs, quelques commentaires, là-dessus.

—               Macron, il doit être riche, me dit ma fille de CP, comme ça, au détour d’une conversation.

—               Oui, sûrement, il vient de la banque Lazard.

—               C’est qui Lazard ?

—               Laisse tomber.

—               Tu sais comment je l’ai vu qu’il était riche ?

—               Dis-moi.

—               Quand il parle à la télé, on voit de l’or sur les murs derrière lui.

C’est ça. Elle a remarqué tout de suite.

C’est parce qu’elle est plongée en plein dans les ‘Cités d’Or’, vous vous rappelez, Tao, Esteban et Zia ?

Et je e demande, le Palais de l’Élysée, est-ce qu’il est soumis au même acharnement de démantèlement que l’hôpital ?

Donc, on ne saura rien sur Agnès.

Tant pis.

En revanche, on se marre bien à table quand mon fils de 13 ans donne des cours de dicton à sa sœur de CP :

—               Vas-y, dis « coronavirus ».

—               Conoravirus.

—               Co-ro-na-virus.

—               Conoravirus.

—               Co-RO-na-virus.

—               Conoravirus.

—               Elle est teubée, ma parole ? CO RO NA VIRUS.

—               Coronavirus.

—               Ah ben quand même !

Ils sont marrants avec leurs expressions d’enfants.

Après avoir passé l’éponge sur la table, elle va ‘chiffoner’.

Et quand elle a mal à la cheville, elle demande une ‘bretelle’

Et ce matin, ‘il pleut des cornes’

Tiens, d’ailleurs, j’entends du bruit là-haut.

Des petits pas.

Ça va être l’heure du Mille Bornes !

—               Coucou !

Ma fille me rejoint sur le canapé du salon.

—               Tu me donnes ton téléphone ?

Je rêve, à peine levée, elle veut déjà sa dose d’imbécilité.

—               Non, pas question, va lire un peu.

—               Je veux ton téléphone.

—               Va jouer aux Playmobil.

—               Je veux ton téléphone.

—               Non.

Et comme le ton monte, qui vient se mêler de tout ça ?

Le chien.

Il vient nous lécher.

Pour nous rappeler qu’il n’aime pas qu’on se dispute. Que ça ne vaut pas le coup de commencer la journée comme ça.

Allez le chien, merci !

Bonne journée à toutes et à tous !

« En voiture Simone,

c’est toi qui conduit,

c’est moi qui klaxonne! » dit ma fille soudain.

Ça me fait marrer.

—               Tu sors ça d’où ?

—               D’une vidéo youtube.

Ça me fait moins marrer.

Bingo !

Hier matin, mon épouse se réveille en me demandant :

—              Tu crois que c’est la fin du monde ?

Aïe, la journée commence bizarrement.

La fin du monde.

La fin du monde chacun confiné chez soi.

Dernier jour de ses vacances. C’est peut-être ça ?

Et il pleut des cordes. Pas de jardin.

Les vacances ont été reposantes, mais sur un rythme très étrange, totalement décalé, on se lève à midi, on déjeune à 14h, on goute, on dîne à 20h30, on attaque un film à 22h…

Mais demain, promis, on se lève plus tôt, on se recale !

Et, par la force des choses, c’est bien ce qui s’est passé.

Réveil 7 heures, reprise du travail.

Et, surprise !

Ma fille de CP se réveille aussi !

Alors câlin dans le lit, une histoire, petit dej en jouant aux Mille Bornes et ?

L’école à la maison pendant les vacances !

Modifiée, l’école à la maison.

Rallongée.

30 minutes de français rien que pour les CP – contre 20 minutes avant. Et 30 minutes de maths !

Et revoilà François. Il est vraiment sympa. Il donne envie d’apprendre.

Aujourd’hui, la lettre « c » qui se prononce « s » devant le « e », le « i » et le « y ».

En avant. Pas mal de lecture, ça coince+++.

Ma fille se tortille dans tous les sens, lit à l’envers, remue, fait des tours.

J’ai appris à respecter ces mouvements intempestifs depuis mon fils de 13 ans. Il fait pareil. Au début, c’est hyper-énervant.

—              Reste en place, arrête de remuer, mais comment tu veux être concentré en gesticulant sans cesse !

J’avais l’impression qu’il n’écoutait rien, qu’il s’en fichait, qu’il de foutait de moi.

En fait, j’ai découvert la « mémoire synesthésique ». Quésako ? Il y a des personnes qui ont une mémoire visuelle – qui photographient ce qu’ils lisent, d’autres une mémoire auditive. Et bien il y a aussi ceux qui apprennent par les gestes et les positions de leur corps.

Donc, quand je travaille avec mon fils de 13 ans, on s’installe dans le jardin. Et il fait de la trottinette ou du trampoline. Et figurez-vous que ça marche, et même plutôt bien.

Je laisse donc ma fille gigoter et se tortiller.

Mais quand elle commence à raconter n’importe quoi, à inventer des mots et rigoler comme une banane, stop le remue-ménage.

—              Tiens-toi bien ! Tiens-toi droite ! je lui dis d’une voix sévère.

Je me rappelle que je ne suis pas le maître de l’ancien temps, le maître que j’avais en CP, Monsieur MERUMBERGER, blouse vert chasseur, coupe de cheveux stricte, lunettes rectangulaires, jamais un sourire, qui faisait venir devant son bureau, devant tout le monde et qui tapait sur le bout des doigts avec se règle en métal si on se trompait… Douleur et humiliation. On tremblait… Fils de pute ! Va rôtir en enfer, bâtard !

Donc, je ne suis pas celui-là.

Je suis le Papa qui décide qu’il est temps de faire une pause et qui crie de joie :

—              Bravo, tu as réussi à écrire « crustacés » !

Et on danse, et on saute et on rigole !

—              Crustacés, crustacés, crustacés !

Macron, hier, il ne rigolait pas.

Et nous non plus.

Vous auriez vu la tête des enfants.

Ils attendaient l’allocution présidentielle.

Et ils sont restés jusqu’au bout.

—              Vous attendiez quoi au juste ?

—              Des infos, dit ma fille de presque 17 ans. J’ai besoin de savoir où on va. C’est son rôle de nous tenir informés.

Ils n’ont pas été déçus, les pauvres.

On en reprend pour 4 semaines.

Dur.

Mais ce n’est pas ça qui contrarie le plus les garçons. C’est ce qui vient après :

—              Le lundi 11 mai, nous ferons tout notre possible pour rouvrir les crèches, les écoles, les collèges et les lycées.

—              Quoi ?

—              Moi, jamais je ne retourne au collège, c’est mort !

—              Jamais de la vie !

—              Si le collège re-ouvre, vous irez au collège.

—              Jamais.

On verra.

—              On n’est pas encore le 11 mai…

merci Juliette!

En attendant, ce matin, j’ai envie d’essayer quelque chose.

Une séance d’hypnose collective pour entrer en soi et découvrir- peut être – une idée d’un début de commencement de motivation. Je vais adapter une séance que j’ai pratiquée hier soir avec Bernard Werber, l’auteur des fourmis, qui propose d’aller plus loin dans nos histoires, de repousser notre inconscient en allant faire du tourisme dans nos vies antérieures à la recherche d’idées d’histoires.

Héhéhé.

On va voir si ça donne quelque chose.

Je vous tiendrai au courant, promis.

C’est une occase de faire qqch ensemble.

L’occase de chercher avec eux.

—              On n’aurait jamais dû parler d’avenir et de motivation avec toi, râle mon fils de 15 quand je le réveille à 11h30 et que je lui annonce la bonne nouvelle.

Depuis hier, après une discussion avec un copain sur les écrans, on s’est rappelé que quand on avait leur âge, parfois, on s’ennuyait. ET que c’est ce qui nous a poussé à aller bricoler, découvrir, lire, dessiner.

C’est ce qui fait notre force actuellement.

Bon.

Action réaction !

—              Hello les garçons, je vous ai apporté une pile de livres. À partir de demain, et comme vous ne travaillez pas, votre temps d’écran sera corroboré à l’obligation de lire 30minutes par jour.

—              Ah non, tu ne peux pas faire ça !

—              Si.

—              Non. Tu sais qu’on a horreur de lire.

—              Mais vous avez horreur de tout !

J’ai choisi des gros livres.

Ma fille de presque 17 ans me signale que je n’ai aucune chance de les motiver avec de gros livres comme ça.

—              T’as vu la taille des livres, en plus ! 548 pages !

Bingo ! m’indique ma fille par un sourire.

—              Je vous explique. Commencer un livre, ça peut être un effort. Alors un gros livre, l’avantage, c’est que si c’est dur à commencer, une fois qu’on y est, ça dure longtemps !

—              Pas question.

—              C’est comme un film. Est-ce que la première chose que tu regardes pour choisir un film est sa durée ?

—              J’aime bien les longs films.

—              Alors, tu aimeras les longs livres.

Bon, en conclusion, les vacances, c’est bien.

Mais je suis content d’avoir repris un rythme plus dynamisant.

C’est fou comme on s’accroche aux anciennes habitudes.

C’est de la culpabilité ?

C’est simplement la vie.

L’homme est un être social, sociable et qui a besoin de s’occuper.

C’est sûrement un peu réac, me direz-vous.

OK.

J’assume.

Mais si ça me fait un peu mal aux seins de décréter des trucs comme ça.

C’est la loi!

Depuis hier, on fait des maths.

Je vois que ma fille de CP a des difficultés avec le nom des nombres.

« 4 et 6 »

—           Ça se dit comment ?

—           C’est quoi le chef de famille des 4 ?

—           Trente.

—           Tu es certaine ?

—           Non, quarante.

—           Alors ?

—           Je ne sais pas.

Alors on répète les chefs de famille.

Et ça bloque à soixante. Ça ne rentre pas. Soixante-dix non plus, quatre-vingts et quatre-vingt-dix pas plus.

On répète.

Pareil pour les doubles.

Jusqu’à 14, ça va. 8+8 et 9+9, ça coince.

La maîtresse de ma fille a créé un blog.

Premier article hier : lire 30 minutes par jour, savoir les doubles (elle renvoie à l’émission de Laure sur les doubles tout au début du programme de France4 !)

—           Cool, nous on l’a déjà fait !

—           On l’a fait, mais tu ne les sais pas ! Allez, on répète ! 2+2, 3+3, 4+4, 5+5

Je me dis qu’il faut qu’on travaille le calcul tous les jours.

Ma fille n’utilise pas les astuces pour calculer plus vite, se référant toujours à ses doigts. Elle se trompe, forcément, et ne veux pas chercher autrement.

Probablement par manque de pratique.

Je m’interroge sur sa manière de fonctionner : elle va toujours vers la facilité. Elle compte sur ses doigts, ne cherche pas par elle-même, passe du temps à retrouver comment on avait fait avant en regardant dans le cahier. Comme si chercher et réfléchir lui demandait trop d’énergie.

Mes autres enfants eux aussi, filent vers la facilité.

Et moi ? Il me semble que la difficulté aiguise mes sens et me donne le goût de la découverte. Mais pas sûr. Peut-être que moi aussi je tends vers la facilité.

Il n’y a pas de raison.

Le soir, en tout cas, règne une certaine fébrilité parmi les garçons. Ils ont quelque chose à nous demander et ils savent qu’il va falloir négocier, que ça va être dur. Visiblement, ils se sont préparés.

Acheter un scooter ? Repeindre leur chambre ? Aller sur la Lune ?

—           Bon, se lance mon fils de 13 ans. On voudrait inviter un copain à venir se confiner à la maison.

—           Vous savez que ce n’est pas possible.

—           Mais il va nous aider pour mettre la table, débarrasser, ranger le jardin, installer la piscine !

—           Ce n’est pas ça le problème.

—           Alors c’est quoi ? Il est seul chez lui et il s’ennuie.

—           Je comprends. Mais on ne peut pas.

—           Mais pourquoi ?

—           Parce que c’est interdit !

—           Tu es toujours à te cacher derrière la loi. Il n’y a que ça, la loi ! Mais détache-toi de la loi !

—           Ce n’est pas possible. On est tous obligés de suivre la loi.

—           Surtout toi !

Je rêve, mon fils me traite de collabo ?

Bigre.

Je n’aime pas ça, me retrouver à défendre le côté de la loi.

—           Mais personne ne le verra !

—           Ce n’est la question. On se confine pour se protéger du virus.

—           Et combien de temps ça va durer ?

—           Je ne sais pas.

—           Mais tu me promets que dès que le pic sera passé, on pourra sortir ?

—           Je ne promets rien du tout.

Là, ma fille de presque 17 ans intervient avec un grand sourire :

—           Moi, j’ai une solution. Je vais me confiner ailleurs et vous pouvez accueillir le copain des garçons.

Facile.

Tranquille.

—           Eh non.

—           Mais pourquoi ?

—           Parce que c’est interdit.

—           C’est trop.

—           Toujours trop.

—           Je vais vous raconter le cas de la collègue de Maman : elle travaille tous les jours à l’hôpital et rentre tous les soirs chez elle. Elle vit toute seule. Elle pourrait se confiner ailleurs, chez des amis, chez sa famille. Mais non. Elle rentre chez elle. Et elle va passer tout le week-end de Pâques seule chez elle. Pourquoi elle fait ça ? Pour protéger les autres. Voilà ce que c’est le confinement.

Ce matin, le monde est immobile

Avec le printemps, revoici les mouches !

Pour un peu, on les aurait oubliées.

Bientôt les moustiques.

Une pensée sombre me traverse l’esprit : et si les moustiques transportaient le covid. Et les mouches ? Je préfère passer.

En attendant, par la presse du matin, je contemple le monde immobile.

Et je lis deux textes de la collection Tracts de Gallimard, des textes en libre consultation :

https://tracts.gallimard.fr/fr/pages/tracts-de-crise

Tracts de Crise (N°39) – La Pandémie, portail vers un monde nouveau de ARUNDHATI ROY

Et

Tracts de Crise (N°40) – Logistique de crise de GILLES PACHÉ

« C’est peu dire que les sciences du management n’ont pas bonne presse en ces temps difficiles de crise sanitaire. Après tout, n’ont-elles pas eu de cesse de célébrer la mondialisation et la financiarisation dont on paie aujourd’hui le prix fort ?

Chacun décrit et s’interroge sur le monde d’après. Aura-t-on retenu quelque chose de cette crise sanitaire ? Les puissants parviendront-ils à nous entrainer à nouveau dans leur sillage aveugle et destructeur ? Aurons-nous la force et le courage de leur indiquer un nouveau cap ?

La meilleure solution que j’ai trouvée pour ne pas céder à la sidération – je ne dis pas que c’est celle qu’il faut appliquer au niveau d’un pays afin de ne pas reproduire notre aveuglement d’avant la crise, ni celle à appliquer au niveau d’un individu, ce qui l’empêcherait de s’ouvrir à une autre vérité -, la solution que je choisis aujourd’hui, ce matin, pour me remettre en mouvement, pour avancer d’un pas – pourquoi toujours vouloir avancer ? Vestiges d’une éducation farcie de morale sociale bienveillante ?

Bref, j’appelle ma fille et nous nous installons dans le jardin.

Après l’école à la maison pendant les vacances dans le lit hier ( il faisait tout gris ), voici l’école à la maison pendant les vacances dans les chaises longues du jardin. C’est certain, ma fille ne voudra plus jamais retourner en classe pour apprendre à lire et à calculer.

Je ne prends même plus la peine d’enregistrer france4, on le retrouve en replay, et d’ailleurs on finit par plus trop savoir où on en est, on ne fait que le français et plus les maths, ça part en sucettes.

Aujourd’hui, Christine nous propose la lettre ‘y’ qui se prononce ‘i’. Avec ‘Ptérodactyle’ à lire. Et comme dictée ? « En Égypte, il y a des pyramides. » Balaise, non ?

Et désolé Laure, pas de math encore aujourd’hui, plus personne n’est motivé…

Où sont les garçons ? Partis faire du vélo, se sont baignés dans la rivière (!) et veulent qu’on installe la piscine hors-sol.

—           La flemme.

—           Allez Papa !

—           Fais ton Art plastique et on en reparlera.

—           T’es vraiment pas drôle, franchement, un père comme ça, on s’en passerait !

Et des enfants comme ça ?

Je cherche ma fille de presque 17 ans ? Elle bosse ses textes pour son oral de français – seule épreuve encore maintenue en France actuellement, on se demande pourquoi – ? Tu parles…

Est-ce que les profs de français vont leur faire passer des textes, des explications de textes, des tutos, des vidéos, des supports ?

Inch’Allah.

Elle est en maillot de bain dans une chaise longue au soleil, écouteurs vissés sur les oreilles, en train de lire Harry Potter en anglais, c’est déjà ça.

Mon fils de 15 la rejoint sur une serviette, étalée au soleil.

Et voici mon fils de 13 ans qui arrive avec le gouter.

Pendant que ma fille de CP regarde Netflix, que mon épouse dort, que le chien bave devant le gouter et que le voisin nettoie je ne sais quoi au karcher.

La vie.

QLF – PNL

Pendant les vacances, l’école à la maison continue?

Samedi matin, les vacances commencent.

Je me lève avec une question : est-ce que l’école à la maison continue ?

Nous en discutons avec mon épouse. Difficile de trancher.

L’éducation nationale parait assez catégorique : pas de travail pendant les vacances.

OK. Pour les ados, cela semble acquis ! Déjà en temps normal…

Mais pour ma fille de CP ?

Elle a fait de grands progrès pendant ces 15 jours à regarder France 4. Et l’école à la maison de France4 continue encore (au moins) toute la semaine prochaine et j’ai envie qu’elle poursuive les cours.

Finalement, pour elle, c’est un peu les vacances depuis 3 semaines.

Une heure de travail le matin, c’est pas la mort.

Que si elle avait eu un rythme à 5 heures par jour à la maison depuis 3 semaines, OK pour des vacances, mais ce n’est pas vraiment le cas.

J’écoute une vidéo YouTube de Nathalie Franc, Pédopsychiatrie au CHRU de Montpellier, spécialiste des troubles de l’attention, des enfants opposants et provocants, spécialistes des enfants tyrans et colériques.

À écouter, même si vos enfants ne sont pas des tyrans colériques TDH/A :

Quelques éléments que j’ai retenus. Dans cette période particulière, le premier élément est l’ambiance à la maison. Elle conseille de diminuer fortement la pression sur les situations susceptibles de déclencher de la violence. De ne pas enclencher la spirale de la violence. De discuter à froid si un évènement se produit. Dans ce contexte, priorité aux bonnes relations dans la famille et l’éducation nationale passe après.

Une chose primordiale : continuer à valoriser tout ce qui est positif.

Elle conseille aussi de relâcher le cadre sur les horaires des ados. C’est le soir que se déroule leur espace relationnel avec leurs amis. Donc le soir est à respecter.

Jusqu’où va le soir ? Elle propose de définir un contrat à établir ensemble.

Un moment où toute la famille pourrait se retrouver. Un jeu, un goûter, une émission.

Et que chacun parle de la manière dont il vit ce confinement.

Que chacun décrive les méthodes qu’il a inventées, ce qui a changé en positif.

Et que cette période de confinement peut s’avérer être la possibilité de développer de nouvelles autonomies.

Je me fixe de discuter de ces éventuelles nouvelles autonomies, de mettre en place un moment de partage familial, et de tenter de les faire partager.

Puis nous avons pris conseil auprès d’une amie enseignante de CE1. D’une part pour avoir une idée du programme de CP. Savoir écrire une phrase, lire tous les jours, calculer tous les jours, connaître les nombres jusqu’à 100. Elle confirme que notre fille de CP peut tout à fait continuer de travailler tous les jours.

Ce qui me conforte.

Parce que je trouve que ma fille est partie sur un bel élan, qu’elle a envie d’apprendre, qu’elle se régale de progresser.

Et nous mettons en application immédiatement son conseil : fêter son travail et sa persévérance. Nous la félicitons et lui offrons un petit cadeau Playmobil pour l’encourager à poursuivre son travail même pendant les vacances. OK, elle est d’accord.

Pour les grands, la donne a changé.

La disparition du brevet et l’annonce par le ministère de la non prise en compte des notes issues des devoirs rendus pendant la période de confinement semblent avoir totalement libéré mon fils de 15 ans.

Mon fils de 13 ans ne semble plus concerné par les devoirs depuis quelques jours. Nous nous disons que cela pourrait être le temps de reprendre l’anglais depuis le départ. Peut-être avec une application ludique. Si vous utilisez une application sympa, je suis preneur !

Ma fille de presque 17 ans ? Le moment de stupeur provoqué par la disparition du bac a vite été oublié.

Mise en application ce midi :

—              Comment vous vivez votre confinement ?

—              Ça va, pour ma fille de presque 17 ans.

—              Je ne retournerai peut-être pas au collège, pour mon fils de 15 ans.

—              Ça va, pour mon fils de 13 ans.

—              Je ne reverrai plus ma maitresse ? pour ma fille de CP.

Échange bref, mais intense !

C’est un bon début !

En attendant, mon fils de 13 ans est sorti faire du vélo tout seul.

Rapidement rejoint par mon fils de 15 ans.

Louche, vous pensez ?

À suivre…

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